16/03/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (54bis/140) : ORVAL (Belgique) : La fée, le trésor du roi de France et Nostradamus

Endroits et histoires magiques

1.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Le site d’Orval se situe au fin fond de la province de Luxembourg, à quelques centaines de mètres de la frontière française et de la magnifique Basilique des Champs d’Avioth, et il est surtout connu pour son abbaye, où l’on prie, bien entendu, mais où l’on fabrique également de la bière et du fromage réputés.
L’abbaye se situe dans une région abondamment boisée, particulièrement attrayante sous les couleurs de l’automne, et elle est un indiscutable havre de paix propice aux promenades, aux méditations, aux contacts humains avec les moines et les résidents de l’hôtellerie…

Je lui ai consacré plusieurs reportages en radio et en télévision, ainsi que de nombreux articles ou chapitres dans mes écrits, tant il y a de sujets à aborder en cet endroit mystérieux et mystique.
En reparler, ici, est un réel plaisir nonobstant le fait que j’y apporte de nouveaux éléments glanés dans la littérature et sur place.

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L’Abbaye d’Orval est un site qui mérite une attention soutenue et renouvelée, dont celle de Pierre Guelff et de l’équipe de tournage de la RTBF-TV5 Monde.

La fée Mélusine, bâtisseuse

Mélusine était une fée qui apportait beaucoup de bonheur : richesse, force et puissance. Protectrice d’une maison noble, elle inspirait aussi des réalisations prestigieuses. Ainsi, elle aurait construit elle-même la chapelle pour la cérémonie de son mariage en une nuit !
Elle faisait surgir, comme par enchantement, un château juché sur une colline, des couvents, des églises, des monastères, des abbayes, dont celle d’Orval, dit la légende… Mère modèle de dix enfants, jolie et aimable femme, elle apportait la prospérité.
On dit qu’elle travaillait la nuit, au clair de lune et avant le chant du coq, mais qu’elle arrêtait sa tâche aussitôt qu’on la surprenait.
C’est la raison pour laquelle certains édifices sont inachevés, ainsi, il manquerait la dernière pierre de la flèche (75 mètres de haut) de l’église Notre-Dame de Niort (France)…

Un premier constat de sa présence dans les Ardennes : Mélusine ne dut certainement pas être dérangée dans la construction de l’abbaye d’Orval, tant celle-ci est magnifique, du moins, les vestiges que l’ont peut encore visiter.

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Une partie de l’œuvre de la fée-bâtisseuse Mélusine, selon la légende.

Mélusine (qui signifierait « merveille ») est entrée dans la légende à partir de contes populaires et d’histoires chevaleresques moyenâgeuses, comme l’attestent de nombreux écrits parmi lesquels « La Noble histoire de Lusignan » de Jean d’Arras (XIVe siècle) et « Le Roman de Mélusine » de Coudrette (tout début du XVe siècle). Elle apparaît aussi dans une poésie d’Émile Verhaeren et même dans le très sérieux dictionnaire « Littré » sous le nom de « Merlusigne », dans d’autres parutions, il est question de Mélusanette, Mélorcine, Mélousine…

Voici le résumé d’une version, parmi plusieurs, de cette légende :

« Dans le royaume d’Albania (Grande-Bretagne en celte), devenu « Albion », le roi Élinas, père de Mataquas né d’un premier lit, rencontra une belle jeune femme près d’une fontaine et la demanda aussitôt en mariage. Il s’agissait de la fée Persine.
- Je suis d’accord, mais à une seule condition.
- Laquelle ?
- Celle de ne jamais chercher à me voir lors de mes couches.
- C’est entendu !

Élinas et Persine eurent trois enfants, des filles : Mélusine, Mélior et Palestine. Ils vivaient heureux jusqu’au jour où, poussé par la jalousie, Mataquas fit entrer son père dans la chambre de Persine occupée à donner le bain à leurs filles.
Du coup, les quatre femmes s’exilèrent sur l’île magique d’Avalon, bien connue du roi Arthur, et Persine fit croire à ses filles que c’était leur père qui les mettait de la sorte dans la misère.
Alors, Mélusine trama avec ses sœurs l’enfermement d’Élinas dans une montagne, endroit d’où il ne pourrait jamais s’échapper.
Cela ne fit pas plaisir à Persine et elle condamna Mélusine à devenir serpente au-dessous du nombril tous les samedis. Mélior, elle, dut garder un épervier dans un château toute sa vie et Palestine fut enfermée sur un mont avec le trésor de son père jusqu’à ce qu’un chevalier la délivre.
Cependant, Persine mit des conditions à la situation de Mélusine :
- Si tu trouves un homme qui désire t’épouser, tu devras l’obliger à ne jamais te voir le samedi.
- Et les autres jours, mère ?
- Tu vivras comme les autres femmes. Tu mettras même au monde une superbe lignée.
- Et si mon mari me regarde le samedi ?
- Tu retourneras dans les tourments jusqu’à la fin de ton existence !

Œil vert, grande oreille…

Mélusine, qui avait traversé la mer, se promenait dans la forêt de Coulombiers (près de Lusignan et non loin de Poitiers) quand elle rencontra Raymondin, fils et neveu de comtes, à minuit à la Fontaine de Soif ou Fontaine Enchantée. Raymondin était très mal dans sa peau car il était pourchassé pour le meurtre de son oncle, alors qu’il s’agissait d’un accident avec un sanglier sauvage.
Mélusine le réconforta et lui proposa son aide :
- Je peux vous faire innocenter et, même, vous faire acquérir une puissante situation de seigneur !
- Ce serait merveilleux ! Y a-t-il une condition ?
- Oui ! Celle de m’épouser !
- Je crois rêver…
- Il y a, cependant, une autre disposition si vous acceptez notre union.
- Laquelle ?
- De me jurer de ne jamais tenter de me voir le samedi.
- Tous les samedis ?
- Tous !
- Je le jure !
- Tenez, voici deux verges d’or qui ont de grands pouvoirs.

L’union fut célébrée et leur « Maison des Lusignan » devint l’une des plus illustres de France. Raymondin et Mélusine eurent dix enfants, tous beaux et forts (malgré quelques « détails » pour huit d’entre eux : un œil rouge et un autre vert pour l’aîné, une grande oreille pour un autre fils, une tache velue sur le nez pour celui qui devint moine…), qui s’épanouirent.
La prédiction de leur grand-mère Persine s’avérait donc exacte !
Alors que son mari parcourait la région, Mélusine s’adonnait à l’activité de bâtisseuse et, comme il l’avait juré, il ne la vit jamais le samedi.
Jusqu’au jour où le frère de Raymondin, jaloux, inventa une histoire…

- Ta femme, Mélusine, te trompe et elle fait l’amour avec d’autres hommes !
- Que me racontes-tu ?
- Oui, chaque samedi !

Raymondin fut plongé dans le doute : « Effectivement, pourquoi ne veut-elle pas que je la regarde le samedi ? »

Il se précipita vers la chambre de Mélusine, perça un trou dans la porte de bois et regarda !
Alors, il vit sa femme, seule, qui prenait un bain et découvrit que le samedi elle était femme-serpent sous la ceinture.

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Illustration du « Roman de Mélusine » effectuée par Guillebert de Metz, copiste et enlumineur du XVe siècle.

 

Mélusine se lança d’une fenêtre dans les airs en poussant un long cri de détresse… »

Le fabuleux trésor de Louis XVI

Dans les environs immédiats de l’Abbaye d’Orval, on peut voir, de temps en temps, des gens affublés de détecteurs de métaux qui sillonnent bois, chemins...
Pourquoi cet attirail en pareil endroit sacré ?

Remontons dans le temps, plus spécifiquement à la fin du XVIIIe siècle. À cette époque, le roi de France, Louis XVI, était assez rigoureux quant à la manière de gérer Versailles, le palais où la correction n’avait pas toujours été de mise. Vertueux et même timide avec sa femme, Marie-Antoinette, il n’avait donc pas que des amis et on se moquait souvent de lui.
Et puis, comme une grande partie du peuple n’était vraiment pas satisfaite de ses conditions de vie difficiles, voire misérables, alors que des fortunes étaient encore dépensées à Versailles, des révolutionnaires comptaient bien mettre un arrêt définitif au système royal.
Sentant venir le danger, Louis XVI décida de fuir avec sa famille. Il fit falsifier les passeports de la famille royale et, c’est ainsi que le roi devint Monsieur Durand, la reine Marie-Antoinette voyageait sous l’identité de Madame Rochet, leur fils, le Dauphin, était déguisé en fille…
Il était convenu que Louis XVI et les siens descendraient dans un premier temps à l’abbaye d’Orval. Il y avait même déjà envoyé deux voitures contenant des coffres emplis d’objets précieux. Un véritable trésor !
Le 21 juin 1791, peu après minuit, deux voitures royales quittèrent Versailles pour la Belgique. Vingt-quatre heures plus tard, le convoi fut mobilisé à Varennes et la famille royale n’arriva donc jamais à Orval.
Louis XVI eut la tête coupée le 21 janvier 1793, puis, ce fut au tour de Marie-Antoinette à subir le même sort, le 16 octobre de la même année.
Et les coffres emplis d’objets précieux ? Eh bien, on les cherche encore et certains disent qu’ils sont peut-être engloutis dans l’étang qui se situe en face de l’abbaye, d’autres prétendent qu’on avait vu des moines creuser le sol afin d’y enfouir les coffres…

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Le trésor du roi de France repose-t-il dans l’immense étang de l’Abbaye d’Orval ?

Quoi qu’il en soit, l’énigme reste entière, malgré les recherches pleines d’espoir de certains traqueurs de trésors !

Visite et séjour de Nostradamus

Brûly-de-Pesche était un hameau d’une vingtaine d’âmes, blotti dans la forêt de Couvin, également proche de la France, et qui, subitement est devenu le centre de la terre. Comment pareille situation a-t-elle pu se produire ? Certes, il y avait un pèlerinage annuel organisé en l’honneur de saint Méen (VIe siècle), prié pour guérir de la gale ou « Mal de saint Méen », On y venait au pied d’une petite source que l’on disait miraculeuse : « En buvant chaque jour un peu de cette eau lustrale, vous serez guéri des maladies de la peau ou vous les éviterez. »

Aujourd’hui, des gens vont encore remplir de ce breuvage miraculeux des gourdes et des jerricanes, des bouteilles et des bidons en plastique.
Cette source coule parmi des chênes séculaires, ces arbres adorés des Celtes qui y voyaient l’emblème de l’hospitalité et l’équivalent d’un temple. De plus, comme dans les environs on trouve l’imposant (4,60 m à la base et 2,30 m de hauteur) menhir « La Pierre qui tourne », certaines gens affirment que ce lieu qui réunit une fontaine à l’eau lustrale, des arbres sacrés et un mégalithe, forme un site sacré.

Alors, le 22 mai 1940, des soldats allemands envahirent ce hameau, créèrent une zone interdite, les rares villageois furent déportés, de même que tous les habitants des vingt-huit localités environnantes, une piste d’atterrissage pour des avions fut construite dans une prairie, le clocher de la petite église dévolue à saint Méen fut enlevé et remplacé par un immense réservoir pour alimenter les anciens et les nouveaux bâtiments en eau potable.
Quels nouveaux bâtiments ? Un chalet bavarois, un énorme bunker, alors que l’intérieur de l’église était transformé en une salle de projections pour les actualités. D’autres aménagements furent effectués : construction d’une piscine, d’une terrasse, création d’un parc...
Et, pourquoi toute cette effervescence ?
Parce que Adolf Hitler en personne, le sanguinaire chef nazi, allait débarquer dans le hameau avec ses principaux officiers !
Très rapidement, il réunit les différents dignitaires du Troisième Reich pour une séance de travail consistant à mettre au point une stratégie pour lancer la deuxième vague contre les troupes françaises.
Hitler discutait avec Himmler dans la petite clairière où coulait l’eau miraculeuse à la fontaine. Il lui arrivait de se rendre régulièrement à la piscine de 9 m² construite en retrait de son chalet bavarois et du bunker.

Le 28 juin 1940, soit après un séjour de vingt-deux jours, Hitler quitta Brûly-de-Pesche pour effectuer son unique voyage à Paris.
Mais, pourquoi Hitler, que l’on disait un grand adepte de théories secrètes, occultes, obscures, choisit-il ce modeste hameau pour entreprendre une démarche aussi importante ?

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Hitler au cœur d’un hameau situé en pleine forêt.

Certains avancent une hypothèse…

Nostradamus et Hitler

Entre 1539 et 1544, Nostradamus, astrologue, médecin, célèbre pour ses prédictions et prophéties, était venu visiter la merveilleuse et riche bibliothèque de l’abbaye cistercienne d’Orval. Il passa cinq années à lire et relire certains ouvrages d’un haut intérêt initiatique, assure-t-on.
Ainsi, il s’attarda sur les « Mystères égyptiens » rédigés par le philosophe Jamblique.
Celui-ci avait une manière toute particulière d’entrer en étroite relation avec le « monde invisible » : il se rendait en forêt à la pleine lune, se déchaussait, prenait place sur un siège fabriqué à base de cuivre, siège qu’il avait installé au milieu d’un point d’eau (une mare, par exemple), sur un socle.
Ensuite, il allumait une bougie et trempait ses pieds dans l’eau. Tout en fixant la flamme, il tenait une verge à la main et prononçait des paroles rituelles. C’était sa manière d’entrer en contact avec l’Au-delà.
Ce serait la raison pour laquelle la piscine d’Adolf Hitler creusée à Brûly-de-Pesche contenait un petit socle pour recevoir les fesses du dictateur nazi, prétend-on encore.

Hitler connaissait parfaitement bien les prédictions de Nostradamus et sa manière d’aborder le sujet.
Que disaient donc ces prophéties qui intéressaient tant le führer ?
Nostradamus a prétendu que la France serait un jour mise sur les genoux et devrait se soumettre à une secte germanique en un lieu situé aux environs du 50e Parallèle.
Après de nombreux calculs et recoupements, analyses et décryptements, Karl-Ernest, astrologue suisse qui conseillait Hitler, pointa un doigt sur la carte de la Belgique et visa la forêt couvinoise.
Hitler n’hésita pas une seconde et installa son quartier général à Brûly-de-Pesche, persuadé qu’il s’agissait bien de l’endroit indiqué par Nostradamus.
Mais, il a littéralement détourné le dessein de ce site sacré dans des buts nuisibles, carrément meurtriers à l’encontre de la nation française et de ses alliés.

Alors, comme je l’ai souvent clamé :

« Certes, l’Histoire a mis de trop nombreuses années à rétablir l’équilibre des forces en présence, mais le fameux « balancier de l’Histoire » est quand même venu frapper de plein fouet le dictateur allemand. Qui sème le vent, récolte la tempête... Son suicide le 30 avril 1945 à Berlin en a été le logique aboutissement. »

Un val d’or

Si le site de Brûly-de-Pesche est à présent dévolu à la Mémoire et au martyre de nombreux membres de la Résistance, terminons ce chapitre consacré à Orval par une légende moins dramatique :

« L’origine du nom « Orval » remonte à la comtesse Mathilde de Toscane (début du XIe siècle), qui, se promenant dans cette belle région boisée, s’était arrêtée près d’une fontaine pour s’y désaltérer.
Elle se pencha au-dessus du plan d’eau, y trempa une main, mais perdit son alliance d’or. Elle implora le ciel pour la retrouver, quand, une truite lui apparut et avait la bague dans sa gueule : « C’est un val d’or, ici ! » clama la comtesse. De val d’or à Orval, la renommée du lieu était née ! ».

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La Fontaine Mathilde à l’Abbaye d’Orval.

Orval, lieu enchanteur ? L’accueil des moines, la visite des ruines et de l’exposition dans les caves voûtées, la nouvelle église, les chants des Cisterciens, l’hôtellerie, le cloître, les environs bucoliques… en font, effectivement, un endroit hors du commun.

 

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Orval d’hier et d’aujourd’hui.

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

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10/03/2016

Salon du Livre de Paris

590x180-e-invitation_LivreParis-50.jpg10 ans copiebis.jpgÀ vos agendas, amis Français (ou de passage à Paris) ! Vous pourrez (re)trouver certains de mes ouvrages à « Livre Paris » (Salon du Livre) au stand 1-F14 des Éditions Alain Jourdan (c'est ma 10e année chez le même éditeur et Paris vaut bien cette messe littéraire-là ! ), entre le 17 et le 20 mars : « Le partage du témoignage et de l’Histoire dans des ouvrages forts, sous un angle de vue inédit. »

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« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (54/140) : GIVET (France) : Sur les traces de Charles Quint, Louis XIV, Victor Hugo…

1.jpgEndroits et histoires magiques

Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

En arrivant à Givet pour la première fois, beaucoup de gens sont habités par des lieux communs et des préjugés véhiculés par des personnes qui, au fond, n’avaient jamais arpenté « Le Grand Givet ou Givet le Vieux » et son port de plaisance et « Le Petit Givet ou Givet Notre-Dame », au confluent de la Houille et de la Meuse : ville triste, morose, sans grand intérêt architectural et culturel, sans attraits « touristiques »… Que d’erreurs !

Comme je l’ai déjà décrit en première partie dans le paragraphe « Artisans, travailleurs, outils et matières premières », certes il y a la « Pierre bleue » qui fait la fierté de la région, mais il n’y pas que ça ! Jugez-en, selon la « Visite guidée du centre de Givet » proposée par l’Office de Tourisme et que j’alimente de quelques réflexions personnelles.

De la frontière « folklorique » au Quai des Fours

À la frontière belgo-française, du côté de Heer, on peut encore voir le poste de la « Douane belge », du temps où le gabelou faisait souvent peur, du moins aux personnes qui « trafiquaient » du tabac, du beurre, des spiritueux…
Dans le jardin du poste, des mannequins retracent quelques pans de la vie d’antan. Nostalgie, nostalgie…


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Gare au gabelou !


Et puis, voici Givet qui se situe de part et d’autre de la Meuse et sur itinéraire compostellan. Sur la rive gauche, il s’agit de Givet Saint-Hilaire et sur la rive droite de Givet Notre-Dame.

Les moqueries de Victor Hugo

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« Givet le Vieux » (à gauche) et l’église Saint-Hilaire dont le clocher fut raillé par Victor Hugo, et « Le Petit Givet » (à droite)

L’église Saint-Hilaire date du XVIIe siècle et est dédiée à l’évêque de Poitiers (IVe siècle), écrivain et docteur de l’Église. On admire le buste reliquaire en bois doré du XVIIIe siècle à l’intérieur de l’édifice.

On admire également les stalles de style Louis XIV représentant, entre autres, des saints de l’Ordre Franciscain.

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Saint Hilaire, patron de la paroisse, et des décorations de stalles.

Victor Hugo, grand voyageur, est passé à Givet en 1838 et n’a pas hésité à brocarder le clocher de l’église en imaginant que l’architecte avait empilé divers ustensiles : un saladier retourné, un sucrier, un coq embroché sur une bouteille…
Que les Givetois ne se formalisent pas par cette description, les Montois (Hainaut) eurent aussi droit aux moqueries d’un monument de leur ville : le Beffroi. Inauguré en 1669, c’est le plus jeune beffroi de toute la Belgique. De style baroque, haut de quatre-vingt-sept mètres, Victor Hugo ne l’appréciait guère au point d’écrire à sa femme : « Figure-toi une énorme cafetière, flanquée au-dessous du ventre de quatre théières moins grosses. Ce serait laid si ce n’était grand. La grandeur sauve… »

Le Fort de Charlemont et les huées du peuple

La forteresse qui surplombe la cité de Givet a été édifiée par l’empereur Charles Quint en 1555. Elle allait lui permettre de tenir le cours de la Meuse, de protéger les frontières des Pays-Bas espagnols, d’opposer une barrière à la marche des armées françaises.
Quelque 3 000 ouvriers et artisans furent mis à l’ouvrage sous la protection de 20 000 fantassins sous les ordres du Maréchal Van Rossem et de 3 000 cavaliers conduits par le Prince d’Orange, Guillaume de Nassau.
C’est à la signature du traité de Paix de Nimègue, en 1678, que Givet-Charlemont fut rattaché à la France.
En 1680, Louis XIV, voulant visiter ses nouvelles conquêtes, vint à Givet accompagné de Vauban, maréchal de France, commissaire général des fortifications, qui fut chargé d’agrandir et de moderniser ladite forteresse.
Aujourd’hui, elle est considérée comme l’un des derniers vestiges architectural de l’art militaire du XVIIe siècle au nord de la France.

Une anecdote : le 1er septembre 1914, la garnison de Charlemont se rendit après cinquante heures de bombardement ennemi de gros calibre. La forteresse avait encaissé plus de 4 000 obus. Mais, à l’exception d’une casemate qui s’effondra en ensevelissant une vingtaine d’hommes, seules les murailles extérieures avaient souffert de ce pilonnage.
Il paraît que les Givetois qui avaient été témoins de la reddition sans combat ont hué les soldats !

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Le fort de Charlemont.

Étienne Nicolas Méhul et « Le Chant du Départ »

C’est en 1763 que Méhul est né à Givet et c’est à l’ancienne église des Récollets qu’il reçut d’un vieil organiste ses premières notions musicales.

Il se fera connaître auprès du public en mettant en musique une ode de Jean-Baptiste Rousseau à l’âge de 19 ans. Il composera ensuite de nombreuses sonates et des opéras ainsi que des chants patriotiques. Le plus célèbre sera « Le Chant du Départ », le chant patriotique le plus connu après « La Marseillaise », paraît-il.

Étienne Nicolas Méhul repose au cimetière du Père Lachaise à Paris, 13e division non loin de Pleyel, Grétry et Chopin.

Tour Grégoire et Tour Victoire

La Tour Grégoire est située sur la rive droite de la Meuse au Mont d’Haurs.
Une colline qui, naguère, était couverte de nombreux noisetiers. Avec leurs branchages, les paysans fabriquaient des liens pour leurs fagots. Dans leur patois, ils s’appelaient des « haûrs ».

La tour date du XIe siècle et avait pour rôle de permettre le contrôle sur une longue distance des éventuelles approches de Givet et de surveiller le trafic fluvial.

Quant à la Tour Victoire, elle date des XIVe (partie inférieure en pierre bleue) et XVe (partie supérieure en brique) siècles.
À l’origine, elle était une tour d’angle d’une résidence seigneuriale. Puis, elle servit de tour de péage pour les embarcations descendant le fleuve et de prison pour la cité.

Pourquoi « Victoire » ? Parce que, en 1692, Louis XIV entra à Givet en triomphateur suite à la prise de Namur !

 

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La Tour Victoire.


De l’Hôtel de Ville au Couvent aux rues en arc de cercle

L’Hôtel de Ville date du tout début du XXe siècle et l’on y aperçoit (sur la façade) les armoiries de la Ville de Givet : trois tours (Grégoire, Victoire et Maugis, cette dernière ne fait plus partie du paysage givetois).
Quant au couvent, c’est celui des Récollectines datant du XVIIe siècle. Il est connu pour sa statue « La Prière » placée dans une niche sur l’aile gauche.

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L’Hôtel de Ville.

Avant de quitter la cité, on remarquera la rue du Puits construite en arc de cercle. Pourquoi cette particularité ?
Voici les explications données à l’Office de Tourisme :
« Suite à l’incendie de la ville de Givet en 1675, le centre ville sera reconstruit d’après les plans de Vauban.
La rue du Puits (où la pierre bleue de Givet et la brique se marient harmonieusement et où l’on admire des façades restaurées de maisons datant des XVIIe et XVIIIe siècles) est un exemple des nombreuses rues en arc de cercle que l’on trouve au cœur de Givet.
Le rôle de ces rues en arc de cercle ?
En temps de guerre, le canon ne peut pas les balayer en enfilade. Le tir d’embuscade est plus efficace !
À noter, au bas de la rue, ce que l’on appelait les ruelles coupe-feu. Elles permettaient aux soldats de se dissimuler, mais aussi de relier rapidement une autre rue par laquelle ils allaient pouvoir se rabattre sur l’ennemi. »

Voyage chez les Nutons et l’énigmatique squelette

Non loin de Givet, à Fromelennes, un voyage sous terre de trente-cinq mètres est proposé aux Grottes de Nichet.
Cet endroit est réputé pour abriter les Nutons, ces petits êtres aux pouvoirs surnaturels dont il a déjà été question au début du présent ouvrage.
À Givet, villageois et Nutons entretenaient de bonnes relations, dit-on. Ces derniers rendaient même de précieux services aux Givetois.

La visite des grottes se réalise sur plusieurs niveaux : salle des Nutons, salle des Lions (concrétions calcaires), l’impressionnante salle du Gouffre, puis la salle au Clair de Lune (reflets de la lumière sur les parois), la salle de la Roche (bloc percé de deux failles de près de dix mètres), salle du Squelette, avant de remonter en surface par un escalier de 114 marches !

Squelette ? En 1894, deux ouvriers y auraient découvert un squelette. Ce serait celui d’un criminel fuyant une condamnation à mort. Son frère l’aurait nourri, ensuite l’aurait tué par peur de représailles.
Quand Louis XIV, en visite au fort de Givet, fut mis au courant de cette histoire, il fit murer la grotte, paraît-il.
Une autre explication : le squelette serait celui d’un homme qui, au XVIIIe siècle, se serait caché dans la grotte afin d’échapper à la justice.


(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
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Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

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