25/01/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (6/140) : ASFELD (France) : L’extravagante église baroque

Endroits et histoires magiques

Bogny Pierre2012bis.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Asfeld. Dès le VIIe siècle, les rois mérovingiens chassaient dans cette région ardennaise. À l’époque et jusqu’au XVIIIe siècle, Asfeld s’appelait, tour à tour, Erchreregum, Erchry et Écry.
Entre 1680 et 1685, le comte d’Arvaux fit construire une église, chef d’œuvre du baroque, édifice encore admiré en ce XXIe siècle !
En 1730, le marquis d’Asfeld fit élever un château sur le terrain d’une construction médiévale… devenu terrain de football !

À Asfeld, donc, une entité d’un millier d’habitants, on visite l’une des plus singulières églises de France, l’église Saint-Didier : « Venez nombreux visiter notre ville d’Asfeld, et surtout notre église Saint-Didier, la plus extravagante des églises baroques de France qui vient (en 2010) de retrouver toutes ses couleurs d’antan », clame-t-on, avec justesse, à la mairie.

Asfeld.jpgCet édifice est immense ! Il compte 138 piliers et colonnes, a un périmètre de 145 mètres, est constitué d’une rotonde, d’un porche-clocher, d’un dôme supporté par une trentaine de colonnes…
Il y a quatre chœurs et cinq absidioles, des passages ont été creusés dans les murs afin d’accéder de chœur en chœur sans traverser l’église, ce sont des « tournelles », il y a, encore, une galerie aérienne, une tribune…
Et, il n’y a aucune ligne droite sur le plan !

Un plan en forme d’instrument de musique, c’est-à-dire que, vu de haut, l’ensemble fait penser à une viole. Ce qui était voulu par son concepteur, d’ailleurs : « Ainsi, les chants et les prières seront mieux dirigés vers le ciel ! »

Assurément, une superbe occasion d’organiser un festival de viole de gambe de renommée internationale !

Splendide annonce du Festival International de viole de gambe d’Asfeld.

La viole de gambe, ce qui signifie « viole de jambe », est un instrument de musique à cordes et à frettes joué avec un archet, dont l’origine date du XVe siècle et qui provient de Valence en Espagne.
Purcell et Jean-Sébastien Bach ont composé des œuvres pour violes de gambe.

Un peu plus loin que cette église « fantastique », on découvre la Chapelle Notre-Dame-de-la-Piété qui propose une pietà datant de 1604.


(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

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24/01/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (5/140) : Les Ardennes ou l’Ardenne ?

Endroits et histoires magiques

Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Lorsque l’écrivain Frédéric Kiesel évoquait les « quatre Ardennes » (« Le Cercle Médiéval ») le doute ne semblait pas permis : ce territoire couvrant quatre États – la France, la Belgique, le grand-duché de Luxembourg et l’Allemagne – relevait bien du pluriel et paraissait s’imposer. Néanmoins, ce même auteur écrivit des ouvrages où il était question de « l’Ardenne »…

Il y a aussi questionnement lorsque le dictionnaire « Larousse » précise « Ardenne n.f. ou Ardennes n.f.pl. », que le site « Wikipédia » annonce « L’Ardenne (belge) ou les Ardennes (françaises, ou franco-belgo-luxembourgeoises) » et que le « Petit Robert » écrit : « Ardenne, n.f. Région de Belgique, de France et du grand-duché de Luxembourg » et « Ardennes : département du N.-E. de la France, région Champagne-Ardenne. »

Et puis, il y a également les « Ardennes flamandes » situées entre l’Escaut et la Dendre en Flandre orientale. Mais, ici, une explication s’impose : cette région n’a rien à voir avec les Ardennes (ou l’Ardenne…) et elle est nommée de cette sorte du seul fait qu’elle est légèrement vallonnée avec pour point culminant le Mont de l’Enclus et ses 144 mètres.
Mais, il n’en va pas de même partout et un cerf ne retrouverait pas ses petits dans ces définitions, au point que le site internet déjà cité est obligé de mettre certaines choses au point :
« Aujourd’hui, on applique les mots Ardenne(s) et Ardennais dans les dénominations de plusieurs régions naturelles ou administratives qu’il est parfois difficile de ne pas confondre d’autant que les nombreuses tentatives d’appropriations de ce nom connu entretiennent une certaine confusion. »

Un nom connu depuis l’Antiquité !

Origine celtique

À l’origine, le terme « Arduinna » serait d’origine celtique (ou gauloise…).
Les Celtes (nom de peuples qui occupaient de nombreuses parties du monde : Gaule, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Irlande, Autriche, Danemark, Hongrie, Asie…, bien avant le christianisme), formaient une société divisée en catégories distinctes : les nobles, les guerriers, le peuple et les druides.
Ces derniers étaient des prêtres qui jouaient un grand rôle. Ils avaient même des fonctions de justice et d’enseignement. Certaines légendes et divers clichés firent d’eux des sacrificateurs qui tuaient volontiers des gens, dont des enfants, allongés sur des pierres, des mégalithes, pour les offrir aux dieux.


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Mégalithes.

Ces légendes eurent la vie longue mais, aujourd’hui, on n’y croit plus beaucoup, quand bien même on reconnaît aux Celtes beaucoup d’« ardeur » lors des guerres et batailles qu’ils menèrent à l’occasion de leurs périples.

Mais, à côté de cet aspect, les Celtes sont reconnus comme l’un des plus grands peuples du nord des Alpes, équivalant aux mondes grec et romain, selon des historiens et archéologues contemporains interrogés par la BBC (radiotélévision britannique) : « Ils furent peut-être les pères fondateurs de l’Europe, quand bien même ils étaient divisés en tribus et clans et ne formaient pas une nation ou un empire. »

Un dernier argument en faveur de la culture celte : des archéologues ont retrouvé une statuette votive celtique en pierre, le personnage principal supposé être une divinité féminine, assis, tient sur ses genoux un enfant à l’instar de nombreuses représentations de Vierges Noires (en position assise ou debout) tenant l’Enfant contre elles. Pour l’auteur Jacques Huynen, « ceci nous montre la continuité de la pensée et du symbolisme celtique et druidique dans la civilisation initiatique du Moyen Âge telle qu’elle fut élaborée et dirigée par de grands ordres monastiques bénédictin, cistercien et templier. »

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Vierge Noire – parfois contestée en tant que telle - de Verviers.

Pour en revenir aux Ardennes, les Celtes auraient donc donné le nom d’« Arduinna » à cette gigantesque région, principalement forestière, des bords du Rhin à ceux de la Meuse, de la Sambre, de la Moselle…, « ardus » signifiant mont, colline, hauteur…
Il est également question du terme celtique (ou ligure : la Ligurie est une région du nord de l’Italie) « Ar Duen » ou « Ar Den » signifiant « La Forêt » ou « La Noire », selon les versions, et d’une déesse celte « Ardienna » (ou Arduena, Arduina, Arduenna, Ardvinna, Ardbinna, Ardoina !) qui régnait sur ces immenses contrées boisées.
Une représentation la montre chevauchant un sanglier comme une chasseresse, un peu comme la déesse Diane, déesse de la Chasse et de la Nature sauvage, chère aux Romains.

Pour l’auteur Jean-Luc Duvivier de Fortemps, « Dea Arduinna » était une « déesse gauloise, née de croyances préhistoriques qui incarnait la forêt ardennaise ».

Pour le « Petit Robert », « Ar-Denn » ou « Ar-Tann » signifierait « les chênes » en celtique.

Chapitre2 3.JPGDea Arduinna, montée sur son sanglier, est représentée sur le site des Quatre Fils Aymon à Bogny-sur-Meuse.

En compagnie de Jules César

Il y a, encore, « Arduenna silva », un terme apparu dans un récit de la « De la Guerre des Gaules » de l’empereur Jules César (-101 - -44).
Récit traduit de manière remarquable et disponible dans sa totalité (des centaines de pages !) sur le site « Itinera Electronica » (UCL).
Dans le livre VI, il est question du retour de César en Gaule et de sa marche contre Ambiorix.
Celui-ci était le légendaire chef des Éburons, un peuple de la Gaule Belgique qui était établi entre le Rhin et l’Escaut, dont la capitale était Tongres.
Les Éburons s’étaient soulevés contre Jules César en -53 mais furent néanmoins anéantis.


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Statue d’Ambiorix à Tongres.

Venons-en à la partie du récit qui évoque les Ardennes :
« (…) pour laisser aux barbares quelque appréhension de son retour et arrêter les renforts envoyés aux Gaulois, César fit couper, après que l'armée eut repassé le Rhin, deux cents pieds du pont du côté de la rive des Ubiens (peuples germains occupant la rive droite du Rhin), et élever, à l'extrémité opposée, une tour à quatre étages ; il y laissa pour garde une garnison de douze cohortes, et fortifia ce lieu par de nombreux retranchements. Il en confia le commandement au jeune C. Volcacius Tullus. Comme les blés commençaient à mûrir, il partit lui-même pour la guerre d'Ambiorix, par la forêt des Ardennes, qui est la plus grande de toute la Gaule, et qui, s'étendant depuis les rives du Rhin et le pays des Trévires jusqu'à celui des Nerviens, embrasse dans sa longueur un espace de plus de cinq cents milles ; il envoya en avant Minucius Basilus avec toute la cavalerie, dans l'espoir de profiter au besoin de la célérité des marches et de quelque circonstance favorable. Il lui recommanda d'interdire les feux dans son camp, afin de ne pas révéler de loin son approche ; et lui annonça qu'il le suivrait de près… »
Et, encore, selon Jean-Luc Duvivier de Fortemps, il y avait l’« Ardenne franque » : « espace allant de Douzy aux portes d’Aix-la-Chapelle dans un sens, et de Hotton jusqu’à Prüm dans l’autre. »
Une petite parenthèse : dans le cadre de mes recherches « ardennaises », j’ai pris connaissance d’un site internet (lynxlynx.htm) consacré au lynx (mammifère carnivore de taille moyenne réputé pour sa vue perçante) dans les forêts qui nous préoccupent dans le présent ouvrage.

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Aquarelle d’un paysage ardennais.

Il existe même tout un système de réseaux structurés en Belgique, en France, en Allemagne et au grand-duché de Luxembourg afin qu’y soient signalés des indices éventuels de la présence de ces animaux dans le Massif des Ardennes-Eifel.


En observant un lynx


Il m’a paru intéressant de signaler qu’au-delà de la spécificité de ce site qui est celle de recueillir des témoignages d’observation d’un lynx dans ce massif, ce dernier est décrit sous la forme suivante :
- L’Ardenne belge au centre dudit massif avec trois provinces : Namur, Liège et Luxembourg (60% de la forêt wallonne) : plus de 5 000 km² (2 500 km² de surface forestière), point culminant : le Signal de Botrange avec 694 m ;
- L’Ardenne française à l’ouest : plus de 1 000 km² (700 km² de surface forestière), point culminant : la Croix de Scaille (504 m) ;
- L’Eifel (Allemagne) à l’est : 2 500 km² (avec une estimation de 1 500 km² de surface forestière), point culminant : Hohe hacht (747 m) ;
- L’Oesling (Luxembourg) au sud-est : environ 800 km² dont 300 km² de la surface forestière estimée, point culminant : Kneiff avec 560 m.
Et, pour en terminer avec « Ardennes » et « Ardenne », voici encore quelques éléments de réflexion :
« Les Ardennes : ce pluriel n’est pas si inadapté, car les Ardennes sont multiples », selon l’auteur Bernard Chopplet.
Il s’agit, entre autres, des vestiges de l’une de plus anciennes montagnes européennes datant d’un demi-milliard d’années, selon ce spécialiste. Comme le cheval ardennais qui serait probablement de la race la plus ancienne d’Europe occidentale puisqu’il existerait depuis plus de vingt mille années ! Comme les ardoises ardennaises, les plus belles du monde, dont l’exploitation remonterait au XIe siècle. Sans oublier les fouleurs, les tondeurs, les tisseurs, les forgerons, les bûcherons, les drapiers, les « chaircuitiers » ardennais au savoir-faire exceptionnel, selon ce chantre des Ardennes.
En première conclusion à ce chapitre, je peux dire que, dès ma prime enfance, j’ai entendu parler « des » Ardennes : « Passer des vacances dans les Ardennes », « L’autoroute des Ardennes », « Le département des Ardennes », « La Bataille des Ardennes », « Ardennes TV », « Le circuit de Spa-Francorchamps dans les Ardennes… »… et, ma foi, compte tenu de la diversité des contrées de cette vaste région, le pluriel s’impose dans mon esprit.


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Le terme « Ardennes » est abondamment utilisé au cœur de… l’Ardenne (ici, en Ardenne liégeoise).

Le journaliste Jean-Paul Olivier (France 2), lors du passage du Tour de France 2012 en Belgique, corrobora mon ressenti : « Nous sommes dans les Ardennes, que l’on appelle parfois l’Ardenne… »
Mais, en définitive, est-ce là l’essentiel ? Ne s’agit-il pas, plutôt, de partir à la (re)découverte de « Trésors d’Ardennes » ?

Quelques itinéraires ardennais

Entre autres, concernant les « Itinéraires ardennais » proposés de manière attrayante par le Comité Départemental du Tourisme des Ardennes (françaises), ou la Transardennaise (belge), le Sentier Ardenne-Eifel…, je vous signale :

. La Route des fortifications : de la Vallée de la Meuse à la Vallée de la Chiers, en passant par le Plateau de Rocroi, les amoureux de forteresses (re)découvrent un passé parfois tumultueux : Forteresse de Charlemont (élevée par Charles Quint à Givet), Château-fort (le plus grand d’Europe) de Sedan, Rocroi, ville fortifiée en étoile, Ligne Maginot et son dernier fort à l’ouest à Villy-la-Ferté…

Chapitre2 7.JPG. La Route des Légendes de Meuse et de Semoy (Semois) : en plein cœur des Ardennes, voici des légendes de diables, de fées… Le Château du Diable à Roc-la-Tour, les Dames de Meuse à Laifour, les Quatre Fils Aymon à Bogny-sur-Meuse (ainsi qu’à Dinant…), les Rièzes de Rocroi…

 

Chapitre2 8.JPG. La Route Rimbaud-Verlaine : pèlerinage poétique à Charleville (maison familiale, tombe et musée Rimbaud), à Roche et son célèbre lavoir où Rimbaud aurait été inspiré (« Une saison en enfer ») un écrit ajoute : « Sur ces lieux, Rimbaud a espéré, a désespéré et souffert », au lycée de Rethel où Verlaine enseigna, à Juniville et Coulommes, lieux de séjour de Verlaine…

La relation de Rimbaud et de Verlaine n’était pas de tout repos et eut même des répercussions – qui auraient pu être tragiques – jusqu’à Bruxelles, dont voici le début de l’acte de renonciation de poursuites signé par Rimbaud auprès des autorités judiciaires belges :

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Plaque commémorative au 1 rue des Brasseurs entre Grand-Place et Mannekens-Pis à Bruxelles : « Il faut être absolument moderne »
Ici s’élevait l’Hôtel « À la Ville de Courtrai », où, le 10 juillet 1873, Paul Verlaine blessa Arthur Rimbaud d’un coup de revolver…

« Je soussigné Arthur Rimbaud, 19 ans, homme de lettres, demeurant ordinairement à Charleville (Ardennes-France), déclare, pour rendre hommage à la vérité, que le jeudi 10 courant vers 2 heures, au moment où Mr Paul Verlaine, dans la chambre de sa mère, a tiré sur moi un coup de revolver qui m’a blessé légèrement au poignet gauche, Mr Verlaine était dans un tel état d’ivresse qu’il n’avait point conscience de son action… » (voir, aussi, au chapitre ci-après consacré à Rethel : « Verlaine entre sublime et sordide)

. La Route des Forêts, des Lacs et des Abbayes : promenade magique à La Chartreuse du Mont-Dieu, chez les cisterciens d’Élan et Chatel-Chéhéry, chez les bénédictins à l’abbatiale gothique de Mouzon, dans la forêt de Belval…

. La Route des églises fortifiées de Thiérache : au départ de Charleville-Mézières et sur un parcours de 150 kilomètres, entre forêts de Signy-le-Petit et de Signy-l’Abbaye, châteaux, maisons-fortes, églises fortifiées, donjons, meurtrières…

. La Route du Porcien : itinéraire balisé de 110 kilomètres avec paysages champêtres, habitat rural, fermes, maisons à pans de bois, halle en torchis de Wasigny, étrange église baroque d’Asfeld, château à tours à bec de Doumely…

. La Transardennaise : dans les Ardennes belges, 160 kilomètres en huit jours et sept nuits de randonnée (il y a aussi la formule d’ultra-marathon) organisée par Europ’Aventure (www.europaventure.be).

Au menu : dégustations de spécialités du terroir « au pays des bois, de la chasse, des rivières… ».
Au programme, par exemple : La Roche-en-Ardenne, l’Ourthe, Lavacherie, petit village au milieu des forêts, Saint-Hubert, le Fourneau Saint-Michel, Nassogne, Mirwart, la Vallée de la Haute-Lesse, Redu et ses libraires et bouquinistes, Daverdisse, la Vallée de la Lesse, l’Our, la Semois, Bouillon et son imposant château…

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Forêts, randonnées, traditions…

 

 

 

. Le Sentier Ardenne-Eifel : et, pour ceux qui veulent poursuivre cette merveilleuse randonnée, le chemin va jusque Monthermé (France) afin de rejoindre le Sentier Ardenne-Eifel.
Il y a le tronçon Nord (GR15 Nord) : Monschau, Eupen, Spa, Aywaille, Houffalize, Bastogne, Tintange, Martelange de près de 200 kilomètres.
Le tronçon Sud (Sentier de la Semois GR 16) : Arlon (source de la Semois), Etalle, Chiny, Florenville, Bouillon, Vresse-sur-Semois, Sorendal, Monthermé, plus de 200 kilomètres avec possibilité de liaison avec le GR 12 Monthermé-Moulin Manteau (plus de 40 kilomètres).
Sur ce sentier : Roche de l’Ecureuil, Tombeau du Chevalier ou du Géant, Franhan, Rochehaut, le village haut perché…

. La Voie verte Trans-Ardennes : est le lieu rêvé pour les randonnées non motorisées, donc pédestres, cyclables et équestres.
« Cette voie permet de découvrir les charmes des 83 km de balades sans quitter le fil de l’eau, sur un itinéraire continu et sécurisé, de Givet (frontière belge) jusqu’à Charleville-Mézières (Montcy-Notre-Dame).


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Naturellement ensemble !

Dans l’excellent ouvrage « Les Ardennes » (françaises) publié aux Éditions Noires Terres, voici la composition des Ardennes françaises :
- L’Argonne Ardennaise : le pays de l’arbre roi.
- Les Pays Rethélois : Champagne pour l’Ardenne.
- Les Crêtes Préardennaises : horizons éphémères et ravins secrets.
- Le Pays des trois Cantons : les Marches de la Lorraine.
- Le Pays des sources au Val de Bar : dans les pas de saint Roger.
- Le Pays Sedanais : des horizons héroïques.
- Charleville-Mézières et sa région : le Chevalier, le Prince et le Poète.
- Rièzes et Sarts, Thiérache : le Pays du plateau.
- Vallées de la Meuse et de la Semoy : fer, schiste et forêt…

Une autre information mérite d’être signalée, c’est celle qui fait état d’autres ouvrages des Éditions Noires Terres sur Google avec 1 000 photos (remarquables) des « Ardennes vues du ciel » : grands sites et petits villages, vallées de la Meuse et de l’Aisne, harmonies des couleurs, ruines et collines sculptées, rochers et forêts, églises et fontaines, châteaux et cours d’eaux sinueux…

La Semois ou Semoy mystérieuse

La Semois en Belgique ou la Semoy en France est une rivière typiquement ardennaise, longue de 210 kilomètres, très abondante, qui après avoir quitté Arlon se dirige vers la Gaume et les Ardennes pour se jeter dans la Meuse à Monthermé après avoir fait son entrée du côté des Hautes-Rivières.

 

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La source de la Semois à Arlon et son entrée dans l’Hexagone.

Sous le titre « L’énigmatique Semois bénie des dieux » (« Belgique Mystérieuse » aux Éditions Jourdan), j’avais abordé la symbolique et l’histoire de ce cours d’eau charmant. En voici quelques extraits :

« La source de la Semois était visiblement vénérée par nos Ancêtres, au point qu’un monument à Apollon (dieu de la Beauté, de la Lumière et des Arts) y aurait été érigé, alors qu’à l’heure actuelle les deux bassins sont séparés par le moulage d’une statue romaine montrant un voyageur se désaltérant à ladite source.
Arlon n’a pas la seule particularité qu’un cours d’eau prenne sa source intra-muros, elle possède, aussi, un musée exceptionnel, probablement le plus beau musée gallo-romain d’Europe.

Carrefour entre les cultures germanique et latine comme l’attestent de nombreux vestiges découverts dans le sous-sol de l’antique cité romaine et de ses environs.
Pour ce faire, il est indispensable de se rendre au Musée Luxembourgeois d’archéologie situé non loin de la source de la Semois, comme si celle-ci était bénie des nombreux dieux et déesses qui ont été immortalisés dans la pierre.

Alors, là, c’est à un saisissant parcours dans le monde gallo-romain auquel le visiteur est convié. Un voyage à travers la vie au quotidien, dont on distingue l’ingénieuse machine agricole baptisée « la moissonneuse des Trévires », mais, aussi, des soldats romains, des voyageurs, un philosophe barbu portant ses rouleaux de papyrus et symbolisant la béatitude éternelle dans l’Autre Monde, un couple en promenade, une danseuse bien en chair, des marchands et leurs échoppes, un tisserand dans son atelier, des agriculteurs, l’instituteur tenant une férule avec laquelle il frappait la main des écoliers indisciplinés, le buveur d’eau de la Semois, et, déjà, un percepteur des contributions à l’œuvre !

Les mythes et les légendes ne sont pas en reste dans ce musée lapidaire unique, puisque les figures les plus marquantes de la mythologie (grecque, égyptienne, celte, romaine, indienne, biblique...) représentent, à des titres divers, les relations humaines.
À Arlon, des dieux, des déesses, des animaux..., nous le rappellent : Vulcain, dieu des Arts du feu, Diane, Hercule, dieu de l’Agriculture, du Négoce et des Armées, Neptune, dieu des Eaux, Minerve, déesse casquée, un satyre, une louve, Epona, déesse gauloise et protectrice des cavaliers, des chevaux et des écuries… »

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La Semois avant d’entrer en France.

Les vieilles pierres

« La Cartes des Villages de France » est un sympathique site web (villagesdefrance.free.fr) qui permet, entre autres, « d’aller à la rencontre de ces beaux villages et de déchiffrer la mémoire de leurs vieilles pierres », région par région (vingt-deux au total), département par département.
Pour les Ardennes, voici quelques brefs légendes de photos concernant plusieurs villages dont il est aussi question dans « Le guide alphabétique » ci-après :

. Château Regnault : « Un joli site enserré dans les méandres de la Meuse… »
. Hargnies : « Les rues aimablement fleuries… »
. Vireux Molhain : « L’église (1722) réserve une surprise d’importance : une parure complète et un mobilier en chêne blond d’époque… »
. Signy l’Abbaye : « Ce gros bourg semble flotter entre l’eau et la terre, le long d’une forêt touffue. Le village ressemble à une petite Venise… »
. Omont : « Haut-lieu féodal… »
. Hierges : « Situation pittoresque dans les Vallées du Viroin et de la Meuse… »
. Rocroi : « Cette belle cité possède une histoire des plus mouvementées… »
. Monthermé : « Ce village pittoresque et touristique tire son nom du moine Ermel (Mont Ermel) qui y vivait au VIIe siècle… »


Les Ardennes brabançonnes

Le terme « Ardenne(s) » est encore usité dans d’autres cas. En voici deux aperçus avec les « Ardennes brabançonnes » et l’« Ardenne Bleue ».
Wavre est la capitale du Brabant wallon, entre capitales de la Belgique (Bruxelles) et de la Wallonie (Namur), et celle des Ardennes brabançonnes.
Il s’agit surtout de « Tourisme vert », de vieilles pierres, de patrimoine culturel et architectural sous la forme de châteaux, bâtiments religieux, musées… à Chaumont-Gistoux, Grez-Doiceau, Rixensart, Ottignies, Louvain-la-Neuve, Wavre…

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Wavre est la capitale du Brabant wallon et des Ardennes brabançonnes.

J’ai relevé une bonne centaine de lieux et de sites dans la liste dressée par la Maison du Tourisme des Ardennes brabançonnes ! Je vous propose d’en extraire quelques exemples :

À Chaumont-Gistoux : Musée de l’Horlogerie, l’église Saint-Bavon, l’église Saint-Jean-Baptiste et la maison communale (à Gistoux), la sculpture « La Marelle », le Château Jamar (XIXe Siècle et arbres remarquables), le château d’eau (Art Déco), le site archéologique des Bruyères (époque du néolithique moyen), le menhir « Le Cheval de Goffe » datant de 5 000 ans (à Chaumont), la Roseraie environnementale, la Réserve naturelle de la Champtaine…

À Louvain-la-Neuve : Musée Hergé (Tintin, Milou et Cie à Ottignies-Louvain-la-Neuve), Musée de Louvain-la-Neuve (collections permanentes consacrées aux cinq continents, art contemporain…), Musée du Sport et de la BD, Ferme du Biéreau (XIIe siècle)…

À Rixensart : Château (l’une des plus belles demeures de Belgique), Musée du Tir à l’arc (Mémoire d’un sport national !), Musée du Vélo de course, terrain interactif ludique pour tous…

Le « Grand Tour » : procession de vénération en compagnie d’une châsse (130 kilos), « Mémoire collective » de la province du Roman Païs…, dont l’itinéraire passe par de nombreuses chapelles (Saint-Jacques, Saint-Job, Notre-Dame du Rosaire, de Lourdes, Sainte-Anne, du Wastia, Saint-Joseph…).
La châsse contient des dizaines de reliques : fragment de la Sainte Croix, souvenirs de la Vierge, de sa mère, sainte Anne, de saint Jean-Baptiste, du curé d’Ars, de saint François d’Assise, de Mère Teresa.
Quant au Wastia, il s’agit d’un grand pain béni découpé et distribué à chaque pèlerin : il est réputé pour prévenir de diverses maladies, paraît-il.

À Longueville : ancienne école communale, chapelle d’Arnelle, Ferme d’Arnelle (vestiges historiques du mégalithique), chapelle du Chêneau (située sur le point le plus élevé du Brabant), église Notre-Dame de la Visitation (tour du XIIIe siècle)…

À Wavre : Musée de la Vie locale (le quotidien aux XIXe et XXe siècles), le Musée historique et archéologique (préhistoire, période gallo-romaine, Moyen Âge…), la basilique Notre-Dame (ancienne chapelle « libre » du XIe siècle, lieu de pèlerinage depuis cinq siècles…), la Ferme des Templiers (exploitation agricole datant de 1140, domaine templier jusqu’en 1312, puis propriété des Chevaliers de Malte…)

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L’art dans la rue à Wavre.

L’Hôtel de Ville de Wavre est situé dans l’ancien couvent des Carmes Chaussés.
Carmes Chaussés ?
L’Ordre du Carmel est un ordre religieux catholique. Carmes pour les hommes, Carmélites pour les femmes.
Les « Carmes Chaussés » ou « Grands Carmes » ne vivent pas cloîtrés.


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L’ancien couvent des Carmes Chaussés.

Les « Carmes Chaussés » est un terme attribué aux Carmes qui n’ont pas accepté la réforme qui débuta en Espagne par sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix (XVIe siècle). Les Carmes de sainte Thérèse furent appelés « Déchaussés » à cause de leur volonté de suivre une vie plus conforme à la Règle ancienne du Patriarche Albert, marquée par un fort esprit de pauvreté et de pénitence (Source : Pères Carmes Déchaussés de Bruxelles).

 Au pied de l’Hôtel de Ville se trouve la statue du « Maca ». On voit le jeune espiègle qui tente d’escalader le muret du perron municipal.
Cette sculpture est l’œuvre de Jean Godart et fut réalisée en 1962.
« Le « Maca » incarne l’esprit primesautier et moqueur des Wavriens dont il est le surnom. »

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Le « Maca ».

Il symboliserait également le premier bourgeois de la cité qui reçut la charte de franchises du Duc de Brabant au début du XIIIe siècle.

Il existe une tradition, voire une superstition, à son égard : celui ou celle qui caresse ses fesses serait assuré de vivre une année chanceuse.

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 Traditions et superstitions à Bruxelles et Saint-Denis, comme à Wavre !

Comme celui ou celle qui caresse certaines parties du monument t’Serclaes situé près de l’Hôtel de Ville de Bruxelles ou la généreuse poitrine de Marie-Antoinette d’Autriche, l’épouse de Louis XVI, roi de France, à la Basilique Saint-Denis près de Paris…

« Maca » est aussi le nom donné aux habitants de la ville, du moins ceux nés à Wavre de parents également nés dans la capitale du Brabant wallon et des Ardennes brabançonnes !
Et encore…

L’Espace muséal Toison d’or (vingt et un siècles d’Histoire de l’Europe du Nord-Ouest) à Rosières-Saint-André, le Musée de l’Eau et de la Fontaine à Genval, les châteaux de Vieusart, de Céroux-Mousty et d’Ottignies, le château-ferme de Corroy-le-Grand où une séquence du film « Rien à déclarer » de Dany Boon avec Benoit Poelvoorde y fut tournée, les églises de Dion-Valmont, Corroy-le-Grand, Dion-le-Val, Bonlez, Vieusart, Céroux-Mousty, Limelette (gisant gothique), la Ferme Wieme (XIe siècle) de Dion-le-Mont, la Ferme de l’Herbe (fournil du XVIIIe siècle) à Bonlez, la gare du vicinal à Corroy-le-Grand, la Ferme du Douaire (XVIIIe siècle) et le Bois des Justes (plus de 1 700 arbres sur cinq hectares) à Ottignies, Tour et ferme de Moriensart (XIIIe siècle) à Céroux-Mousty…

Et, comme le signale « La Wallonie des Saveurs », « les Ardennes brabançonnes, c’est aussi un terroir riche de produits de bouche, fruits de la passion des artisans locaux fidèles aux traditions et aux savoirs d’autrefois. »
À ce sujet, la « Confrérie du Stofé » s’intéresse spécifiquement à la « tarte au Stofé », une spécialité à base de fromage blanc.

L’Ardenne Bleue

Il s’agit du Pays de Vesdre, du Pays des Sources, du Pays de Herve et des Cantons de l’Est.
Ici, il est principalement question de mettre en valeur le « Pays du vélo » (www.ardennebleueavelo.be) dans des paysages superbes où prédominent l’eau et ses rus, rivières, lacs, sources, cascades…, une eau considérée comme l’« Or bleu ». Mais, il y a, aussi, le bleu comme le ciel pur des Fagnes et la gastronomie !

Au Pays de Vesdre, Soiron est catalogué comme l’un des plus beaux villages de Wallonie : niché dans un écrin de verdure, dominé par un château magnifique, il propose un séchoir à chardons, un lavoir, d’anciennes maisons, l’église Saint-Roch réputée pour ses splendides boiseries et ses fonts baptismaux du XIIe siècle…
« De succulentes découvertes » titre « La Wallonie des Saveurs » concernant le Pays des Sources : il y en a pour tous les goûts ! Du sucré au salé, bière ou fromage, chocolats ou jus de fruits…, les produits de terroir sont d’une grande richesse gastronomique. Et, de citer : bières Bobeline blondes, brunes ou ambrées, vins aromatisés aux fleurs et fruits comme la Rosée de Spa et la Fleur de Franchimont, pâté aux myrtilles ou aux airelles…

Au Pays de Herve, le « Herve » est le seul fromage belge possédant l’Appellation d’origine protégée (A.O.P.). « La Wallonie des Saveurs » spécifie : « C’est un fromage au lait de vache à pâte molle et à croûte lavée au fumet caractéristique. Ce fromage, doux ou piquant, se déguste simplement avec une tartine beurrée ou garnie de sirop de pommes et de poires, une autre spécialité du plateau que les fermiers du Pays de Herve ont commencé à fabriquer dès le XVIIe siècle. Le sirop, c’est l’or noir du Pays de Herve !
Et puis, il y a un patrimoine exceptionnel : châteaux, traditions et folklore (la Foire aux noix d’Henri-Chapelle), processions ancestrales (à Herve, par exemple), Clermont-sur-Berwinne, village cher aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
De passage lors de ma pérégrination compostellane, j’ai écrit ces quelques lignes (« Long est le Chemin de Compostelle » aux Éditions Dédale) :

« La Route Charlemagne.

Dans ce pays des Trois Frontières (Belgique, Pays-Bas et Allemagne), on dénombre vingt-huit châteaux. (…)
Je traverse et retraverse La Gueule qui serpente dans le coin, pour arriver à la Route Charlemagne après avoir emprunté celle des Châteaux et avant de parcourir celle des Vergers.
L’imposant viaduc au-dessus de Moresnet est une injure à la nature. On lui préfère certainement le calvaire de quatorze stations monumentales.
À Lontzen-Busch, ô miracle, la charmante petite église est accessible.
Je caresse la coquille d’un saint Jacques sculpté dans le bois du tabernacle. Au loin, j’aperçois un clocher qui ressemble fort à un casque à pointe de 1914-18. Je dévie de mon itinéraire pour aller jeter un coup d’œil à cette bizarrerie. C’est l’église de Lontzen à l’intérieur de laquelle je découvre des Indiens d’Amérique du Nord emplumés, peints au plafond. Étrange.
Je poursuis vers Liège et, nouvelle heureuse bifurcation, pour me rendre à Clermont. Encore un coup de foudre.
Ce superbe village qui respire la quiétude, possède une église Saint-Jacques (1632) dans laquelle se trouve une relique de l’apôtre, un bâtiment officiel au pèlerin délicatement ciselé dans la pierre, une jolie place avec fontaine. (…)
Selon des historiens, les Seigneurs de Clermont-sur-Berwinne possédaient des droits de justice. Pour authentifier leurs actes, ils utilisaient des sceaux à l’effigie de saint Jacques. Le plus ancien exemplaire qui nous est connu date de 1571 et présente le saint en habits de pèlerin, le bourdon à la main gauche alors que la panetière est accrochée à son côté droit.
C’est lui qui est reproduit dans la pierre du campanile dressé sur la charmante petite place de la cité agréablement fleurie dès le printemps.

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Saint Jacques sculpté à Clermont-sur-Berwinne.

Quant à l’église, outre le médaillon-reliquaire de saint Jacques placé sous sa statue, face à celui de saint Jean, nous pouvons aussi y découvrir le retable de l’autel majeur (1730), un buste de l’apôtre Jacques sculpté dans la chaire de vérité (1764), une dalle funéraire sous laquelle repose Thiry de Couves, bourgmestre de la localité, décédé en 1534, et qui comporte plusieurs signes compostellans, souvenirs d’une probable pérégrination à Santiago de Compostela.

Mais il est temps de partir et de remonter vers la route. Celle qui mène à l’église classée Saint-Georges d’Henri-Chapelle.
Une poutre de bois traverse tout son chœur et contient le Christ entouré des douze apôtres. Une statue de saint Roch, ses coquilles et le chien, se trouvent dans le fond de l’église. (…) »

Pour les Cantons de l’Est, les qualificatifs ne manquent pas : « Étonnamment grands ! », « Terre de randonnées », « Pays de découvertes »…
Il y a, aussi, le somptueux château de Burg-Reuland, le Musée de la Poterie de Raeren, situé dans un château fort entouré de douves, le Musée du chocolat à Eupen, le Malmundarium, centre culturel et touristique interactif installé dans un ancien monastère de Malmedy…

Le Parc Naturel des Deux Ourthes

L’Ourthe occidentale prend sa source dans la commune de Gouvy et file vers Houffalize, l’Ourthe orientale salue Sainte-Ode et Bertogne, pour rejoindre la première vers le site du Hérou, puis, la rivière s’en va vers La Roche-en-Ardenne…

Au cœur des Ardennes, il y a le Parc Naturel des Deux Ourthes (76 000 hectares, 21 000 habitants) avec de nombreuses promenades dont une passe par Journal (« jornal », en ancien français, était une mesure de terre labourable en une journée à l’aide d’un cheval), Mierchamps et ses murs en pierre sèche, Erneuville, Wyompont et leur passé romain…


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Bac à eau de Journal.

 

Six communes sont partenaires de ce parc : Bertogne, Gouvy, Houffalize, La Roche-en-Ardenne, Sainte-Ode et Tenneville.

« La finalité du Parc Naturel consiste à trouver le meilleur équilibre entre la protection de l’environnement et du cadre de vie et le développement et la valorisation des ressources locales, au bénéfice de toute une région », explique-t-on à Millenium.

Et, de partager ce superbe territoire en cinq zones spécifiques :

. Au nord : les Fagnes, le plateau des Tailles, des tourbières…
. Au centre : le site du Hérou au confluent de l’Ourthe Orientale et de l’Ourthe Occidentale, naissance de la Vallée de l’Ourthe, des martins-pêcheurs, cincles plongeurs (passereaux)…
. Vers l’ouest : importants massifs forestiers feuillus, des cerfs, sangliers, chevreuils…
. À l’est : sources de l’Ourthe Orientale, nourrissage des cigognes noires…
. Vers le sud : vallées et vallons autour de l’Ourthe Occidentale, paysages magnifiques…

Le Parc Naturel de Haute-Sûre et de la Forêt d’Anlier

Le Parc Naturel de la Haute-Sûre et de la Forêt d’Anlier possède son lot de légendes, de patrimoine, de Nature : des forges à Habay-la-Neuve et Mellier, d’anciennes ardoisières à Warmifontaine et Martelange, le Château du Pont d’Oye, la Vallée du Lac de Neufchâteau, la « Fontaine aux poissons », une œuvre de Jean-Michel Folon qui se voit au Moulin Klepper, les « Bonhommes de bois » à Lahérie, l’église et la ferme (hôpital au Moyen Âge puis ancien couvent des Récollets) d’Hamipré, une forêt d’Anlier immense (7 000 hectares) qui accueille la cigogne noire et, ce qui ne déplaît pas aux « sorciers et sorcières » (!), la renouée bistorte.

Dans les traditions populaires, il se dit que ses feuilles écrasées auraient des vertus hémostatiques et vulnéraires, les rhizomes utilisés en cas d’aphtes, d’angines et de gingivites, la poudre de racines pour arrêter les saignements, sans parler d’une éventuelle action anti-inflammatoire…

Le Pays des Vallées

Le Pays des Vallées est un vaste territoire divisé en sept « entités » bien spécifiques (www.paysdesvallees.be), certaines font partie intégrante des Ardennes :
- Les Vallées de Forteresses et de Châteaux : Dinant, Hastière, Onhaye et Yvoir.
- Les Vallées des Découvertes : Gembloux, Jemeppe-sur-Sambre, Sambreville et Sombreffe.
- Les Vallées d’Art et de Traditions : Namur, Andenne, Assesse, Fernelmont, Floreffe, Fosses-la-Ville, Gesves, La Bruyère, Ohey et Profondville.
- Les Vallées de l’Ardenne Namuroise : Bièvre, Gedinne, Vresse-sur-Semois.
- Les Vallées des Saveurs : Ciney (là où est né le Blanc-Bleu-Belge), Hamois, Havelange, Somme-Leuze.
- Les Vallées des Eaux Vives : Couvin, Cerfontaine, Doische, Florennes, Philippeville, Viroinval et Walcourt.
- Le Val de Lesse : Beauraing, Houyet et Rochefort.

Le Parc Naturel des Hautes Fagnes

Le Parc Naturel des Hautes Fagnes (www.botrange.be) est une vaste (72 000 hectares) et splendide région avec deux points culminants : Botrange (694 m) et la Baraque Michel (672 m). Le paysage est principalement composé de tourbières et de landes.

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La bruyère chère aux Ardennais.


Enfant, j’y ai cueilli de la bruyère lors de promenades inoubliables, aujourd’hui, on y visite le Centre Nature de Botrange (c’est la Maison du Parc Naturel des Hautes Fagnes-Eifel), point de départ de balades par le Sentier des tourbières. Il y a, aussi, des promenades thématiques (eau, flore, faune, légendes, histoire…), un char-à-banc (style « Chariot de l’Ouest »), une descente en trottinette (vallée du Bayehon…)

Puis, c’est la Fagne wallonne, les onze stations didactiques sur le thème du « Bois mort qui donne la vie », par exemple, la Croix des Russes érigée en mémoire de prisonniers soviétiques lors de la Seconde Guerre mondiale, le Pont (en bois) de la Helle, l’étang du Schwarzbach (Ruisseau Noir)…
Et, comme le lecteur le découvrira dans le chapitre « Le guide alphabétique » ci-après, il existe d’autres parcs naturels, d’autres chemins de randonnées, d’autres « Routes ardennaises », d’autres sentiers et « pays » ardennais…, mais, dans le présent chapitre, il s’agissait avant tout de lui donner un avant-goût, une sorte d’apéritif avant le plat de résistance, si j’ose dire !

Mourir pour renaître

Chapitre2 23.jpgNéanmoins, parmi eux, il est une démarche qui m’est chère : la pérégrination compostellane. En d’autres termes, le Chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
À dire vrai, il y a autant de chemins que de pèlerins (ou randonneurs, ou marcheurs, ou cavaliers, ou joggeurs…) puisque, pour chacun, la pérégrination débute au sortir de sa demeure pour s’en aller en Galice, d’une traite ou en plusieurs étapes fractionnées sur plusieurs années.
De manière « officielle », il y a quatre itinéraires dont les points de départ sont Paris, Vézelay, Arles et Le Puy-en-Velay (en l’an 950, le premier pèlerinage vers compostelle fut organisé à partir de cette ville), avec passage au Col de Roncevaux ou celui du Somport, avant d’emprunter le Camino francès (quelque 800 kilomètres en terres espagnoles). On y ajoute, aussi, un itinéraire à partir de Wissant (ou ses environs) ou Boulogne et qui longe la Manche puis l’Atlantique jusqu’aux Pyrénées.
Pour ma part, avant de m’élancer (deux tiers en marchant et un tiers en joggant, avec, bien entendu, de longues haltes pour le repos et diverses visites) sur le Camino francès depuis Roncevaux, le trajet de ralliement étant effectué depuis Le Puy-en-Velay, j’ai couvert les quatre itinéraires traversant le Nord européen proposés par l’Association belge des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle, dont je devins membre et en suscitant même l’idée de son sigle reprenant la coquille et deux bâtons, emblème lié à la parution de mon tout premier ouvrage « Long est le Chemin de Compostelle », paru en 1990 :
. Itinéraire A : Maastricht (Pays-Bas), Tongres, Saint-Trond, Halle, Jodoigne, Nivelles, Binche, Rouveroy, Vieux-Reng (France).
. Itinéraire B : Louvain (Belgique), Bruxelles, Tubize, Soignies, Mons, Quiévrain, Valenciennes (France).
. Itinéraire C : Aix-la-Chapelle (Allemagne), Clermont, Liège, Huy, Andenne, Namur, Dinant, Givet (France).
. Itinéraire D : Aardenburg (Pays-Bas), Damme, Bruges, Roulers, Menin, Halluin (France).
Au total, j’ai marché ou joggé 2 031 kilomètres, dont une centaine de kilomètres en Bourgogne sur les traces des Compagnons-Bâtisseurs décrits par l’auteur Henri Vincenot et autant de bornes au Pays Cathare, tous des lieux empruntés par des jacquaires, bien sûr.

Une démarche strictement personnelle

Par quelques questions (basiques), voici les enseignements que j’ai retirés de cette démarche :

- Qu’est-ce qui fait marcher autant d’hommes et de femmes, d’adolescents et de personnes âgées, de riches et de pauvres, de pensionnés et d’actifs, de sportifs et de sédentaires - qui forcément ne le sont plus ! -, de cadres et d’ouvriers, de croyants et de non-croyants, depuis plus de mille ans ?
- Pourquoi ce chemin attire-t-il les foules, pareil à un gigantesque aimant qui aurait des effets magnétiques jusque dans les contrées les plus lointaines d’Europe et, parfois, jusque dans d’autres continents ?
- Que s’est-il donc passé chez ces pèlerins pour se dire transformés au point de vivre une autre existence ?
- Qui sont ces gens qui, à l’heure de la conquête spatiale, de la technologie poussée à l’extrême, de la mondialisation et du confort le plus sophistiqué - pour diverses populations -, s’en vont mettre les pieds dans ceux de Charlemagne ?
- S’agit-il toujours de réaliser ce pèlerinage comme un acte de foi ou d’accomplir un vœu suite à un souhait réalisé ou à une guérison obtenue ?


Sans entrer dans de nombreux détails chiffrés, certaines statistiques avancent le nombre de 70% de pèlerins marcheurs, pour 18% de cyclistes et, les 12% qui restent se répartissent en cavaliers, joggeurs et même aérostiers. Les étudiants sont les plus nombreux (50%) à arpenter le Chemin, suivis par les enseignants (12%), les pensionnés (5,6%) et les religieux (5%).

Au-delà de l’aspect religieux - qui n’est pas forcément obligatoire, certains, à mon instar, ont fait Compostelle dans un but culturel, de travail sur soi, de quête spirituelle... -, le chemin recèle un patrimoine de très haute valeur. Ainsi, j’y ai découvert un passé riche de mégalithes, souterrains insolites, puits et sources à l’eau lustrale, d’alignements astronomiques, de Nombres, de géographie mystique, de hauts lieux, de vieilles légendes et de faits historiques avérés, où l’on retrouve des Celtes, Croisés, Templiers, Cathares, francs-maçons, compagnons (en 2004, le Compagnonnage s’est enfin ouvert aux femmes), mais, aussi, des moines, martyrs, mages, ermites, sages..., avec, principalement, ce même et unique fil conducteur qu’est le sacré.
Se pencher sur les multiples mystères qui régissent l’univers, les hommes et les choses, fait partie des grandes interrogations existentielles. Au risque de me répéter, une formation cartésienne et rationnelle n’empêche pas, selon moi, de se laisser appréhender par différents aspects du sacré, de l’ésotérisme (entrer à l’intérieur même du réel) et de la tradition.
La science et la quête du sacré ne sont pas incompatibles, « ce sont deux notions complémentaires, la terre et le ciel », selon Théodore Monod.

Selon de récentes statistiques, on est frappé de constater combien les lieux forts gardent un réel succès de foule, alors que la pratique religieuse est en baisse.

J’ai constaté au moins une chose : de tous les lieux sacrés en péril, le Chemin de Compostelle est probablement celui qui fait l’objet du plus d’attention de la part des autorités, au point que le Conseil de l’Europe en fit un officiel « Itinéraire culturel » (en 1987) et l’UNESCO un « Patrimoine de l’Humanité » (en 1993).


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Certains tronçons des itinéraires compostellans passent par les Ardennes : Gedinne, Vresse, Givet…

Alors, sur un plan strictement personnel, je peux dire que faire le Chemin de Compostelle, ce n’est pas seulement découvrir un itinéraire composé de merveilles architecturales, de paysages bucoliques, et de plonger dans un riche passé historique, religieux ou ésotérique, c’est aussi un très rude parcours qui recèle des passages arides où la grande solitude vous envahit, descend graduellement dans votre cœur.
C’est le temps de la réflexion, des mises au point intérieures, des bilans personnels, parfois des bonnes résolutions. La démarche compostellane peut se révéler un déclencheur initiatique ou une étape dans un cheminement personnel, une sorte d’éveil.

Un grand charme

Et, pour en revenir aux Ardennes, Marcellin La Garde, leur chantre au milieu du XIXe siècle, écrivait ces lignes merveilleuses, que je partage totalement en cet ouvrage :

« Est-il un plus grand charme, - quand on se trouve en présence d’un beau paysage, - que d’entendre le récit des faits qu’il a vus s’accomplir, et qui viennent mêler le riant ou le fantastique, le gracieux ou le terrible à la poésie naturelle de la scène ? »


(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

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23/01/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (4/140) : Mon grand-père, l’Ardennais

Endroits et histoires magiques

Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Mon grand-père paternel est né en 1882. S’il vivait encore, il serait probablement l’être le plus âgé de la planète avec ses quelque cent trente printemps !

En 1882, c’était l’année du premier système d’éclairage public électrique à New York, de la loi sur l’obligation de l’enseignement primaire de 6 à 13 ans en France, alors que la Fédération internationale de football interdisait encore le professionnalisme des joueurs, que Jules Verne, Tolstoï, Émile Zola et Victor Hugo publiaient de grandes œuvres (essais, romans, pièces de théâtre…) et que la région du Congo devenait une colonie belge.

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Victor Hugo.

Au cœur des Ardennes

Dans les Ardennes, les événements étaient principalement vécus à l’échelon local, voire régional, loin de l’agitation des capitales et des mégapoles.
Ainsi, Nestor Martin, maître de forges belge, célèbre dans le monde entier pour ses poêles et cuisinières, créa une entreprise dans le quartier de la Bouverie à Revin, petite cité de quelques milliers d’âmes entrelacée par la Meuse (qui prend sa source à Pouilly-en-Bassigny dans la région Champagne-Ardenne) et entourée par la forêt, alors que le conseil municipal de Fumay, autrement appelée la « Cité de l’Ardoise », évoquait le projet d’un abattoir communal.

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Hommage aux ardoisiers à Fumay.

Durant ce temps, de l’autre côté de la frontière franco-belge, à Bastogne (ville qui devint internationalement connue à cause de la « Bataille des Ardennes » qui s’y déroula durant la Seconde Guerre mondiale), on lançait des appels de détresse afin de soutenir financièrement la restauration de la très ancienne église Sainte-Martine de Longvilly et, que le 30 décembre 1882, une loi de police sanitaire des animaux domestiques et des insectes nuisibles prenait corps, loi qui est toujours d’actualité (bien que fameusement modifiée !) de nos jours.
Plus loin, à Vianden, au cœur des Ardennes appelées « Éislek » (Oesling) par les Luxembourgeois, la Croix de justice érigée en 1308 était démolie. Elle sera reconstruite en 1902 : « Faire et défaire c’est toujours travailler ! » dit-on.

Lors de la visite de la très intéressante « Expo chromos » (Centre d’Art de Rouge-Cloître à Auderghem) consacrée à « L’Enfance de la publicité » (« Si tu es sage, tu auras une image ! »), je me suis arrêté devant deux cartes dites de correspondance dont le recto présentait une reproduction chromolithographique et le verso un texte - quasiment identique - datant de 1882.
Il s’agissait d’une carte « publicitaire » proposée par un commerçant parisien (Becks, 120 rue Saint-Denis), et une autre par l’un de ses collègues de Verviers (Ardennes liégeoises) :

« Saint-Nicolas – surtout dans les Ardennes, en Lorraine… -, Noël et jour de l’an… réassortiment complet de nos magasins !
Albums, boîtes de compas et de couleurs, bureaux, buvards, serviettes, portefeuilles, canifs, plumiers, etc.
Grand choix de livres d’images, livres de la bibliothèque, nouveautés des Maisons Hachette & Cie. »

Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, partageait-on, à cette époque de la fin du XIXe siècle, les mêmes objets usuels à Paris, la grandiose Ville Lumière, qu’au cœur de la cité drapière des Ardennes !

Une saga ardennaise

Quand je suis né, dans les Ardennes, en 1946, mon grand-père paternel avait donc 64 ans.

Il avait été instituteur dans un village et, sur une photo passablement jaunie par les décennies, je le vois me tenir dans ses bras. Il posait en ma compagnie dans une forêt ardennaise. Cela ne devait pas être le fruit du hasard mais, peut-être, un signe caché, une sorte de présage…

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Pierre-l’Ancien porte le petit Pierre…

Mon grand-père paternel portait un costume sombre qui tranchait avec ses cheveux et sa moustache grisonnants et une chemise blanche au col cassé supplantant une cravate dont l’agencement du nœud ne paraissait pas être l’exercice privilégié de cet homme à l’allure austère mais tellement sage et bon.

Pierre et Valentine, sa femme, excellente ménagère et cuisinière, étant même considérée comme la « Reine des tartes aux fruits » à des kilomètres à la ronde, eurent cinq enfants, deux filles et trois garçons, dont mon père.

Mon parrain avait-il décelé, lors de mes premiers pas et propos, cette volonté de connaître la Nature et ses mystères, le Patrimoine et ses secrets, l’Histoire et des légendes qui, parfois, se confondent ? Son but fut-il de me faire découvrir les trésors des Ardennais ?
Ainsi, durant de longues années, j’ai parcouru maintes régions des Ardennes (et d’ailleurs) aux côtés de mon aïeul.

Assis sur un tronc d’arbre dans les Fagnes ou le long de l’Amblève, il me décrivait la faune et la flore de l’endroit visité, il me racontait des anecdotes, des histoires et historiettes des gens, contemporains ou anciens, mais, aussi, celles d’êtres fabuleux qui parsemaient parfois l’imaginaire et les traditions depuis des siècles.

L’Amblève.

Mon grand-père maternel, boulanger de profession, était également un homme sage et bon (« Bon comme du pain ? »). Je l’ai surtout côtoyé, ainsi que ma grand-mère Lina, durant mon adolescence.
Dans son atelier, à Arlon, au « Carrefour des Trois Frontières » (France, Belgique et grand-duché de Luxembourg), j’avais l’honneur d’assister, tôt le matin, à la confection du pain.
Un rituel fantastique, à mes yeux d’enfant, que celui de transformer une grosse pâte blanchâtre en délicieux pains dorés. Quel spectacle fabuleux ! Quel tour de magie !
Chapitre1 4.jpgMa mémoire olfactive ne se souvient plus d’une odeur aussi savoureuse, enivrante.

 

 

L'Amblève.

Alors, au fur et à mesure de mon avancement en âge, ce sont mes grands-pères qui m’initièrent par petites touches successives et dosées à différents sujets qui, à présent, alors que je suis devenu grand-père moi-même, me passionnent : l’âme des animaux et des arbres, les vieilles pierres à l’état naturel ou taillées, le symbolisme des couleurs et des nombres, la qualité des produits de la Nature, des histoires relevant de faits réels ou imaginés…
Dans un précédent ouvrage (« Le Cherchant de Lumière » aux Éditions des 3 Monts, France, 1999), j’avais déjà fait allusion à cette relation exceptionnelle avec mon parrain :

« Lorsque j’étais gamin, j’accompagnais très souvent mon grand-père paternel, homme taciturne mais d’une grande sagesse, dans de très longues promenades urbaines ou champêtres. Comme lui, j’appréciais davantage ces dernières, même si errer dans de vieux quartiers parsemés d’édifices moyenâgeux ou pittoresques avait aussi son charme.
En ce temps-là, dans les années cinquante, nos promenades nous menaient dans les campagnes et les petits bois qui, plus tard, devinrent pour la plupart de grandes banlieues de villes tentaculaires.
Je me souviens qu’à ces endroits, je cueillais des fruits sauvages dont je me régalais, je croquais la noisette et j’admirais le bleuet, devenu ma fleur préférée car elle évoque le chaud soleil d’été. »

C’est, donc, avec le souvenir de ces multiples promenades et excursions, et, bien entendu, plusieurs décennies de nouvelles découvertes ou d’approfondissements de divers sujets, que je convie le lecteur à me suivre sur différents chemins ardennais.

Des bonshommes noirs

Fort du succès de « Belgique et France Mystérieuses, Insolites et Sacrées », trois tomes publiés aux Editions Jourdan, et qui font toujours l’objet de chroniques radiodiffusées et télévisées en Belgique, en France, en Afrique, en Asie, en Amérique… (Télétourisme, VivaCité, TV5 Monde, Fréquence Terre, Youtube), j’invite à présent ce lecteur à me rejoindre en des dizaines de lieux spécifiquement ardennais.
Des lieux parfois étranges, jamais insignifiants ou inintéressants, souvent le reflet d’une intense activité et qui a laissé un patrimoine trop souvent oublié ou rejeté et qui mérite une visite approfondie.

Les Ardennes sont une terre de légendes, de merveilleux, de mystérieux, de sacré et d’insolite. Tous les chemins y mènent à condition de respecter les lieux et de les aborder avec humilité. Ce qui n’interdit pas l’humour et la rêverie…
Je me souviens d’une histoire qui, de manière furtive, avait abordé les pistes du secret, de l’énigme, de l’inconnu. Des trésors ? Mon grand-père paternel me l’avait peut-être racontée ou lue…

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Paysage ardennais.


« Parfois, les rivières (Amblève, Ourthe, Semois…) qui sillonnent les Ardennes étaient habitées par d’étranges créatures : les petits bonshommes noirs. Ils attiraient les gens, surtout les enfants, au fond de l’eau avec un grand crochet et les enfermaient dans des cruches immenses.
Ces petits bonshommes noirs avaient de très vieux amis sur la terre ferme qui, eux, tourmentaient les gens dans les greniers, les caves…
Ceux-ci étaient peut-être les conducteurs d’étranges charrettes qui, en pleine nuit, semaient la terreur et la misère dans les contrées.
Ces charrettes n’étaient pas tirées par des chevaux mais étaient quelquefois accompagnées par un tout petit homme portant une coiffure rouge, témoignèrent des personnes qui avaient pu apercevoir ce convoi diabolique crachant le feu de tous les côtés. On retrouvait aussi ce phénomène en Allemagne.
Ces témoignages étaient cependant très rares car, généralement, on ne distinguait rien aux alentours des véhicules à deux roues. Et pour cause…
Une nuit, un courageux agriculteur dont les champs avaient une nouvelle fois été dévastés, suivit un convoi de charrettes. Il était tellement furieux qu’il s’était muni d’un immense bâton et qu’il frappait avec rage en direction des véhicules.
Soudain, au bout d’un champ complètement ravagé par le feu et les roues des charrettes, il vit des nains qui, rassemblés, tenaient leur coiffure rouge entre les mains : les coups de bâton les avaient décoiffés et ils avaient perdu leur pouvoir d’invisibilité.
Ces êtres maléfiques prirent peur, demandèrent pitié et s’enfuirent à tout jamais. »
Lors d’une balade dans la superbe région boisée de Cornimont, non loin de Vresse-sur-Semois (voir « Le guide alphabétique, ci-après), il fut aussi beaucoup question de diables, de sorcières, de réunions sataniques…
Ainsi, quasiment toujours représentés avec un corps humain, une figure grimaçante, des cheveux enflammés, une grande bouche ouverte comme les portes de l’enfer, une queue de serpent, de longs poils ou des écailles sur toute la peau, des dents acérées ou des crocs énormes, des dizaines et des dizaines de ces diables et diablesses sont sculptés dans la pierre ou le bois, sont peints ou dessinés. Pourquoi ces représentations et que signifient-elles ?
Et, pourquoi raconte-t-on encore tant et tant d’histoires diaboliques alors que l’heure est à la haute technologie et au rationalisme ?
Depuis la nuit des temps, ces histoires et ces représentations évoquent le mal, le démon, l’ennemi. Le diable, ou la diablesse, c’est celui (ou celle) qui nous blesse dans sa colère, c’est l’adversaire du bien et du bon, c’est encore celui qui s’attaque aussi bien à un fermier, qu’à un maçon et qu’à une reine !

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Caricature du diable (au Vi Ramon à Cornimont, « transféré » à Mougins).

À dire vrai, c’est tout ce qui a de terrifiant dans la société qui est exprimé de la sorte de manière symbolique.

Jésus dans les Ardennes

Mais, comme nous le raconte une autre légende ardennaise, ces diables et diablesses peuvent aussi être des humains ! Du moins, c’est une manière de voir les choses…

« Il paraît que le Christ et saint Pierre arpentaient les Ardennes camouflés sous les habits traditionnels des pèlerins se dirigeant, par exemple, vers le tombeau de l’apôtre Jacques situé à Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne), ou, alors, ils regardaient du Paradis avec beaucoup d’insistance cette immense région boisée où, disait-on, il se passait des choses étranges et fort regrettables... Leur but était de se rendre compte de cette situation peu banale.

Ainsi, un jour, le Christ constata que le démon était caché sous les traits d’une jeune et très belle Ardennaise. Ce diable-femme cherchait la dispute à une villageoise d’ordinaire paisible et gentille. La première mit à bout la seconde et elles se battirent !
Alors, le Christ envoya le chef de l’Église – qui s’arma d’une épée – pour remettre bon ordre dans le village. Hélas, Pierre perdit son calme face à la terrible dispute qui vit les deux femmes s’en prendre à… lui !
Saint Pierre se déchaîna et leur trancha la tête et remonta au Paradis où il fut très mal accueilli par le Fils de Dieu :
- Pourquoi les as-tu tuées alors que je t’avais seulement demandé de les calmer ? Je ne voulais pas leur mort ! Tu vas retourner dans les Ardennes et leur rendre la vie en recollant les têtes !

Saint Pierre obéit mais, dans sa précipitation, il se trompa dans le recollement des têtes…, ce qui, dit-on, rendit le Christ à nouveau furieux.
- Jamais, au grand jamais, Dieu, mon père, ne veut la mort du pécheur !!!

Gageons qu’il remit lui-même bon ordre dans ce coin des Ardennes… »

Cette légende ancienne nous rappelle de manière très claire qu’il ne faudrait pas cataloguer tous les êtres humains un peu « difficiles » ou « différents » de diables ou de monstres ! me fit comprendre mon parrain.

Tirant sur son cigarillo au point de se brûler les lèvres, il m’expliquait patiemment :

« C’est comme pour les sorciers et les sorcières qui sont dits méchants, malsains, dangereux. Ainsi, certaines personnes traitent même des gens qu’ils n’aiment pas de « sorciers ou sorcières maléfiques ».
Ces derniers personnages, au nez crochu, au dos voûté, qui se déplaceraient sur un balai pour se rendre à des réunions organisées par le diable et où ils danseraient ensemble avant de jeter des sorts et préparer le mal, sont, bien sûr, des créatures de l’imaginaire et de la légende, souvent pour faire peur aux petits enfants ! À présent que tu es adolescent, tu peux mieux comprendre tes peurs d’enfant, non ? ».

Sorcières et inquisiteurs

Quoi qu’il en soit, c’est ce qui me permet, aujourd’hui, de dire qu’il y a quelques siècles, des milliers de femmes (nettement moins d’hommes) furent brûlées sur des bûchers ou jetées vivantes dans l’eau parce que, tout simplement, elles dérangeaient divers individus par leur façon de soigner les gens et les animaux avec des produits de la Nature, par exemple.
C’était, alors, « la chasse à la sorcière » qui fit tant et tant de victimes innocentes. Il faut s’en souvenir, selon moi.
Ainsi, voici trois épreuves (parmi tant d’autres) que devaient subir les personnes désignées comme sorcières en Wallonie, dans les Ardennes, en Alsace, en Auvergne… :

. La première épreuve était celle de l’eau : on liait les bras et les jambes de l’accusée et on la jetait à l’eau (en plein hiver, des bourreaux de Metz - en Lorraine - effectuaient un trou dans l’eau gelée afin de réaliser leur sinistre besogne).

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Sorcière de Cornimont qui s’est envolée pour Mougins !

Si la personne surnageait, elle était quand même considérée comme malfaisante et elle était dirigée vers le bûcher où elle subissait l’horreur des flammes sous les rires et les moqueries de beaucoup de gens.
Et, ce qui arrivait quasiment toujours, bien entendu, elle se noyait. Alors, ceux qui l’avaient condamnée priaient hypocritement pour son âme…

. La deuxième épreuve était celle de la balance : on asseyait l’accusée d’un côté du plateau d’une immense balance faite d’une planche posée en son milieu sur un bloc de bois, de l’autre côté, les accusateurs avaient placé la Bible. Si l’accusée était plus lourde que le livre sacré, elle était envoyée au bûcher d’office ! À titre d’information, une Bible doit peser quelques centaines de… grammes ! Inutile de dire que la femme était emmenée assez rapidement dans le feu !

. La troisième épreuve consistait en celle du stylet (petit poignard ou bout de métal à la pointe très fine) : les bourreaux cherchaient avec cet objet les endroits du corps nu de l’accusée qui étaient insensibles, non douloureux en somme. Inutile de dire qu’ils n’en trouvaient pas (qui résisterait à pareil supplice sans hurler ?) et, dès lors, les personnes torturées étaient aussi envoyées au bûcher !
Souvent, les accusateurs étaient des autorités de l’Église et on appela cette période, qui dura des dizaines d’années, l’Inquisition. En vérité, ces accusateurs ne supportaient pas une certaine concurrence ou rivalité de la part de gens qui, généralement, faisaient le bien, soignaient les pauvres comme les riches, donnaient de bons conseils. Dans le fond, ces accusateurs étaient des jaloux et ils s’en prenaient – parfois avec la complicité de citoyens – principalement aux femmes, eux qui devaient rester célibataires toute leur vie !
Et, ces Inquisiteurs féroces ajoutaient de l’horreur à l’horreur… Ainsi, régulièrement, ils faisaient couper la langue de la condamnée avant que le bourreau ne mette le feu à la paille et aux bûches. Ainsi, ne pouvait-elle pas leur hurler son immense souffrance et atteindre leur conscience. Mais, en avaient-ils seulement une ?

Enfin, ce constat démontrant, si besoin est, qu’il n’y a peut-être pas de hasard dans certaines situations : le « sabbat » est considéré comme jour de repos et sacré dans la semaine juive, et c’est le nom du lieu où se réunissaient le diable et les sorcières, selon l’Église.
Une manière pour le Vatican de discréditer davantage la religion juive, alors que les Juifs étaient déjà accusés d’avoir tué Jésus.
Une preuve ? Certains textes chrétiens du Moyen Âge qualifiaient le sabbat de « synagogue des sorcières et du diable ».

Pour résumer : l’Église catholique et romaine du Moyen Âge avait tout tenté pour endiguer et éradiquer le paganisme (religions dites païennes) mais, bien souvent, elle dut se contenter d’une évangélisation superficielle avant d’imposer ses dogmes et de réprimer les adeptes de rites, de célébrations et de cultes à la Nature d’origines anciennes (solstices, équinoxes, moissons…).

Néanmoins, les mentalités évoluent. Dans mes écrits et émissions, j’ai souvent attiré l’attention sur cette honteuse période de l’Inquisition et, par ci par là, il y a une prise de conscience en ce domaine.

Durant l’été 2012, les autorités de Nieuport (littoral belge) ont officiellement réhabilité les « sorciers et sorcières » qui avaient été martyrisés sur leur territoire. Ceci devrait inspirer le Vatican !


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Sorciers et sorcières de Nieuport ont été officiellement réhabilités durant l’été 2012.


Fantômes et anges

Les fantômes ? Ici aussi, il est question de légendes qui entourent des phénomènes d’apparitions, de visions, d’ombres, de revenants, d’illusions épouvantables…
N’empêche, comme nous le verrons dans certaines étapes de nos voyages ardennais, il y a une réelle « vérité » historique dans plusieurs cas…
Vérité historique qui, au fil du temps, peut se transformer en aventures sensationnelles, extravagantes…, ne l’oublions donc jamais !

Et les anges ?
Toujours associés au bien, à la gentillesse, au dévouement, à la protection (avoir son ange gardien), les anges seraient des esprits purs pleins d’amour pour les humains.
Néanmoins, sachons que des anges peuvent parfois se transformer en démons, ce n’est pas Lucifer qui me contredira.

Lucifer (ou Satan) était un ange de bonté et de sagesse qui se révolta et devint le chef de bandes démoniaques.
Au départ, Lucifer voulait dire « Porteur de Lumière ». Soudain, il désira prendre de l’importance dans le Ciel (et sur Terre !) et il rassembla d’autres anges dans sa révolte contre Dieu. Ces anges « déchus » (maudits) étaient violents, méchants, intéressés par la gloire et devinrent donc des démons, des diables…

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L’ange, un esprit pur ?

Alors, pour en revenir à nos légendes, il se cache peut-être un diable parmi les anges à qui nous rendrons visite…

Les rites et les légendes traversent les siècles et sont généralement basés sur des traditions, des religions, des croyances populaires, artistiques, parfois scientifiques, astrologiques…
Il arrive que dans certains lieux ou dans diverses situations on se trouve bien ou mal, il s’agit d’atmosphère que l’on ressent de manière délicate : on est calme face à un coucher de soleil, on ressent un malaise en visitant un cachot sombre et humide…

Des Anciens et des scientifiques modernes ont même relevé des endroits particulièrement malsains ou bénéfiques pour le moral et le bien-être physique des gens. Pensons aux bienfaits de lieux où l’on va faire des cures pour se soigner ou entretenir sa santé, où l’eau est réputée pour aider à combattre certaines maladies, ou, au contraire, à des endroits dits hantés où règne la peur, comme les « Pierres du Diable », fort nombreuses dans les Ardennes. Beaucoup de ces lieux font l’objet d’histoires anciennes, fabuleuses, étranges, secrètes et sont parfois désignés par des codes (objets, signes…).

Chevaliers et châteaux

Lors de nos itinéraires, nous croiserons (en imagination) le chemin de pas mal de Templiers, Teutons, Croisés, châtelains et châtelaines, de princes et de princesses… dans des lieux qu’ils habitèrent, où ils combattirent ou étaient simplement de passage.

Si le château de Bouillon est parmi les plus célèbres, nous repérerons aussi de très nombreux sites chargés de la véritable Histoire et, également, de légendes pleines de chevauchées fantastiques et d’intrigues chevaleresques.

Cependant, il faut savoir que les Templiers ou Chevaliers du Temple formaient un Ordre militaire et religieux fondé en 1118 ou 1119 et qu’ils avaient pour but de protéger les milliers de pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, un haut lieu de la chrétienté.
Au fil du temps, les Templiers devinrent très puissants et riches et s’établirent dans des centaines d’endroits en Europe.
Ils se firent aussi de très nombreux ennemis, jaloux de leur fortune, dont Philippe le Bel, roi de France, qui, en 1312, les menèrent à la mort en grands nombres sur des bûchers.
Certains Templiers purent échapper au massacre et se réfugièrent ou se cachèrent parmi les membres de l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean, devenu l’Ordre de Malte.
Mais, on dit que l’esprit (le fantôme ?) de certains Templiers revient à des endroits bien précis…

Il y a aussi les Teutons ou Chevaliers Teutoniques, ordre allemand créé en Terre sainte (Jérusalem, par exemple) en 1190. Ils devinrent également très puissants et, comme les Templiers, ils disparurent quelques siècles plus tard.

Quant aux Croisés, il s’agissait de militaires réunis par l’Europe chrétienne, du XIe au XIIIe siècle, pour porter secours aux chrétiens d’Orient aux prises, dit-on, avec les musulmans.
Il y eut huit croisades entre 1096 et 1270. En 1212, une Croisade des enfants fut également organisée et passa par les Ardennes où elle recruta pas mal de « Croisés »…

Qui dit chevalerie pense aussitôt au Moyen Âge, aux guerres et aux combats, aux châteaux et aux tournois, mais, toute la société était également concernée par des secrets, des mystères, des trésors… qui alimentaient les discussions et les fantasmes (imaginations).
Dans ce but, nous tenterons de comprendre de nombreux signes énigmatiques menant à des intrigues ou à des mystères.
À ce propos, on dit que c’était souvent au bord d’une forêt qu’habitaient les sorcières parce qu’elles parlaient aux arbres, se blottissaient contre eux pour y puiser leur immense force (pratique qui se fait encore de nos jours par certaines personnes qui croient dans la puissance des arbres !)…

Synonyme de puissance avec son tronc imposant, ses larges branches et son feuillage touffu, l’arbre est le reflet de plusieurs éléments de vie : l’eau qui circule dans sa sève, la terre où il plonge ses racines, l’air qui nourrit ses feuilles…
À ce titre, l’arbre est une source de vie et est en constante évolution selon un cycle bien connu : mort et puis régénération (renouvellement).
Il vit souvent plus longtemps que l’homme. Nous irons même visiter des arbres centenaires, voire millénaires lors de nos excursions.

Il y a aussi les animaux qui, comme les arbres, intéressaient beaucoup les sorcières (le hibou qui n’affronte pas la lumière du jour, le crapaud pour son effet fascinant…), les Anciens et même l’homme moderne.

 

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Forêt ardennaise.

 

 

 

En se rendant à divers endroits renseignés dans le présent ouvrage, il sera question d’animaux extraordinaires, dont le célèbre cheval Bayard capable de franchir d’un bond les vallées…

Il y aura également les pierres. Des vieilles, de très anciennes, entières ou cassées, ruines de châteaux ou qui forment encore la matière première de sculptures étonnantes.
Des pierres qui nous « parlent » ou parfois nous guident dans nos recherches…

Quelques symboles ardennais

Le présent sous-chapitre traite de différents symboles chers aux Ardennais : le cerf, le sanglier, la forêt, le cheval, des artisans… Il était intéressant, selon moi, d’établir quelques comparaisons avec d’autres civilisations et contrées du globe.

. Le cerf

Si le lion est le roi de la jungle, le cerf est certainement le roi des forêts ardennaises !
Parfois, en voyages organisés, on vient de très loin pour l’entendre bramer durant sa période d’activité sexuelle (rut). Certaines personnes assistent aussi à des combats à coups de cornes impressionnants entre deux rivaux ou constatent la détresse de l’un d’eux face à la mort (accident, chasse…)…

 

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Cerfs.

Une importante place est accordée à la symbolique qui s’adresse à ce magnifique cervidé.

En voici quelques exemples parmi des dizaines :

- le cerf est comparé à l’Arbre de Vie grâce à son imposante ramure qui se renouvelle de manière régulière ; dès lors, il symbolise la fécondité, la longévité (voir ci-après), l’abondance, les rythmes de croissance, les renaissances… dans les traditions celtes, gauloises, chrétiennes, musulmanes… ;
- le cerf annonce aussi la lumière et la clarté du jour qui guide l’homme, selon des Indiens. À ce titre, il est parfois considéré comme un médiateur entre le Ciel et la Terre ou un messager de Dieu, d’où l’apparition d’une croix entre ses bois, selon des chrétiens ;
- ce ruminant est également un symbole de hardiesse et de vélocité, rapide comme un coursier, qui, cependant, peu apaiser les passions et sauver les gens du désespoir grâce à la puissance de son enseignement… (bouddhisme, hindouisme…) ;
- si, dans quelques contrées (Cambodge, Chine antique…), le cerf n’était pas toujours bien accueilli car considéré comme « caractère solaire », donc porteur de sécheresse, en revanche, il était reconnu comme l’ennemi du serpent, donc du mal (Antiquité).

Beaucoup de légendes, mythes et croyances évoquent aussi le cerf :

- le cerf dédié à la déesse Diane aurait eu une longévité exceptionnelle ! Trente-cinq siècles d’existence, selon le poète grec Hésiode (VIIIe siècle avant Jésus-Christ). La raison ? « Il ne possède pas de vésicule, donc pas de fiel », selon le poète et naturaliste latin Pline (Ier siècle).
Les Egyptiens firent du cerf un symbole de la vieillesse et, en 1307, raconte encore une légende, on aurait trouvé dans la Forêt de Senlis un cerf vivant âgé de plus de dix siècles et qui aurait vécu au temps de Jules César, dont il sera question ci-après.
- les cornes du cerf (parfois réduites en cendres !) eurent également la réputation de protéger du mauvais œil (expression désignant une personne – ou un animal, telle la vipère – aux intentions méchantes), des sorcières, de la foudre…
Elles guérissaient aussi des maladies des yeux, de la sciatique (mal de hanche), combattaient les hémorragies, chassaient les serpents…
- enfin, quand on rencontrait un cerf, c’était signe d’abondance, paraît-il.

Pareillement, il y a la légende de sainte Ida qui était accompagnée d’un cerf dont les cors s’illuminaient, à la nuit, afin d’éclairer la future canonisée.
Sainte Ida est fêtée le 3 novembre… le même jour que saint Hubert, lui qui fut mis, aussi, en présence d’un cerf exceptionnel, comme nous le découvrirons dans le chapitre consacré à Saint-Hubert, la charmante cité des Ardennes belges.


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Le cerf dédié à Diane aurait eu une longévité exceptionnelle.


. Le sanglier

Cet animal est souvent présenté comme une « autorité spirituelle » dans divers légendes. Deux explications : sa possibilité à déterrer la truffe et à manger des glands.

La truffe ? Champignon d’origine mystérieuse, il serait peut-être « l’effet de la foudre et le fruit de l’éclair », selon de très anciennes croyances.
La truffe serait donc un symbole de révélation cachée.

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La mort d’un sanglier.

Les glands ? Fruits du chêne, arbre sacré dans de multiples traditions, il serait une puissance de l’Esprit, un lien entre le Ciel et la Terre, un symbole de force (morale et physique), de robustesse, de sagesse…
À ce propos, les druides, des érudits appelés les « hommes des chênes », et les sangliers cohabitaient souvent dans les forêts ardennaises !

Néanmoins, quand on chasse et tue le sanglier, le symbolisme est aussi de mise : « C’est le spirituel qui est traqué par le temporel ! ».
Pour confirmer cet aspect « spirituel », certains paysans des Ardennes voyaient dans différents os de la tête (hure) du sanglier la forme d’une croix (chrétienne).

Le symbolisme du sanglier a, bien entendu, dépassé les frontières des forêts ardennaises :

- il est associé au courage, à la témérité et est un animal zodiacal au Japon ;
- les militaires gaulois en avaient fait un symbole votif ;
- en revanche, il apparaît comme un animal « noir » (ignorance et passions) dans le bouddhisme, alors qu’il est considéré comme un démon par la tradition chrétienne.
Dans les deux cas, il est parfois désigné comme un porc (débauche, brutalité, dévastation…).
À certaines occasions, il est appelé le « chien du diable ». Pourquoi ? Parce que, selon Eloïse Mozzani, le feu de l’enfer évoquerait la chaleur se dégageant des poils de celui dont le nom latin est « singularis porcus » ou « porc solitaire ».

Voici, pour terminer cet aperçu, la légende de Méléagre :

« Méléagre était le fils d’Oenée, roi de Cayldon, ville de l’ancienne Grèce.
Sa mère, Althée, avait consulté l’oracle (personne considérée comme infaillible) au sujet de l’avenir de son enfant et il lui fut répondu qu’il ne vivrait que la période de brûlage du tison qui se consumait dans son âtre.

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Méléagre et le sanglier sacrifié.

Aussitôt, Althée retira le tison, l’éteignit et le conserva précieusement.
Mais, le roi, lors de ses rituels, oublia la déesse Diane (Artémis chez les Grecs) et celle-ci se vengea en envoyant un sanglier dévaster les campagnes de la cité.
Oenée rassembla ses soldats et mit à leur tête Méléagre. Celui-ci vainquit le terrifiant sanglier et le tua.
Selon la légende, une certaine Atalante, qui avait participé à la chasse, aurait porté le premier coup fatal à l’animal. Elle hérita de l’amour et de l’admiration de Méléagre qui désira lui offrir la hure du sanglier.

Cependant, deux oncles maternels du jeune prince s’opposèrent à ce geste en prétendant que cet honneur leur revenait.

Une guerre éclata entre tous ces gens et, selon une version, Méléagre tua ses deux oncles à la grande peine et à la fureur intense de sa mère.
Alors, celle-ci jeta le tison au feu et le prince fut dévoré par le feu secret et il mourut.
Althée aurait fini pas se pendre de désespoir. »

Chapitre1 15.jpgInsolite : sur l’« Aire des Ardennes » de Saulces-Monclin-Faissault (autoroute 34), on peut voir « Woinic » qui est considéré comme le plus grand sanglier du monde.

Haut d’une dizaine de mètres, long de 14 mètres, large de 5 mètres, lourd de 50 tonnes, il s’agit d’une sculpture de métal de l’animal mythique exécutée durant 12 000 heures de travail par le sculpteur ardennais Éric Sleziak.


Woinic sur facebook.

Cette œuvre monumentale possède même un site internet personnalisé (www.woinic.fr) imaginé par le Conseil général des Ardennes où l’on évoque une bière triple, l’emblème du football à Sedan et en sous-bock, le premier jeu facebook départemental « Woinic contre-attaque »…
Il y a, aussi, un profil facebook avec quelque 5 800 amis en 2016 !


Mais, pourquoi le nom « Woinic » ? Il s’agit de la contraction des prénoms des parents du sculpteur, Woidouche et Nicole.

Autre précision concernant le sanglier : avant l’arrivée de la dinde, il était au menu du repas de Noël et pour les fêtes solsticiales hivernales.
Parallèlement, le sanglier était aussi le symbole du pouvoir spirituel inaccessible.

Dès lors, on doit se demander, questionne l’auteur Jean Sernin, si le sanglier « solitaire », symbole du vieux sage et de l’initié qui accepte de venir se donner en nourriture au banquet, n’est pas celui qui ne fut pourtant jamais capturé et ne le sera jamais !

. La forêt

Considérée comme un sanctuaire naturel par les Celtes, la forêt est restée un endroit de refuge dans maintes régions et traditions (Inde, bouddhisme…).
Certes, la forêt profonde et obscure fait parfois peur et cause des angoisses, mais, généralement, elle attire la sérénité et la sympathie, d’où les notions de forêts hantées et de forêts enchantées.
Dans le premier cas, surtout au Moyen Âge, il se disait que la forêt était fréquentée par des sorcières qui y tenaient sabbat avec Satan, par des loups-garous (homme ou diable prenant la forme d’un loup la nuit et retrouvant son apparence le jour), par des mauvais génies, des esprits malfaisants, des créatures surnaturelles…
Dans les Ardennes, il fut aussi question de « filles mystérieuses et sauvages » qui entraînaient leurs proies dans certaines aventures malsaines, un peu comme les sirènes, démons marins, dont les chants séducteurs provoquaient des naufrages ou emportaient leurs victimes au fin fond des flots.
Cependant, pour divers poètes et auteurs, la forêt est « la demeure mystérieuse de Dieu » et elle était vénérée. On lui déposait des offrandes, on lui consacrait des divinités, on y pratiquait des rites initiatiques…
Centre de vie, lieu de fraîcheur et de chaleur, elle est restée un symbole de régénérescence tout en étant propice à la méditation, au calme, à la paix intérieure, à la spiritualité ou, tout simplement, à des balades.

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Magnifique forêt ardennaise.

Néanmoins, ce magnifique équilibre naturel est menacé par des changements climatiques inhabituels (effet de serre ?), la sécheresse, des tempêtes plus fréquentes et plus puissantes…
Lors du Sommet climatique de Durban (fin 2011), l’état de santé des forêts, dont les Ardennes, bien sûr, fut abordé avec des termes peu optimistes puisqu’il s’agissait de « stress climatique s’ajoutant aux pressions liées à l’urbanisme qui ne cesse de progresser » !

Pour ce faire, des codes forestiers (Parties législative et réglementaire en France, Nouveau Code forestier en Région Wallonne…) sont plus que jamais d’application dans les Ardennes : lutte contre le réchauffement climatique, sauvegarde de la biodiversité, création de réserves intégrales, lutte contre les incendies, interdiction de circulation des engins motorisés, stimulation de la production de bois de qualité, lutte contre l’érosion, prévention des risques naturels, protection de ce patrimoine exceptionnel…

. Les lutins, follets, Nutons…

Il y aurait des milliers de variétés de ces esprits espiègles, malicieux, pas trop méchants (bien que…), représentés imberbes et très petits.
Ils feraient plus peur que mal avec leurs taquineries et, parfois, ils deviendraient même les bons génies de diverses demeures.
Mais, pour ce faire, ils soumettraient d’abord les habitants à quelques « épreuves » : mettre du désordre dans la maison alors qu’elle vient, justement, d’être convenablement rangée, par exemple.
Néanmoins, après cela, ils rendraient des services aux habitants tout en gardant un esprit farceur : si on chasse le naturel, il revient toujours au galop, dit-on.

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Lieu énigmatique en forêt ardennaise.

Les Nutons, eux, seraient aussi des personnages fabuleux se présentant sous la forme de nains qui peupleraient les Ardennes et seraient des amis des hommes.
Ils répareraient même les chaussures abîmées de ceux-ci en une nuit ! Dans certains endroits de la forêt ardennaise, on trouve des lieux de dépôts des objets que les Nutons rabibochaient et remettaient en place le lendemain tôt au matin, selon la légende.
Les Nutons, qui, généralement, habiteraient dans des grottes et des cavernes, seraient symboliquement un lien entre la Nature et les gens du « petit » peuple. Un peu comme l’écureuil qui est considéré comme porte- bonheur et qui véhiculerait des messages d’union harmonieuse aux amoureux !

. Le cheval ardennais

Figure emblématique des Ardennes, j’ai décrit le « cheval ardennais » dans la suite de mon roman historique « L’Impératrice et l’Enlumineur » (Éditions Jourdan) de la manière suivante :

« (…) - À ce propos, il serait temps de préparer le convoi, coupa l’abbé. Frère Antoine envisagera les réserves alimentaires, frère Jean des remèdes et des simples, mais, il fournira aussi quelques explications à frère Robert sur leurs applications, frère Lambert préparera de bonnes roues aux chariots bâchés par frère Richard, frère Christian choisira trois bons chevaux. Que tout se mette en place, selon la volonté du Créateur !

Trois chevaux ardennais, comme il se doit. À leur sujet, frère Christian, le palefrenier nerveux, musclé et agile, était intarissable :
- Au départ de sa race, le cheval ardennais était petit et vif au point que les hordes de Jules César le craignaient. Puis, notre cheval fut croisé avec des étalons orientaux après la victoire de Charles Martel sur les Arabes en 732, l’accouplement ayant lieu à l’abbaye de Saint-Hubert, par exemple.
- Et c’est en ça qu’il devint infatigable, dur et puissant ?

- Avec le savoir-faire de paysans ardennais qui opérèrent d’autres croisements, aussi. Quoi qu’il en soit, nos chevaux seront capables d’arpenter, à leur rythme assez lent, bien sûr, nos massifs montagneux, les vallées profondes, le climat souvent changeant, les routes boueuses ou poussiéreuses, caillouteuses ou glissantes, tout en tractant les chariots aux ridelles placées sur les côtés afin de supporter les bâches formant des claires-voies.
- Que tout ça est bien dit ! conclut l’abbé. »

 

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Folklore ardennais où le « cheval ardennais » tient, bien sûr, une place de choix.


. Artisans, travailleurs, outils et matières premières

Avant de clôturer ce chapitre, je désire rendre un vibrant hommage à certains travailleurs qui ont œuvré (ou œuvrent encore !) dans les Ardennes.
À savoir, à toutes ces femmes, à tous ces hommes, parfois très jeunes ou très âgés il y a quelques décennies, que sont les ébénistes, les tailleurs de pierre, les couturières, les scieurs, les ardoisiers, les potiers, les vanniers…
Sans eux, les Ardennes ne feraient certainement pas partie d’un patrimoine universel tellement apprécié.

Un seul exemple (parmi tant d’autres) : l’ardoise ardennaise, réputée pour sa finesse, sa compacité et sa dureté, est connue dans le monde entier.


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Statue d’un ardoisier.


À juste titre, à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat des Ardennes à Charleville-Mézières, au Centre Européen des métiers d’Art à Givet, dans différents Offices de Tourisme et Syndicats d’Initiative français, belges, luxembourgeois…, on évoque, au passé comme au présent et au futur, ce « label » ardennais et c’est amplement mérité !
Matières premières, outils, objets et travailleurs qui les façonnent et les utilisent se retrouvent dans plusieurs superstitions, coutumes, traditions… (Source : voir bibliographie)

. L’aiguille : malheur à qui ne la ramasse pas quand elle tombe !

. L’arbre : lui souhaiter la bonne année, surtout à l’arbre fruitier, n’est pas à dédaigner. Sachons encore que le frêne signifie la grandeur ; l’hêtre, la prospérité ; le pin, la hardiesse ; le chêne, l’hospitalité ; l’érable, la réserve ; le marronnier, le luxe ; le sapin, l’élévation.

. L’argile : est considérée comme un puissant antiseptique et absorberait le « mal », selon les naturopathes.

. Le blé : dans les Ardennes, trois grains de blé jetés dans l’âtre le soir de la fête des Rois Mages, attirerait les succès toute l’année.

. Le clou : quand on se blesse avec un clou, le planter dans un arbre (principalement un chêne) éviterait l’infection. A ce propos, il existe plusieurs « arbres à clous » dans les Ardennes et régions voisines.
Dans le cadre de mes chroniques radiotélévisées (RTBF, TV5 Monde et youtube), j’ai consacré une séquence à un arbre à clous particulièrement visité dans la Forêt de Stambruges.

Voici quelques propos au sujet de cet « arbre fétiche », comme je l’avais intitulé :

« - En pleine forêt, se situe également un site assez étrange…
- Au nord-ouest, il s’agit de la vieille chapelle d’Arcompuits, ou Notre-Dame de l’Arbre aux Puits. À côté d’elle, il y a un robinier, souvent appelé à tort un acacia, arbre épineux, qui est vénéré comme arbre fétiche.
Un tel arbre est d’ailleurs considéré comme remarquable pour différentes raisons : ses dimensions exceptionnelles, son âge respectable, son intérêt historique ou légendaire…
- Justement, ici, il y a une légende…
- Il y a bien longtemps, dit cette légende, un prêtre se promenait dans ce lieu quand il fut témoin de l’apparition de la Vierge. Aussitôt celle-ci se transforma en statue et l’ecclésiastique la transporta dans son église.


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Arbre à clous.


Mais, coup classique dans ce genre de légende, comme à Walcourt, à Tongre-Notre-Dame… : le lendemain, la statue avait disparu et on la retrouva dans l’arbre dénommé l’arbre-au-puits, car il y avait un puits aux abords.
Le prêtre fit édifier la chapelle et, alors, débuta une incroyable dévotion populaire.


- Celle de l’arbre à clous !
- Ainsi, les gens souffrant de maux de peau venaient – certains viennent encore, d’ailleurs – y poser un vêtement qui avait été en contact avec le mal et l’arbre est censé capter la maladie.
Ici, le terme d’arbre à clous a deux sens : les clous plantés pour accrocher les vêtements et les clous ou furoncles.
- Une dernière légende à propos de cet arbre…
- Le tronc noueux serait le reflet de tous les maux emmagasinés au fil des décennies… Hélas, il a probablement emmagasiné trop de maux, car il s’est effondré. Mais, la dévotion se perpétue car des gens y déposent encore des vêtements, chaussons… L’âme des arbres serait-elle aussi immortelle ? »

. Le cuivre : il refoulerait les esprits malfaisants.

. Le dé à coudre : le perdre alors qu’on coud pour une tierce personne porterait chance.

. L’eau : élément de purification, véhicule de vie, protection des mauvais esprits… Dans différentes contrées ardennaises, on plaçait un seau d’eau pure auprès d’un mourant pour permettre à son âme de s’y purifier, ensuite, on vidait l’eau et on jetait le seau à tout jamais parmi les détritus.

. Le fagot : une sorcière pourrait s’y cacher, dès lors on crachait ou on faisait le signe de croix sur ce faisceau de petites branches.

. La faux : attribut de la mort puisqu’elle «égalise » tous les vivants.

. Le fer : il refoulerait les esprits mauvais et les démons.

. Le feu : rêver de feu serait un signe de surprise !


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Une faux à côté d’un sarcophage d’où sort une branche d’acacia : « La vie sort de la mort ».

. La filandière : une chemise réalisée avec du lin filé durant les douze nuits après Noël, serait le signe d’un excellent présage.

. La fontaine, la source : certaines détiendraient des « pouvoirs », d’où des cultes (anciens).

. Le forgeron, le maréchal-ferrant : dans les pays chrétiens, ils ne sont pas associés au Mal comme dans d’autres contrées. La preuve ? Saint Eloi est leur patron et est souvent représenté en forgeron. À ce propos, voici une légende :

« Nous sommes à Paris, au VIIe siècle…
Eloi était un modeste maréchal-ferrant qui avait installé à la porte de son atelier l’enseigne : « Eloi. Maître sur maître. Maître sur tous. »
Un jour, un simple et pauvre forgeron se fit embaucher :
- Que sais-tu faire ? lui demanda Eloi.
- Je sais forger et ferrer aussi bien que qui que ce soit sur terre !
- Que penses-tu de ce fer que je viens de forger ?
- C’est bien, mais je peux faire mieux.

Aussitôt, le nouvel artisan forgea un fer mieux fini. Ensuite, il se dirigea vers un cheval en attente d’être ferré, lui coupa une jambe, la plaça sur l’enclume, posa le fer, rattacha le membre au corps… l’animal n’ayant pas bronché !
Furieux, Eloi releva le défi, coupa une autre jambe à la bête, qui se mit à hennir de douleur en perdant énormément de sang.
Le nouvel artisan arrêta l’hémorragie et remit la jambe en place…
Eloi capitula, brisa l’enseigne et dit :
- Qui que tu sois, c’est toi le maître et c’est moi le compagnon.
- Heureux celui qui devient humble ! lui répondit… Jésus qui, pour la cause, s’était transformé en forgeron.

Le cavalier vint reprendre sa monture, c’était saint Georges !
Fort de cette leçon, Eloi (« élu » en latin) devint orfèvre, monnayeur, grand argentier du roi Dagobert Ier et évêque de Noyon. »

. La hache, la cognée : elle symbolise la fertilité car elle frappe et tranche comme la foudre et la pluie qui tombent.

. Le labourage : sous toutes les latitudes, il est considéré comme un acte sacré car il y a fécondation de la terre.

. Le maillet, le marteau : symboles de la force brutale, ils représentent aussi l’activité formatrice, l’énergie agissante.

. Le pain : en plaçant un bout de pain près du berceau, on protège le bébé des sorcières.

. La pierre : symbole de sagesse, elle fut vénérée dans maintes traditions. Les mégalithes (menhirs et dolmens) ont longtemps été considérés comme des pierres sacrées par les Anciens. On prétendait également que les dolmens – sépultures – étaient le repaire de fées, de lutins…, alors que maintes personnes voyaient dans les menhirs une relation entre le Ciel et la Terre, un symbole de fécondité (forme phallique).
L’Église jeta le discrédit sur de multiples (les Ardennes en possèdent un nombre imposant) mégalithes en les cataloguant de « Pierres du diable », par exemple. De la sorte, l’évangélisation prenait le pas sur les cultes païens !
Mais, bien entendu, la pierre est restée un matériau de choix dans la construction, comme on le répète avec fierté aux Carrières de Bertrix : « La pierre naturelle est synonyme de force, de nature et de longévité. C’est un matériau noble et travailler la pierre est un métier artisanal qui requiert à la fois expérience, patience et dextérité ». Lorsqu’on traverse un village ardennais fait de pierres de construction, de pierres décoratives, de dalles…, qui portent le label « Pierre ardennaise », il se dégage une atmosphère « particulière » comparable à celle rencontrée dans certains villages provençaux, bretons, bourguignons…

Et puis, il y a aussi la fameuse pierre emblématique qui fait la fierté de Givet : la pierre bleue.
Sa couleur bleutée permet même des reflets changeants selon qu’il fasse soleil ou temps pluvieux !
Cette pierre servit à construire de nombreuses maisons, bien sûr, mais, également, des lieux sacrés (églises, chapelles, oratoires…), des fonts baptismaux…
Cette pierre inspira même un pâtissier-chocolatier givetois qui donna le nom de « Pierre bleue » à une douceur au chocolat, à la myrtille et au sucre glacé !

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Typique maison ardennaise.

Comme on le sait, aussi, la gastronomie n’est pas absente des Ardennes : truites aux amandes, jambon fumé et saucisse, boudin blanc de Rethel, ardoises (nougatine) de Fumay, fromage de Rocroi, framboises de Redu, gibier, champignons…
À propos de ces derniers, ils seraient un symbole de longévité parce que, après séchage, ils se conservent très longtemps. Certaines Ardennaises les considéraient comme un philtre d’amour…

. Le soufflet : symbole de vie, de vie spirituelle.

. La terre : symbolise la fonction maternelle, la fécondité.

. Le tissage, le tissu, les instruments pour filer et tisser : symboles du destin, du mouvement de l’univers…

. Les Quatre Fils Aymon

De toutes les légendes qui foisonnent dans les Ardennes (et ailleurs !), celle des Quatre Fils Aymon est incontournable et se raconte de génération en génération.
Combien de cités et de sites ne revendiquent-ils pas une accointance avec Aymon ? Des dizaines ! Une rue leur est même consacrée dans la Capitale de l’Europe !

Avant de revenir (dans le « Guide alphabétique » ci-après) à certains de ces endroits, voici une version de cette légende à travers un (parmi tant d’autres !) épisode qui aurait eu pour théâtre Dinant (superbe ville sise dans la Vallée de la Haute-Meuse à quelques kilomètres à peine de Givet, en terre ardennaise).

 

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Une rue bruxelloise.

« Aymon de Dordonne était un baron fort réputé au temps de l’empereur Charlemagne, c’est-à-dire aux VIIIe-IXe siècles. Un jour, à la Pentecôte (fête juive célébrant la remise des Tables de la Loi à Moïse et fête chrétienne célébrant la descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres), il alla jusqu’à Paris afin de présenter à l’empereur ses quatre fils, Renaud, Alard, Guichard et Richard.

Malheureusement, cette visite se termina très mal. Alors que Renaud et Bertholais, le neveu de Charlemagne, jouaient aux échecs, une violente dispute éclata entre eux et, d’un coup d’échiquier, Renaud tua Bertholais, probablement pour se protéger de la furie de celui qu’il connaissait à peine.
Inutile de dire que, face à la colère de l’empereur, les frères Aymon prirent la fuite sur le champ, montés sur le cheval Bayard, afin d’aller se réfugier au fin fond des Ardennes, leur terre natale.
Néanmoins, Charlemagne avait deviné leur volonté et, accompagné de très nombreux chevaliers, il se lança à la poursuite des quatre frères.
En chemin, ces derniers arrivèrent au bord d’une sorte de gouffre encaissé appelé Fonds-de-Leffe et, grâce à un bond extraordinaire de leur cheval fantastique, ils purent franchir l’obstacle, alors que l’empereur et ses troupes devaient mettre pied à terre, descendre des pentes glissantes, puis, bien sûr, remonter de l’autre côté de cette vallée rocheuse. Fatigués par leur chevauchée, les soldats de Charlemagne peinaient dans cette montée, ce qui obligea leur chef à faire tailler un passage dans le roc afin de faciliter le passage, chemin qui porte le nom de « Chérau ».
Puis, ces mêmes hommes eurent soif, mais il n’y avait rien à boire à plusieurs kilomètres à la ronde, alors, Charlemagne prit une lance, la planta dans un rocher et une source en jaillit, c’est la « Source de l’Empereur ».

La folle cavalcade se poursuivit et, à la sortie de Dinant en allant vers Anseremme et Givet, le long de la Meuse, le cheval Bayard bondit de manière encore plus spectaculaire qu’auparavant. Ainsi, face à un immense rocher de quarante mètres de haut, alors que, après avoir fait une trop longue halte pour se reposer, les quatre frères Aymon commençaient à être rattrapés par les soldats de l’empereur, le cheval Bayard frappa l’immense rocher de l’un de ses sabots et s’envola sur l’autre côté de la Meuse. Il reste encore l’empreinte du pas du cheval et le rocher, qui sous le choc s’était fendu, s’appelle, depuis lors, « Rocher Bayard ».

Jamais Charlemagne et ses troupes ne purent coincer les quatre fils Aymon qui, avec l’aide de leur cousin Maugis, bâtirent en un temps record la forteresse de Montfort à Château-Regnault (Ardennes françaises) et s’y retirèrent pour se mettre à l’abri de la terrible vengeance de l’empereur, mais, également, de la colère de leur père, qui était resté fidèle à Charlemagne.

Contrairement à une légende, Charlemagne n’était pas aussi bon et gentil qu’on le prétendait, alors, les quatre fils Aymon ont été considérés comme des héros qui avaient osé braver la puissance de l’empereur, voire la furie de son neveu Bertholais. »

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Le « Rocher Bayard » à Dinant, à quelques kilomètres de Givet.

Cette légende serait issue de chansons de geste colportée par des troubadours et des trouvères au Moyen Âge (XII et XIIIe siècles), ensuite des textes imprimés apparurent et, avec eux, une douzaine de versions en vers et en prose avec des épisodes différents (en région parisienne, à Montmartre, à Senlis, à Soissons, en Gascogne…), néanmoins, il y avait une certaine constance : les frères Aymon terminaient leurs jours dans les Ardennes.
Mais où ? Ici, aussi, il était question d’une douzaine d’emplacements revendiqués pour être la fameuse forteresse Montfort bâtie comme refuge par Maugis, mais c’est à Bogny-sur-Meuse au Château-Regnault qu’on y aurait récolté le plus grand nombre de témoignages de la légende.
Sans conteste, donc, on peut affirmer que les Ardennes sont la région où la légende des Quatre Fils Aymon est quasi omniprésente dans le folklore depuis des siècles !


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Le cadre grandiose de Bogny-sur-Meuse cher aux Quatre Fils Aymon, selon la légende.

D’ailleurs, je ne manque pas l’occasion de vous résumer une autre version sous la forme de trois épisodes :

1. Paris, cheval Bayard, Maugis, château en Ardennes…, le scénario nous est déjà connu. Mais, voici, une autre approche : Charlemagne retrouva les Quatre Fils Aymon et ordonna le siège de leur forteresse ardennaise.
Pris par trahison, les frères et le cheval Bayard errèrent dans les forêts…

2. Alors, ils auraient décidé de partir vers le Sud. Ils arrivèrent en Gascogne, y aidèrent le roi Yon de Bordeaux dans sa lutte contre les Sarrasins.
En remerciement, le roi offrit à Renaud la main de sa sœur. Les Fils Aymon bâtirent un château, celui de Montauban. Néanmoins, Charlemagne les retrouva encore, leur tendit un piège à Vaucouleurs, mais, grâce à Maugis et au cheval Bayard, ils lui échappèrent une nouvelle fois.

3. Les Ardennais se réfugièrent au château de Trémoigne, en Allemagne. Ils y subirent un nouveau siège !
Mais, ils signèrent la paix avec Charlemagne et lui offrirent Bayard. Celui-ci aurait été martyrisé par l’empereur qui le jeta dans la Meuse lesté d’une grosse pierre.

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Les Quatre Fils Aymon auraient transité par le Château d’Emblève…


Heureusement, l’animal se détacha et fila vers les forêts ardennaises. Renaud fit un pèlerinage en Terre Sainte, alors que Guichard, Richard et Alard, ses autres frères, récupéraient leurs titres et leurs biens.

De retour, Renaud s’engagea comme manœuvre à la cathédrale de Cologne où il y fut tué par ses collègues, mais il y reçut une sépulture digne d’un élu de Dieu, selon cette autre version…

Entre le faux et le vrai

Dans son très touchant « Au cœur des forêts » (Albin Michel), un roman de la « Grande Histoire » (de « Terroir » pour moi !), Christian Signol explique :

« Renaud était l’un des quatre fils du roi Aymon qui s’était rebellé contre Charlemagne quand il était au sommet de sa gloire. (…)

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Dans les Ardennes, dans la Corrèze, le Quercy, vers l’Aquitaine et les Pyrénées…, rien n’arrêtait la course fantastique du Cheval Bayard et des Aymon !


Effectivement, au cours d’une dispute à la Cour, les quatre fils d’Aymon ont été longtemps poursuivis par Charlemagne, et jusqu’en Aquitaine, depuis les Ardennes. (…)
Il les a poursuivis jusqu’aux Pyrénées, et ils sont passés par ici (la Corrèze, le Quercy…).
Le reste, qu’il ait chevauché Bayard que lui avait donné la fée Oriande, ou qu’il ait été protégé par l’enchanteur Maugis, c’est peut-être une légende, mais Charlemagne et Renaud ont bien existé, eux, comme Roland, d’ailleurs. Nous l’avons tous appris à l’école.

Mais en forêt, on ne fait pas vraiment la différence entre le faux et le vrai. Ils se mêlent étroitement, on ne les distingue pas toujours. »

Ardennes : inquiétude et mystère

Hormis une attitude politique (nationalisme exacerbé) que je réfute catégoriquement, Maurice Barrès (1862-1923) a été un écrivain dont l’Académie française fit l’un de ses membres et son roman historique « La Colline inspirée », publié en 1913, a été inclus dans la liste du « Grand Prix des meilleurs romans du demi-siècle du XXe siècle » présidé par Colette, avec Marcel Pagnol dans le jury. Maurice Barrès y fut couronné en compagnie d’Anatole France, Marcel Proust, Georges Duhamel, André Gide, François Mauriac, André Malraux, Georges Bernanos, Jean-Paul Sartre, Jules Romains…

Pourquoi évoquer la « Colline inspirée » ? Pour deux raisons :

. La première est cette comparaison léchée entre plusieurs sites, dont les Ardennes : la plage mélancolique des Saintes-Maries, l’héroïque Vézelay, Carnac et ses pierres inexpliquées, la forêt de Brocéliande, pleine de rumeur et de feux follets, le Mont Saint-Michel qui surgit comme un miracle des sables mouvants, et, « la noire forêt des Ardennes, toute inquiétude et mystère, d’où le génie tira, du milieu des bêtes et des fées, ses fictions les plus aériennes… »

. La deuxième raison est cette phrase devenue mythique : « Il y a des lieux où souffle l’esprit. »

À présent, je vais sillonner les Ardennes en votre compagnie et nous allons nous y arrêter à des endroits bien précis.
Mais, au juste, pourquoi certaines personnes évoquent-elles les « Ardennes » et d’autres « l’Ardenne » ? Existe-t-il une différence entre elles ?


(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

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