02/06/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (115/140) : THEUX (Belgique) : La fée amoureuse, la Chèvre d’or et les jolies fleurs

 

Endroits et histoires magiques

 1.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 On connaît bien la fée Mélusine en Belgique (voir Orval), elle qui apportait le bonheur, la richesse, la force et la puissance.

Elle qui était considérée, selon la légende, comme une grande bâtisseuse : châteaux, couvents, églises, abbayes, monastères… Elle travaillait la nuit, au clair de lune et avant le chant du coq, mais elle arrêtait son travail dès qu’on la surprenait dans sa tâche.

 

Mère de famille nombreuse (dix enfants) modèle, jolie et agréable femme, sa mère, également une fée, lui avait fait une prédiction que, si, un samedi, son mari la regardait en secret prendre son bain, par exemple, elle resterait à tout jamais transformée en femme-serpent, c’est-à-dire une très jolie femme jusqu’au nombril, ensuite le corps se terminant par une queue de reptile.

Son mari, Raymondin, avait accepté pareille situation et ils eurent donc dix enfants, jusqu’au jour où, poussé par la curiosité, voire la jalousie – non fondée -, l’homme regarda ! Surprise, Mélusine hurla et plus jamais son mari ne la vit sous une forme humaine, mais, néanmoins, elle garda, la nuit, son rôle de fée, selon certaines versions.

 

La fée volage

 

Mieux ! Elle devint même la reine des fées, fort nombreuses dans les Ardennes.

Parmi elles, il y avait Staneuxine qui résidait dans la vaste forêt de Staneux. Elle était un peu considérée comme volage, car elle aimait courtiser un beau et jeune bâtisseur occupé à la construction du château de Franchimont.

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Une chèvre très symbolique dans les parages du Château de Franchimont ?

 

 

Pour l’approcher davantage, elle l’aidait quelque peu dans son travail, tout comme à la surveillance des lieux.

Néanmoins, Mélusine n’appréciait pas beaucoup cette relation. Était-elle jalouse ? Non, elle n’aimait pas que Staneuxine s’absente aux réunions des fées qu’elle organisait :

 

- Je désire que tu fasses un effort, Staneuxine ! Je ne suis pas contre le fait que tu rencontres le jeune bâtisseur, mais je ne peux plus accepter tes absences à nos importantes réunions !

- Je vais venir aux réunions…

 

Mais, la fée Staneuxine ne tint pas sa promesse et la reine Mélusine se fâcha :

 

- Si tu t’absentes encore une fois, tu seras punie !

- Je vais revenir aux réunions…

 

Une nouvelle fois, elle ne tint pas sa promesse et Mélusine la punit sévèrement. Ainsi, Staneuxine fut transformée en « gatte d’or », c’est-à-dire en une chèvre recouverte d’un pelage d’or.

Bien malheureuse et toujours amoureuse du jeune bâtisseur, Staneuxine décida de se baigner dans l’eau qui alimentait le puits du château. L’eau se colorait aussitôt en jaune vif et, de la sorte, les occupants du château étaient prévenus d’un danger, celui de l’arrivée d’ennemis, par exemple. De la sorte, elle restait un peu en contact avec son amoureux et attirait l’attention sur elle.

 

De chèvre en fleurs

 

Mais, le château fut délaissé au fil des années, et la gatte d’or allait, tôt ou tard, se retrouver seule. Mélusine, comprenant l’attachement de la gatte d’or au beau bâtisseur, lui proposa le marché suivant :

 

- Tu ne seras plus transformée en gatte, mais en fleurs d’or. Ainsi, tu ne quitteras plus les vieux murs du château que tu aimes tant, et tu l’orneras de cette belle couleur jaune tant qu’il restera un mur debout. Si le château devait disparaître totalement, tu viendrais nous rejoindre au Pays des Fées.

 

Et c’est ainsi que Fée Staneuxine est devenue Fée Giroflée du nom de cette plante vivace qui fleurit toujours, en été, sur le site du château de Franchimont.

 

Les 600 Franchimontois

 

En 1456, Louis de Bourbon, fils de Charles Ier et d’Agnès de Bourgogne, avait été nommé Prince-Évêque de Liège, titre de noblesse dévolu à un ecclésiastique gouvernant une principauté du Saint Empire romain germanique, par exemple.

En réalité, cette fonction avait été favorisée par son oncle Philippe le Bon dans le total mépris des conventions traditionnelles. À ce jour, on parlerait de « parachutage politique ».

La manœuvre était manifeste : faire de la Principauté de Liège une dépendance de la famille bourguignonne.

L’opposition éclata et Louis XI, le roi de France, encouragea même les Liégeois à résister.

 

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Louis de Bourbon.

 

Face à cette révolte, Louis de Bourbon prit la fuite, fut rattrapé et ramené de force en son palais, au grand dam de Charles le Téméraire, son cousin, qui avait succédé à son père, décédé, sans pour autant changer les desseins des Bourguignons à l’encontre des « principautaires » liégeois.

Charles le Téméraire obligea le roi de France à l’accompagner à Liège afin de mettre « bon ordre » à la situation, selon une version parmi bien d’autres de toute cette période de l’Histoire fortement perturbée.

Durant plusieurs jours, les Liégeois tentèrent d’empêcher la progression des troupes bourguignonnes, en vain !

Alors, en désespoir de cause, une dernière tentative fut lancée avec de valeureux hommes (600, selon la tradition, une poignée, d’après certains historiens…) venus du pays de Franchimont.

En pleine nuit, et en espérant occasionner un effet de surprise, ils attaquèrent le camp ennemi mais ils perdirent de leurs forces en combattant les sentinelles et quelques soldats au lieu de s’en prendre aux chefs afin qu’ils capitulent. Ceux-ci eurent donc le temps d’organiser une fulgurante contre-attaque victorieuse et, en guise de représailles, Liège fut incendiée et mise à sac.

Le brasier dura sept semaines, paraît-il !

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Le Perron de Liège.

 

 

Le Perron, symbole du Prince-Évêque, puis symboles des libertés communales, avait été déposé et acheminé à Bruges avec interdiction formelle de le rétablir à sa place originelle. Cependant, le 10 juillet 1478, il y fut de retour grâce à… Louis de Bourbon qui s’était réconcilié avec les Liégeois ! Sur un côté du Perron restauré, une inscription latine fut gravée :

« Le perron que Liège regarde avec orgueil comme l’emblème sacré de la patrie, fut remplacé sur ce piédestal le 10 juillet 1478.

Liège où vivent les arts, Liège nouvelle Athènes, Charles t’a ruinée et couverte de chaînes !

Loin de toi, par son ordre à Bruges exilé, j’y suis resté dix ans, d’outrages accablé.

Mais ces temps sont passés de servitude amère : me voici de nouveau sur ton sein, ô ma mère ! »

Le Sanglier des Ardennes

Après l’échec des Franchimontois (qui ne provenaient pas directement du château de Theux, selon d’autres versions…), le Perron de Theux fut détruit, à l’inverse du château qui ne subit pas de dégâts… puisqu’il appartenait au Prince-Évêque ! Quoi qu’il en soit, en 1482, Louis de Bourbon fut tué par Guillaume de La Marck, surnommé le « Sanglier des Ardennes » (une hure de sanglier était brodée sur une manche de ses habits), qui avait été nommé « grand mayeur » de la forteresse de Franchimont par celui qu’il fera périr.

Pourquoi ce meurtre ? Parce Guillaume de La Marck avait été banni par le Prince-Évêque au motif « d’ambitions trop personnelles » !

Une vertigineuse forteresse

 

En août 2011, ce fut la vingtième fois que le Château de Franchimont vécut sa « Foire médiévale » organisée, tous les deux ans, de maîtresse manière par des bénévoles (voir www.theux.be) qui arrivent à mobiliser quelque 2 000 participants : jongleurs, saltimbanques, hommes d’armes, lanceurs de drapeaux, danseurs, artisans, harpistes, trouvères, cartomanciennes, conteurs… dans une ambiance conviviale où coulent la cervoise et « philtres  aux propriétés mystérieuses » et s’avalent des potées !

Une superbe occasion, donc, de découvrir cette ancienne place forte de la Principauté de Liège située sur un promontoire dominant la vallée verdoyante.

Les vestiges imposants et vertigineux témoignent d’une évolution architecturale du XIIe au XVIe siècle et, ici, il y a lieu de souligner le fantastique travail des « Compagnons de Franchimont » qui, depuis bientôt cinq décennies, assurent la pérennité des lieux où se mélangent encore faits historiques, contes, légendes, dont celle du « Vert Bouc ».

 

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Une fantastique animation parmi les vestiges d’une forteresse vertigineuse.

 

Avioth et Franchimont : un même « Vert Bouc » ?

 

« La neige tombe à gros flocons et le vent fait rage, en cette nuit hivernale. Il est près de minuit. Quatre hommes grimpent sur la colline en silence. Ils connaissent bien leur chemin car ils ont passé de nombreuses années de leur jeunesse dans les parages du château.

Pourtant, une certaine angoisse leur vrille les tripes. C’est qu’ils ont mis au point une expédition qui doit absolument rester secrète et qu’il n’est pas question de défaillir devant la muraille !

En effet, dans quelques dizaines de minutes, ils seront peut-être recouverts d’or !

 

Il se dit qu’un prince du Saint Empire était parti à la guerre et, au retour, avec jeté dans le puits du château un coffre empli de bijoux, d’or, d’argent, de pierres précieuses…

 

Il se dit, également, que le « Vert Bouc », une sorte de démon féroce, gardien du trésor, ne s’absente qu’une seule heure par an. 

Néanmoins, même à des dizaines de lieues de son repère, il reste à l’écoute de tout ce qui s’y passe, d’où l’extrême prévoyance des quatre hommes.

 

Mais, le quatuor se dit qu’il a bien calculé son coup et est donc dans les temps. Il met encore beaucoup de prudence pour atteindre, toujours dans le plus grand silence, la margelle, autrement dit le rebord du puits.

Les quatre compères déroulent avec précaution des cordes après avoir repéré le coffre, ils l’harponnent et le remontent tout doucement.

L’entreprise peut s’avérer un échec si on entend un seul petit bruit de cognement, une seule minuscule pierre tombant au fond du puits, un seul chuchotement…, ont-ils appris de source sûre.

Avec maints égards, ils posent l’objet de toutes leurs convoitises quand, l’un des quatre hommes perd l’équilibre car il s’est coincé un doigt. Il jure entre ses dents mais lâche sa corde.

Le coffre dévale le trou et retrouve son emplacement.

 

Au même moment, s’élève un hurlement inhumain, un grognement terrifiant poussé au loin mais qui traverse les champs, la vallée, les murailles du château… : le « Vert Bouc », pourtant fort distant de la tentative d’appropriation du coffre, a été mis en éveil et revient à sa place – abandonnée - de gardien du trésor.

Inutile de dire que le quatuor s’est enfui à une vitesse incroyable ! Il sera imité par d’autres amateurs de fortune, mais, à chaque fois, le « Vert Bouc » revint à sa place et il se dit que le trésor est toujours au fond du trou ! »

 

Cette légende du « Vert Bouc » ardennais m’a rappelé qu’il en existe d’autres versions, dont celles d’Avioth, petite commune du département de la Meuse située à quelques centaines de mètres des Ardennes.

Voici un résumé du chapitre que je lui ai consacré dans « France Mystérieuse, Insolite et Sacrée », également aux Éditions Jourdan :

 

 

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Le « Vert Bouc » de Theux est-il le même que celui de la Basilique des Champs à Avioth ?

 

« Une première version dit que la Basilique des Champs d’Avioth a été bâti en l’espace d’une nuit, sauf la dernière pierre qui ne put être posée, car le coq chanta trop tôt ce matin-là.

Ainsi, le maire d’Avioth (ou l’architecte, selon d’autres légendes) aurait signé un pacte avec le Diable pour ériger l’église en lui vendant son âme et l’édifice. Effectivement, pourquoi ne pas répondre à la proposition du Malin qui promit d’achever l’ensemble des travaux en une nuit en contrepartie de l’âme et du bâtiment ?

Mais, grâce à la femme de l’édile qui réveilla le coq avant l’aube, le Malin ne put arriver à ses fins et il fut donc berné.

Chaque visiteur de ce monument exceptionnel, doit donc trouver l’emplacement dévolu à la pierre manquante...

On dit, aussi, que le Diable veillerait encore sous la forme d’un chat à queue de serpent au grand portail.

 

À moins, comme le suggèrent d’autres personnes, qu’il ne s’agisse du « Verbouc » ou « Vert-Bouc » ou, encore, « Warabouc » (homme-bouc) situé au premier pilier, représentation sculptée qui, ici également, offre plusieurs hypothèses :

 

- il s’agit de la représentation d’un diable emportant en croupe une sorcière au sabbat ;

- de sainte Marguerite jaillissant, mains jointes, de l’échine d’un dragon ;

- de la légende d’une jeune fille très courageuse qui se proposa d’aller chasser l’homme-bouc qui hantait la région.

 

Elle le débusqua lors d’un sabbat auquel il participait, elle fit un signe de croix et le Warabouc devint docile. Elle le conduisit sans peine à l’église où il s’enflamma. Symboliquement, il s’agirait de la représentation du martyre de sainte Marguerite d’Antioche ou sainte Marine.

Fille d’un patriarche, chassée de sa famille, elle vécut en tant que bergère avant d’être remarquée par le préfet Olibrius, qui voulut l’épouser.

Elle refusa catégoriquement, fut placée dans un cachot où apparut un dragon désireux de la dévorer. Elle fit le traditionnel signe de croix et le monstre disparut.

Ensuite, elle fut torturée, brûlée puis décapitée en 307.»

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Trois hypothèses au sujet du « Vert-Bouc »…

 

Alors ? Le « Vert-Bouc » de Franchimont aurait-il été faire un tour à Avioth pour tenter le maire ou l’architecte ou ne s’agit-il que d’un leurre ?

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

 

 

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