02/06/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (114/140) : TENNEVILLE (Belgique) : Entre rivières et forêts

 

Endroits et histoires magiques

 3.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Le Parc Naturel des Deux Ourthes (voir, ci-avant, « Les Ardennes et l’Ardenne ») regroupe les communes de Tenneville, Bertogne, Sainte-Ode, La Roche-en-Ardennes, Houffalize et Gouvy.

Concernant les villages de l’entité de Tenneville, citons : Baconfoy, un joli hameau entouré par la forêt, Beaulieu et sa chapelle « routière » (lisez : située le long de la route principale) et une ancienne ferme imposante, Berguème, niché au calme dans la nature luxuriante, Cens et son église au clocher bulbeux, Champlon et sa célèbre « Barrière » (475 m d’altitude) bien connue des skieurs de fond, Erneuville, sa forêt omniprésente et son église qui contient des fonts baptismaux avec une cuve romane des Xe et XIe siècles, Grainchamps, Laneuville-au-Bois, Mochamps, Ortheuville, Prelle, Ramont, le plateau herbager de Tresfontaine, Wembay, Wyompont, Journal.

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L’église « moderne » de Tenneville.

 

L’âme des villages ardennais

 

C’est sous ce titre que j’ai réalisé un reportage consacré à Journal :

 

« En 1892, il y avait 255 habitants, 69 maisons, 70 feux, 30 granges et 65 écuries à Journal, village situé non loin de la célèbre Barrière de Champlon et de son Hostellerie, ancien imposant relais de malle-poste érigé au XVIIIe siècle dont les écuries pouvaient accueillir une bonne centaine de chevaux. En 2005, l’entité comptait 208 âmes, hors vacanciers !

Ici, on dit que le nom « Journal » serait simplement une mesure de terre, un Jurna, équivalant à environ 36 ares.

Naguère, en 1899, il y avait un réservoir « ténébreux », comme on dit encore ici, au centre du village, et il fallait se contorsionner pour passer une porte vétuste donnant accès à une eau plus que douteuse. De plus, il fallait prendre des attitudes « dangereuses » pour atteindre le niveau de l’eau et y faire la file pour puiser le précieux liquide.

En 1961, il y  avait une pompe, un grand bac pour les lavandières du lundi, le trop-plein se déversant dans trois bacs qui, alors, servaient d’abreuvoirs, c’était, donc, le vécu de ces villageois. Aujourd’hui, on ouvre le robinet et l’eau s’écoule à domicile (depuis 1962 seulement)…

Non loin de l’église Saint-Joseph de style néo-gothique en moellons de grès érigée en 1862, il est rappelé qu’au XIXe siècle, existaient au cœur de chacun des villages environnants une fontaine construite pour fournir l’eau aux habitants ainsi que des abreuvoirs pour le bétail, l’élevage tenant une place prépondérante dans l’économie régionale.

Après la création des réseaux de distribution, ces vieux monuments n’étaient plus utilisés, furent souvent abandonnés, oubliés et tombèrent en ruine. Mais, heureusement, ce petit patrimoine du passé, véritable âme des villages ardennais (et d’autres régions, bien sûr) d’autrefois, a parfois été restauré. (…)

Astuce de la part du concepteur de ce type de monument : afin de ne pas souiller l’eau destinée au bétail, les abreuvoirs étaient construits un peu avant le lavoir, lieu de rencontre, de sociabilité et de copinage par excellence, comme cela se vérifiait à Journal, Erneuville (l’église Saint-Pierre comporte une nef romane du XIe siècle, alors que, non loin de là, on découvre la Croix des Maquisards élevée en mémoire de nombreux enfants de la Patrie tués par l’envahisseur allemand), Beaulieu, Wembay, Cens (ici, la cigogne noire trouve refuge)…

 

À Journal, même si le réservoir d’eau était surmonté d’un coffrage en maçonnerie et d’un toit d’ardoises afin de le protéger de détritus divers, les villageois qui venaient y puiser leur eau de consommation n’étaient cependant pas à l’abri d’impondérables, comme la découverte, en 1954, de trois chats crevés dans le liquide pourtant réputé potable ! À Cens, en 1900, plusieurs enfants seraient morts à cause de la qualité plus que douteuse de l’eau, il en aurait été de même à Wembay…

Quoi qu’il en soit, la réhabilitation de la fontaine de Journal fait partie de la sauvegarde de ce patrimoine régional, ce que n’a pu bénéficier la « Maison du Prévôt », maison typique à colombages du XVIIIe siècle, située au 11 de la Rue Grande, qui a été démontée et transplantée au Musée de la Vie Rurale du Fourneau Saint-Michel. Assurément, un moindre mal, en espérant que les maisons du même type au 7 de la Rue Grande et au 6 de la Rue Trompe Souris échapperont à ce sort ou, pire, à leur disparition. »

 

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Statue de l’église Saint-Joseph (XIXe siècle) et scène de la vie quotidienne à Journal comme dans les villages environnants.

 

 

 

Plutôt mourir…

 

Pour en revenir à Tenneville, différentes sources (Millénium Édition, Syndicat d’Initiative de Saint-Hubert…) signalent l’ancienne tour de l’église Sainte-Gertrude comme le seul monument classé de l’entité. Il ne reste qu’une partie du bâtiment originel et on n’y pratique plus les offices religieux. Cette ancienne chapelle est située au cœur du Vieux Tenneville.

Néanmoins, des vestiges d’une nef des Xe et XIe siècles ont été retrouvés, ainsi que des centaines de pièces de monnaie du XVIIe siècle, un four, des tombes…, dont une pierre tombale (XVIIe siècle) et sa longue épitaphe :

 

« Je préfère mourir qu’être déshonoré (en latin). Cit git le vaillant et puissant Mylord Theis Mileston de l »illustre famille Barnewall qui, après s’être fait distinguer au service de Jacques second, son Roi, dans les guerres d’Irlande, l’a suivi en France et a été tué au combat d’Ortheuville le 10 septembre 1692, âgé de 22 ans, à la tête des gardes du corps du Roi, qu’il a commandé, où il s’est particulièrement distingué et signalé. Qu’il repose en paix (en latin). »

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

 

 

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