31/05/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (104/140) : SAINT-HUBERT (Belgique) : Le chasseur et le cerf blanc

 

Endroits et histoires magiques

 1.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

Saint-Hubert et sa région abondent de lieux fabuleux et de légendes, parfois mystérieuses et insolites, fantastiques et merveilleuses.

C’est que, ici, les fées, les sorcières, le Diable, les nutons, mais, aussi, des hommes sages et des femmes extraordinaires, bref, tous des personnages sortant de l’ordinaire, ont un terrain propice à vivre et à raconter des histoires, des contes et des fables formidables puisqu’ils fréquentent de manière régulière, voire habitent, les immensités boisées des Ardennes.

 

Les gémissements du cerf

 

Bien entendu, la légende de saint Hubert plane à chaque coin de la jolie petite ville et de ses environs.

Une légende qui traverse les siècles…

 

« Vers l’an 700, le duc Hubert, arrière-petit-fils de Clovis, roi des Francs devenu le premier roi barbare – étranger pour les Grecs et les Romains -  chrétien à l’issue de son baptême à Reims, fut nommé évêque à Liège. Il participa même à la fondation de cette ville, que l’on nomme également « Cité Ardente ».

 

Mais, avant cela, un Vendredi Saint (jour de la crucifixion de Jésus), Hubert, 28 ans, qui n’était pas encore chrétien, aimait bien faire la fête et était passionné de chasse, alla traquer l’animal dans une forêt ardennaise, à un endroit où le gibier était important.

Soudain, il vit un superbe cerf blanc et il s’apprêta aussitôt à tuer l’animal d’un vigoureux coup de lance entre les deux yeux ou dans le flanc. Faisant patienter ses lévriers, il réfléchit un peu à l’endroit exact où il allait planter l’épieu, se disant, finalement, que le côté de l’animal était bien plus facile à atteindre. Il se régalait à l’avance d’entendre gémir le cerf… Il leva le bras droit, pointa, mais, avant qu’il ne puisse lancer son arme, une voix lui parvint du ciel et envahit toute la forêt, alors qu’une croix se dressait entre les bois développés et ramifiés de l’animal, car c’était déjà un cerf assez âgé :

 

- Hubert ! Pourquoi poursuis-tu les bêtes dans la forêt ?

- J’aime chasser !

- Et, surtout, les faire souffrir en leur infligeant d’atroces blessures !

- Rien ni personne ne peut m’interdire de pourchasser cet animal !

- Pourquoi cette passion alors que tu ne te préoccupes même pas de ton âme !

- Que dois-je faire ?

- Sois bon, charitable, prie. Convertis-toi à la foi catholique ou tu descendras plus rapidement en enfer !

 

Impressionné par cette voix venant du ciel, mais, également, par la croix du cerf, Hubert tomba à genoux et fit la promesse de ne plus jamais pourchasser les animaux. Il devint évêque de Liège et, en remerciement pour son geste, il reçut d’un ange une étole (bande d’étoffe portée par des religieux) tissée au ciel par la Vierge, puis, saint Pierre vint en personne lui donner une clef, signifiant par là qu’Hubert avait le pouvoir de guérir certains malades.

Ainsi, un jour qu’il était en procession, celle-ci fut perturbée par une femme qui était devenue folle. Dans un geste d’apaisement, Hubert lui rendit la santé.

Abandonnant ensuite toutes ses richesses, il vint s’établir dans les bois près de Champlon, tout en continuant à vivre une existence de charité et de bonté.

Quand il mourut, son corps fut dirigé vers l’abbaye d’Andain (ou Andage), qui deviendra Saint-Hubert, mais il a étrangement disparu en 1568.

Néanmoins, dans la basilique de Saint-Hubert un immense monument-tombeau attend sa dépouille…

 

Saint Hubert1.JPG

 

 

 

Cet imposant monument est prêt à recevoir les restes de saint Hubert.

 

D’étranges gisants noirs

 À la « Maison du Tourisme du Pays de Saint-Hubert », on propose aux visiteurs neuf « immanquables » : la Basilique Saints-Pierre-et-Paul, le quartier abbatial et le parc à gibier de Saint-Hubert, le Musée des Celtes à Libramont, le Domaine provincial de Mirwart, le Musée de Fourneau-Saint-Michel (ancienne forge restaurée, bâtisses rurales, chenets, crémaillères, plaques de cheminées, croix de cimetière, le « maka », marteau de 200 kilos…), les Réserves naturelles de Basseille et de Mochamps et le Sentier didactique du Bois de la Fontaine à Laneuville-au-Bois.

Si les fêtes de fin d’année rendent Saint-Hubert encore plus féérique, c’est tout au long de l’année que se déroulent des événements aussi prestigieux que le Pèlerinage à saint Hubert, le cortège historique, la Fête des Bouchers, le « Juillet musical »…

 De plus, si Saint-Hubert, capitale européenne de la chasse et de la nature, est une source florissante de culture et d’art, elle garde fièrement, aussi, dans sa basilique somptueuse, la fameuse étoffe tricotée par Marie et remise à Hubert…

Cette basilique considérée comme « patrimoine exceptionnel » est un édifice érigé au XVIe siècle suite à l’incendie de l’abbatiale.

La nouvelle église abbatiale, devenue paroissiale en 1809, fut ensuite élevée au rang de basilique mineure en 1927, titre accordé par le pape Pie XI afin de commémorer le 1.200e anniversaire de la disparition de saint Hubert.

Sur la façade, on lit plusieurs citations, dont : « La mort est certaine et le jour incertain, et ce n’est pas toi qui en diras l’heure ». Cette phrase est placée sous l’horloge !

L’intérieur de ce lieu de pèlerinage fort fréquenté (quelque 100.000 visiteurs par an) est fait de lumière et de gris, rose, blond, noir, rouge-brique, et accueille plusieurs reliques saintes.

 Ce très long vaisseau avec tours carrées, porche, nefs, travées, déambulatoire, chapelles rayonnantes…, possède aussi une remarquable crypte sous le chœur.

 Cette crypte romane (1064) et deux gisants attirent l’attention parmi de nombreuses dalles funéraires d’abbés, de moines, de donateurs…

Ces gisants à tête noire sont passablement polis (lisses), conséquence d’une croyance ancienne qu’en les frottant on se protégeait des maux de dents ! Aujourd’hui, plusieurs dentistes se partagent la patientèle saint-hubertoise !

 

 Saint Hubert2.JPGSaint Hubert3.JPG

 

 

 

Crypte romane et étranges gisants.

 

Quant aux stalles qui meublent le chœur liturgique, ce sont des sièges occupés naguère par les moines bénédictins lors des offices et elles datent de 1733.

 Il y a, encore, des représentations d’animaux gracieux ou franchement fantastiques (culs-de-lampe), de têtes grotesques (clefs de voute), d’un lynx malicieux (écoinçon), d’un dominicain et d’un bénédictin recevant, chacun – afin de ne pas faire de jaloux ? -, un rosaire, l’un de la Vierge, l’autre de son Fils…

 Le « Raphaël des fleurs »

 Pierre-Joseph Redouté est né à Saint-Hubert le 10 juillet 1759 et mourut à paris le 19 juin 1840, soit plus de quatre-vingts années d’une vie exceptionnelle au point que ce peintre, célèbre pour ses aquarelles de fleurs, fut surnommé le « Raphaël des fleurs » !

Ce fut dans l’adolescence que Pierre-Joseph Redouté habita Paris où il orienta son art vers l’illustration botanique.

Il fréquenta même le Jardin Botanique de Kew (Grande-Bretagne) pour y étudier les plantes de plus près.

En 1788, il entra à la Cour de Versailles et la reine Marie-Antoinette, épouse du roi Louis XVI, surnommée, tour à tour, « L’Autrichienne », « Madame Déficit » et « Madame Véto », devint sa protectrice, puis, dix ans plus tard, ce fut au tour de Joséphine de Beauharnais, la première épouse de Napoléon Ier, qu’il répudiera car elle ne pouvait avoir d’héritier, de le prendre sous sa coupe.

Outre d’autres personnalités, Pierre-Joseph Redouté devint le professeur de peinture de l’impératrice Marie-Louise, la deuxième épouse de l’empereur.

Un musée, une rue, une fontaine et une roseraie sont consacrés au génial illustrateur.

Une roseraie comprenant une cinquantaine de variétés de roses, fleur qui était devenue sa spécialité. C’est tellement vrai, que, grâce aux illustrations de Pierre-Joseph Rédouté, on peut encore « contempler » des espèces aujourd’hui disparues !

Assurément, une fameuse destinée pour le peintre saint-hubertois !

 Non loin de ces lieux, on peut voir ou visiter l’église Saint-Gilles (XIe siècle), l’une des plus anciennes églises romanes de Wallonie, la statue du Cerf crucifère, le Palais abbatial…

Ce dernier faisait partie du quartier abbatial, un endroit fort tourmenté : incendies, pillages, destructions, rénovations et « fonctions » multiples comme celles, actuelles, d’abriter des archives de l’État belge et un Service culturel, après avoir été « chancellerie abbatiale », hôtellerie pour les visiteurs de marque, administration, tribunal, sous-préfecture et, même, maison dite de redressement pour la jeunesse !

 Saint Hubert4.jpgSaint Hubert5.jpg

 

 

 

De part et d’autre de la porte d’entrée du Palais abbatial, on trouve deux fontaines identiques avec d’étranges représentations…

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

 

08:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.