24/05/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (95/140) : REDU (Belgique) : Le livre en fête

Endroits et histoires magiques

 3.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

 Redu1.jpgRedu est ce village blotti entre chênes et hêtres de la Vallée de la Haute-Lesse, qui inspira le célèbre poète Pétrarque de passage dans la région en l’an 1333, au point qu’il en conçut « Il Canzionere », l’un de ses principaux ouvrages : « Au milieu de ces bois désolés et sauvages où ne vont qu’en tremblant même les hommes d’armes

Je passe, moi sans peur, jamais rien ne m’alarme

Sauf le soleil d’amour à qui je rends hommage. »

 Après la Seconde Guerre mondiale, Redu, comme la plupart des petites entités ardennaises, devint un village-mouroir : secteur agricole en bute aux diktats administratifs, d’où l’exode de jeunes vers les métropoles et leurs miroirs aux alouettes (600 habitants en 1910, 500 en 1961, 380 en 1981), population vieillissante, menace d’un projet de barrage sur la Lesse, d’où l’intention de noyer l’une des plus admirables vallées du pays sous quelque cent millions de mètres cubes d’eau...

Heureusement, la résistance citoyenne vint à bout de ce projet aussi pharaonique qu’inutile (pour preuve, il est tombé... à l’eau !), et les habitants de Redu et leurs amis se rendirent compte, alors, de l’intense bonheur qu’ils avaient à habiter ou fréquenter un coin aussi bucolique.

Ainsi, en 1983, Noël Anselot, journaliste, subjugué par la métamorphose d’un petit village gallois « perdu », Hay-on-Wye, transformé en capitale mondiale du livre d’occasion, en parla à différentes personnalités de Redu ou à certains de ses confrères, dont Gérard Valet, journaliste français (il travailla à Europe 1) à la RTBF, d’autres sources prétendent que c’est l’inverse : Valet en parlant à Anselot..., peu importe !, puisque le miracle se produisit, le petit village ardennais « perdu » devint, au fil des années, l’incontournable « Village du Livre » à la renommée internationale que l’on connaît actuellement.

 

« Lesse tes pas... »

 Parmi ces pionniers, il y eut cinq, puis dix, ensuite une vingtaine de bouquinistes, libraires, artisans..., et un certain André Colpin, papetier, qui enchantait les visiteurs en faisant fonctionner ses presses, bains, cuves et produisait son célèbre papier levé, dans sa manufacture d’estampes et papiers.

Qui, en Belgique et ailleurs, qui est passé par Redu, ne possède pas chez soi un bout de « parchemin » et une petite citation du genre de celle du Tombeau d’Hiram : « Il faut savoir aller solitaire sur la grand route... Il faut donner sa fraternité à tous et ne demander celle de personne » ?

Parmi les innombrables superbes textes proposés, celui d’Esther Mary Walker intitulé « Prière des Anciens » est un must :

 « Bénis ceux qui comprennent

mon pas hésitant et ma main qui tremble

Bénis ceux qui savent qu’aujourd’hui mes oreilles

vont peiner pour entendre et mes yeux pour voir

Bénis ceux qui acceptent aussi

mon esprit qui travaille au ralenti

Bénis ceux qui détournèrent les yeux

quand j’ai renversé mon café ce matin

Bénis ceux qui, en souriant

s’arrêtent un moment pour bavarder avec moi

Bénis ceux qui ne disent jamais

« C’est la troisième fois

que vous racontez ça aujourd’hui »   

Bénis ceux qui ont le don

de me faire évoquer les jours heureux d’autrefois

Bénis ceux qui font de moi un être aimé

et non pas un abandonné

Bénis ceux qui devinent que je ne sais plus

comment trouver la force pour porter ma croix

Bénis ceux qui adoucissent par leur amour

les jours qui me restent à vivre

en ce dernier voyage vers la Maison du Père. » 

 Si, aujourd’hui, André Colpin s’est retiré dans un moulin d’un coin du Pays de Bergerac, lui qui écrivait volontiers « Lesse tes pas te conduire à Redu. Tu y es toujours le bienvenu ! », il doit être particulièrement heureux de savoir que la Redu buissonnière dont il était un chantre, se porte et se comporte bien.

Plusieurs animations s’étirent sur l’année (Nuit du Livre, Journée Mondiale du Livre, Week-end des Métiers du Livre, Fête du Livre, Festival des légendes ardennaises, Foire aux vins, atelier de calligraphie, stage de reliure artisanale…) et attirent des dizaines de milliers de personnes (200 000 en 2012, venant du monde entier) dans ces maisons typiques transformées en autant de bouquineries et librairies (vingt-quatre pour des kilomètres de rayonnages), certaines spécialisées en polars, BD, arts, religions, philosophies, politique, sciences, techniques, marine, ésotérisme..., mais, aussi, chez des artisans proposant des faïences, reliures et dorures, céramiques, eaux-fortes, gravures, cadres, voire du « Pain de Redu », alors que quelques tavernes et restaurants assurent l’intendance.

Vous l’aurez compris, je suis amoureux du livre, de Redu, et du Village du Livre de Redu, où, en tant qu’auteur, j’ai toujours été bien accueilli pour des dédicaces (Librairie Ardennaise, Temps Livre…)

 Redu2.jpg

 

 

 

Pierre Guelff dédicace sous l’œil de Télé Lux.

 La Fontaine salée

 Dans les environs de Redu, plus précisément dans un vallon et non loin de la route qui mène à Neufchâteau, on découvrit une source d’eau contenant des « sels guérisseurs », mais elle ne fut pas exploitée car son débit était trop faible.

Cela n’empêcha pas Jésus et saint Pierre qui appréciaient les Ardennes, comme on l’a vu en début d’ouvrage, de s’y arrêter. L’apôtre désira s’y désaltérer, mais l’eau était trop salée à son goût.

Alors, Jésus lui montra le chemin vers Daverdisse et lui dit : « C’est la fête au village, tu y trouveras certainement à boire. »

Quelques heures plus tard, Pierre revint, toujours aussi assoiffé : « Tous les villageois sont atteints de dysenterie ! »

Jésus lui proposa de retourner au village, d’arpenter les rues et ruelles et de clamer : « Que la dysenterie passe ! »

Pierre repartit et annonça à la population qu’il agissait de la sorte sur ordre de son maître, Jésus.

Néanmoins, dans sa précipitation, Pierre oublia de guérir les gens du moulin, lieu situé à l’écart de Daverdisse.

 

Redu3.jpg

 

 

 

 

Jésus et saint Pierre auraient foulé ce sol ardennais…

Jésus s’y rendit lui-même, fit laver corps, linge, maison, moulin… avec l’eau froide d’une autre source.

Tous les habitants, comme ceux du village, furent sauvés ! Une fontaine et la paroisse de Daverdisse furent alors consacrées à saint Pierre.

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

 

11:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.