23/05/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (93/140) : PRÜM (Allemagne) : Les Sandales du Christ : une fabuleuse relique

1.jpgEndroits et histoires magiques

 Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 Prüm est une ville de 5 à 6 000 habitants située dans l’Eifel, plus spécifiquement dans la partie orientale des Ardennes, et qui est traversée par la Prüm, sous-affluent de la Moselle.

Deux traités historiques y ont été signés : en 855, lorsque Lothaire Ier, roi d’Italie, de Lotharingie et empereur d’Occident, petit-fils de Charlemagne, partagea ses terres entre ses trois fils. À la suite de cet acte, il se fit moine et mourut à l’abbaye de la cité.

Le deuxième traité de Prüm date de 2005 et concernait la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, la France, le grand-duché de Luxembourg, les Pays-Bas et l’Autriche, en matière de coopération policière et judiciaire.

 Monastère, abbaye, basilique

 En 721, un noble fonda un monastère à Prüm et trois décennies plus tard Pépin le Bref remercia les moines de l’avoir reconnu comme roi et il réussit d’obtenir du pape Zacharie des morceaux des sandales du Christ (voir ci-dessous). Pépin le Bref était l’époux de Berthe au Grand Pied, la mère de Charlemagne. Grand Pied ? L’hypothèse d’un pied-bot est émise au sujet de ce surnom.

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La splendide basilique de Prüm.

 

En 799, le pape Léon III et Charlemagne assistèrent à l’inauguration de « l’église dorée » du monastère, ainsi nommée tant elle recelait de trésors, construite non loin de l’édifice sacré d’origine.

En 882 et 892, les Vikings détruisirent le monastère et les habitations. La reconstruction s’opéra sous les ordres de l’abbé Regino, écrivain, musicologue et théologien célèbre.

Après maintes péripéties (abbaye  et environs devenus principauté indépendante, incorporation à celle de Trèves, droit de tenir marché, fondation au XIIe siècle d’un monastère de moniales, puis dissolution au XIXe siècle, fuite des moines à la Révolution française, retour, départ définitif, bâtiments conventuels devenus bureaux, lycée…), l’église fut élevée au rang de basilique mineure, comme l’indiquent le conopée (voile aux couleurs papales) et les clochettes (le tintinnabule) placées devant le maître-autel.

 Curiosités exceptionnelles

 La basilique de Prüm recèle quelques trésors : la « Mise au tombeau » datant du XVIe siècle, le maître-autel, les stalles de chêne (deux miséricordes montrent un chasseur et les armoiries de l’abbaye impériale de Prüm, à savoir un aigle à deux têtes et l’Agneau sur son buste) dont certains médaillons représentent des papes et des scènes de la vie de saint Benoît, une tapisserie murale représentant l’Apocalypse, la chaire de vérité (XVIe siècle), l’autel de la Passion (gothique), le reliquaire de trois « saints médecins », le Tombeau de l’Empereur contenant les ossements de l’empereur Lothaire Ier,  et, bien entendu, le reliquaire des « Sandales du Christ ». Celles-ci, du moins des fragments, comptent parmi les reliques les plus fabuleuses du Moyen Âge et furent ramenées par Pépin le Bref.

Du coup, l’abbaye de Prüm devint célèbre ! Trèves se lança également dans la course aux reliques et obtint d’exposer la Sainte Tunique portée par le Christ au Calvaire ! Ce qui, aux yeux des chrétiens, avait davantage de valeur que des sandales…

Aujourd’hui, encore, les chaussures de Jésus font l’objet d’une vénération religieuse à la basilique de Prüm, mais nettement moindre que celle de la cathédrale de Trèves avec ses millions de visiteurs lors d’expositions exceptionnelles.

 

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                                                                                            Les Sandales du Christ.

 Croyances populaires

 Dans de précédents écrits (« Belgique et France Mystérieuses » aux Éditions Jourdan), j’ai abordé cette problématique des reliques qui, parfois, avaient été volées par des moines qui opéraient en commandos afin de les ravir à une ville « concurrente » (les reliques de Marie Madeleine exposées à Vézelay auraient été subtilisées dans le Sud de la France, à Saint-Maximin, par exemple) :

 «  Au-delà du symbolisme, il y a encore les croyances populaires et légendes - si on n’y croit pas toujours, parfois on y prête attention - qui remontent souvent à des temps très anciens et qui continuent de traverser les siècles, tant elles sont enracinées dans le passé et le subconscient collectif. Non pas un passé fait de superstitions farfelues, mais un temps écoulé relevant d’une indéniable culture populaire respectable et respectée. À ce titre, les légendes sont parfois plus réconfortantes ou satisfaisantes pour l’esprit que maintes expériences techniques et scientifiques !

Il en va de même pour les reliques. Certes, en plaçant bout à bout des reliques de la Sainte Croix disséminées sur la planète, ou des os de tel saint ou de telle martyre, on en arriverait, peut-être, à reconstituer deux ou trois exemplaires de la Croix, trois ou quatre squelettes du même Bienheureux, comme l’explique Peter Vandeweerdt, pèlerin de passage à l’église Saint-Jacques de Liège : « Impossible d’être plus près de l’apôtre : un morceau de son radius y est exposé dans un reliquaire. Saint Jacques a d’ailleurs subi le sort de beaucoup de saints. Son autre bras se trouve en Alsace, une de ses mains à Reading, ses côtes à Pistoia et une dent à Brême. (…) Il existe dix-sept bras de saint André, saint Jérôme a laissé soixante doigts et cinq crânes de saint Ignace ont été retrouvés, alors que le martyr a été dévoré par des lions », mais, au-delà de cette constatation, n’est-ce pas la démarche vers les lieux où sont exposées ces reliques qui doit être prise en considération ? »

 À ce sujet, j’ai rencontré à la Basilique de Prüm – que je visitais pour les besoins du présent ouvrage – une jeune pèlerine allemande dont els pas l’emmenaient vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

J’ai cru voir briller des étoiles dans ses yeux tant elle paraissait « prise » par sa démarche et quand je lui ai lancé un vibrant « Ultreia », signe de ralliement ou d’encouragement entre jacquaires.

 

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 Mise au Tombeau et Maître-autel.

 

 (*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

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