16/05/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (76/140) : MALMEDY (Belgique) : Baisers et Carnaval

 

Endroits et histoires magiques

 1.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

Malmedy1.jpgLa plus belle ville fleurie d’Europe (en 1996) et ses célèbres « Baisers » (meringue nature ou garnie de crème fraîche), nougat, gaufres et tartes aux myrtilles, recèle une foule de sites merveilleux ou insolites (Rocher de la Warche, vallées, bois…), un étonnant Musée du Carnaval retraçant une tradition vieille de plus de cinq siècles, le Musée National du Papier, le Monument Apollinaire, le poète aimait tant se promener dans les Fagnes, des kiosques à musique, plusieurs églises et, surtout, la Chapelle des Malades.

Consacrée en 1188 sous le vocable de sainte Marie Madeleine, réédifiée au XVIe siècle, la Chapelle Notre-Dame est l’un des lieux sacrés où, toutes proportions gardées, se compte probablement le plus grand nombre d’ex-voto du pays.

Il faut dire que la Vierge qui y est priée fut offerte après une épidémie de maladies contagieuses, en 1741, qui fit plus de 800 victimes dans la région.

 

Carnaval Mystérieux

 

 Malmedy2.jpgLe Carnaval de Malmedy attire des dizaines de milliers de personnes – avant la Seconde Guerre mondiale, mon père y joua un « rôle » déguisé en Robin des Bois – et à travers ces festivités (et leurs semblables ardennais à Eupen, Stavelot, Sedan, La Roche-en-Ardennes, Charleville-Mézières…), il n’est pas inintéressant, selon moi, d’en expliquer la tradition, les us et coutumes, comme je l’ai fait au micro de Philippe Delmelle sur VivaCité (RTBF-Radio), dont voici quelques extraits significatifs :

 

- Tout d’abord, d’où nous vient cette tradition ?

- Comme pour la période de Noël, il y a un mélange de religieux et de profane et certains n’hésitent pas à relier la période du Carnaval à la religion catholique !  D’autres personnes prétendent que le Carnaval nous viendrait des Romains avec les saturnales, qui étaient des fêtes dévolues à Saturne, fêtes durant lesquelles les esclaves jouissaient d’une relative liberté, ou, encore, de Grèce avec les réjouissances célébrées en l’honneur du dieu Dionysos, dieu de la vigne, du vin et de ses excès.

Mais, dans notre tradition, cette période festive était plutôt considérée comme un moment de réjouissances profanes qui se voulait être une parenthèse dans la longue période de Carême.

- Et, en quoi consistait cette parenthèse ?

- Elle consistait en réjouissances faites de moments de bien boire et de bien manger, de cortèges, de mascarades, etc. Bref, c’était une occasion d’alléger cette dure période de privations.

 - Mais, les choses ont évolué au fil du temps, non ?

Malmedy3.jpg- Dans le calendrier religieux, si j’ose dire, le Carnaval s’étend de l’Epiphanie autrement appelée la Fête des Rois Mages, qui est célébrée le premier dimanche après le 1er janvier, et elle s’étend jusqu’au Mardi gras, veille du Mercredi des Cendres, qui est le premier jour du Carême. C’est, par exemple le célèbre Carnaval de Rio qui dure quatre jours avant le Mercredi des Cendres. Néanmoins, il y  aussi le Laetare qui est un carnaval de mi-carême, comme ceux de La Roche-en-Ardenne, de Fosses-la-Ville, de Chapelle-lez-Herlaimont, la cité des Tchats, ces derniers symbolisant une certaine indépendance liée à l’histoire locale.

Mais, c’est vrai, qu’au fil du temps, le Carnaval s’apparente aussi à la mort de l’Hiver et à l’annonce du Printemps, d’où les grands feux quand on brûle symboliquement le bonhomme Hiver.

Mais, pour éviter la concurrence entre ces multiples fêtes carnavalesques, on a, bien entendu, les traditionnelles réjouissances comme à Binche, Malmedy, mais, aussi,  les fêtes du Laetare, et même, tenez-vous bien, des Carnavals en plein été.

 

Symbolique du masque

 

- Venons-en à la symbolique du Carnaval.

- Je vais aborder l’un des concepts majeurs du Carnaval, qu’il soit programmé avant, après ou à la mi-Carême. C’est celui du masque. Durant de très longues périodes il représentait principalement des animaux féroces, des dragons, des ogres, des démons et, de la sorte, ceux qui portaient ce masque exorcisaient symboliquement ce dont ils avaient tellement peur. Puis, il me faut évoquer le masque carnavalesque à représentation humaine, celle de politiques, par exemple.

- Sa signification était-elle aussi une sorte d’exorcisme ?

- On peut le penser, mais il est bon de préciser que dans la Tradition ancienne, le port du masque n’était jamais un geste banal car il s’agissait d’un vrai rituel que, petit à petit, on a tendance à perdre.

- Vous nous avez aussi promis des superstitions à l’égard du masque…

- Etrangement par rapport à la symbolique d’exorcisme dont il a été question, des superstitions viennent quasiment la contredire.

 - Des exemples ?

- Avant de s’habiller du masque et pouvoir le retirer sans être possédé, on prononçait une formule magique qui faisait référence à la Sainte Trinité. Donc, sans cette prière, on risquait de se retrouver dans la peau d’un démon. Si, en Bretagne, rêver d’un masque était synonyme de trahison, il se disait, dans de nombreuses régions, que les jeunes filles qui participaient aux mascarades devaient être vigilantes, car le diable, encore lui, tenterait de les séduire et qu’elles pourraient en revenir enceintes d’un monstre ! A dire vrai, ici, on retrouvait les éternelles recommandations de prudence des parents à leurs enfants qui sortent au bal ou à la kermesse.

 

Symbolique du déguisement

 

- Autre concept majeur du Carnaval proche du masque : le déguisement.

- L’auteur français Pierre Canavaggio, spécialiste des traditions et croyances populaires, pose la question suivante : « Qui n’a jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ? De cacher sa véritable nature ou de  faire « semblant de » aux yeux des autres ? ». Donc, déguisements et masques ont le même but et sont souvent associés. Mais cet auteur ajoute qu’il y a quand même des précautions à prendre.

- Lesquelles ?

- Il faut quand même rappeler que se déguiser a pour but principal de se rendre méconnaissable, comme on vient de le suggérer. Mais, est-ce pour tromper les gens ou seulement avoir le plaisir de se dissimuler ? La frontière peut être parfois très étroite, voire ambigüe, entre ces deux notions et il ne faudrait pas que certains se déguisent pour régler des comptes avec d’autres. Comme vous l’avez rappelé, le Carnaval est une période de réjouissances populaires et d’humour !

- Et une bonne occasion de se défouler…

- Et de laisser libre cours à l’imaginaire ! Ainsi, beaucoup de carnavaleux, en dehors des groupes traditionnels et structurés, rivalisent d’adresse pour se déguiser et il existe même sur certains marchés un « coin Carnaval » fait de vieux vêtements pouvant servir à confectionner des déguisements. Pour en revenir à la symbolique du déguisement, on peut dire que c’est aussi une manière d’échapper, durant un laps de temps bien déterminé, à la banalité du quotidien, à de petits soucis et tracas qui empoisonnent notre vie.

Ainsi, c’est une manière de déguiser sa personnalité, une mise à part, un anonymat puis une sorte d’énigme dont on est l’acteur principal quand les gens disent : « Qui peut bien être derrière ce déguisement ? »

 

Symbolique du cortège

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- Et qu’en est-il de la symbolique des cortèges ?

 

 - Comme le masque est étroitement lié au déguisement, qui dit carnaval dit cortège, cavalcade, chars, et, bien entendu, il y a derrière tout cela un aspect symbolique comme celui de son origine dans certaines régions. Ce que nous nommons aujourd’hui cortège carnavalesque, était des danses qui se déroulaient sous forme de processions masquées et qui évoquaient certains moments bien précis de la société.

- Lesquels ?

- Par exemple, l’accomplissement de travaux saisonniers tels les labours, les semailles et les moissons. Il y avait aussi ces cérémonies masquées collectives pour invoquer des divinités, pour rendre hommage au Cosmos… Il s’agissait principalement de rituels avec réjouissances, festins, musique, chants et danses.

- Et puis tout cela a évolué pour en arriver aux cortèges carnavalesques tels qu’on les connaît aujourd’hui sous diverses formes…

- Effectivement ! Par exemple, à côté des formations carnavalesques bien structurées en groupes, il y a les bandes, non pas prises dans le sens de bandes de bandits, mais il s’agit de rassemblements de personnes déguisées qui défilent en musique et s’arrêtent à certains endroits pour chahuter avec, par exemple, un long bâton au bout duquel pend une chaussette puante ou un poisson plus très frais, ces personnes s’en allant taquiner le public. Tout le monde doit donc jouer le jeu, pouvoir supporter ces taquineries, des confettis dans les cheveux ou une fausse araignée sur le visage, sans quoi il vaut mieux rester chez soi !

Ces personnes qui défilent se sentent généralement plus fortes, osent davantage puisqu’elles sont protégées par un certain anonymat, mais, comme nous l’avons déjà évoqué, il y a des limites et il ne faut pas que la notion de Carnaval soit déviée de sa fonction humoristique.

 

Tradition malmédienne

 

 Malmedy5.jpgÀ Malmedy, la tradition carnavalesque c’est : le « Trou’lê », personnage qui symbolise le pouvoir durant les quatre journées de festivités, la « Grosse Police », c’est celui qui annonce le Carnaval, la « Djoup’sène », la bohémienne, la gitane, le « Véheû », le putois, le « Sotê », nain légendaire, l’Arlequin, le Pierrot, les Longs-nez, les Longs-Bras, le Long Balai…, la « Haguète », probablement le personnage le plus connu à Malmedy, personnage emblématique, elle est coiffée d'un bicorne décoré de plumes d'autruche multicolores et porte un costume en velours. Elle est munie d’un happe-chair et saisit le spectateur à la cheville, l'oblige à mettre un genou au sol et exige son pardon : « Pardon, Haguète, (à la queue du balai, qu’elle porte), je ne le ferai jamais plus ! »

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

20:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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