18/04/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (67/140) : LE CHESNE (France) : Sur les traces de Napoléon III

2.jpgEndroits et histoires magiques

 Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

Le Chesne, autrefois « Le Chêne-Populeux » ou « Le Chesne-la-Réunion », tient son nom du terme « chêne », arbre qui se retrouve, bien entendu, dans les armoiries de la cette cité d’un millier d’habitants.

Une autre version préconise « catimus » ou endroit en forme de cuvette.

Le Chesne aurait été une halte sur la voie romaine Reims-Trêves et une légende prétend que l’on y aurait retrouvé la Sainte Ampoule, fiole d’huile sacrée ayant servi au baptême de Clovis, car certains de ses habitants nantis avaient le privilège d’assister au sacre des rois de France à la cathédrale de Reims ! D’où, dans ces mêmes armoiries, une colombe portant ladite ampoule.

En vérité, une partie de cette huile était mélangée a du Saint Chrême (huile d’olive et parfum ou Baume de Judée), l’une des trois sortes d’huiles saintes. La Sainte Ampoule était conservée à l’abbaye Saint-Remi de Reims – dont la magnifique basilique fut construite dès le XIe siècle – et brisée officiellement le 7 octobre 1793 à la Révolution française sur le socle de la statue de Louis XV destinée à la fonderie de canons.

 

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La Sainte Ampoule conservée à la Basilique Saint-Remi de Reims, trouvée, selon une légende, au Chesne, puis brisée à la Révolution, et Baptême de Clovis dans l’Arc de Glons (VIIe siècle).

 

Étape du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, l’église (XIVe siècle) porte le nom de l’apôtre dont les reliques sont vénérées en Galice.

Le Chesne fut aussi le terrain de maintes batailles : lors de la Guerre de Cent Ans, en 1792, aux deux guerres mondiales. Sur quelque 380 maisons, une cinquantaine resteront habitables après l’offensive allemande de 1940.

 

La Débâcle

 

Dans son roman « La débâcle », Émile Zola fait passer une nuit à Napoléon III, fin août 1870, dans la cité traversée par le Canal des Ardennes depuis 1835, et  elle est encore évoquée de la manière suivante : « Un officier de chasseurs qui se trouvait là, on ne savait comment, dit tout haut :

- Nom de Dieu ! C’était le 28 qu’il fallait foutre le camp, lorsque nous étions au Chesne ! »

 

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Napoléon III de F.X. Winterhalter (1852)

 

Sur une ancienne carte postale on peut lire en légende à une photo : « Le Chesne (Ardennes) – La Place, côté sud. Maison où coucha Napoléon III, le 28 août 1870. Siège du Conseil de guerre allemand pendant la guerre de 1914-1918. »

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

 

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« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (66/140) : LA ROCHE-EN-ARDENNE (Belgique) : Les belles, la brute et le fantôme

3.jpgEndroits et histoires magiques

 Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

À La Roche-en-Ardenne, accueillante ville touristique de la province de Luxembourg, on visite encore les ruines du château féodal construit au IXe siècle.                    

 Situé sur les hauteurs de la cité au croisement de cinq vallées, on découvre ses tours, meurtrières, oubliettes et, parfois, le soir en été, on peut apercevoir un fantôme.

 

S’agirait-il de la charmante Berthe ?

 

La Roche-en-Ardenne1.JPG

 

 

 

La belle Berthe hante-t-elle encore le château de La Roche-en-Ardenne ?

 

Des hurlements dans les ruines

 

Au Moyen Âge, ce château appartenait au seigneur local, un homme puissant et riche, qui avait une fille prénommée Berthe. C’était son seul enfant. Un jour, alors qu’il avait probablement trop bu de vin, il joua la main de sa fille, c’est-à-dire son mariage, dans un grand tournoi.

 

- Berthe appartiendra au chevalier qui aura vaincu tous ses adversaires de manière loyale, clama-t-il.

 

Dans un premier temps, un seul chevalier, le comte de Montaigu, se présenta au concours. Pourquoi cet unique candidat où il était quand même question de recevoir comme future épouse la belle et charmante Berthe ?  Parce qu’il était trop grand, trop fort, trop violent au combat, et, ça, tous les autres chevaliers de la région le savaient bien. Donc, ils ne vinrent pas. Néanmoins, en toute dernière minute, un deuxième chevalier demanda à parler au seigneur de La Roche-en-Ardenne :

 

- Je veux tenter ma chance.

- Vous ?

- Oui, moi !

- Mais, même avec une armure, vous ne ferez pas le poids face au comte de Montaigu, tellement vous êtes petit et que vous paraissez si fragile !

- Que risquez-vous à me laisser tenter ma chance ?

- Si tel est votre désir, qu’il en soit ainsi.

 

Le jour du combat, inégal, arriva. Face au colossal comte de Montaigu se trouvait le petit chevalier tout chétif. Le comte ricana :

 

- Alors, puceron ? On croit pouvoir me vaincre pour avoir la jolie Berthe ?

Le comte se précipita sur son frêle adversaire, mais le petit chevalier esquiva parfaitement le coup, ce qui mit le colosse en rage :

 

- Petite plume qui veut jouer dans la cour des grands, je vais te fendre en deux, hurla le comte au petit chevalier, tout en brandissant sa lourde épée finement affûtée.  

 

Le coup d’épée s’abattit à côté de la cible et, dans une magistrale pirouette, le petit chevalier profita de la situation pour introduire la lame de sa légère et minuscule épée par la jointure du heaume du terrifiant comte de Montaigu, et, il lui trancha la gorge.

C’était la stupéfaction parmi les spectateurs de ce combat qui s’était déroulé dans la cour du château. Ainsi, le petit chevalier, tout mince, venait d’abattre celui qui semait la terreur dans toute la région !

 

- Tu as gagné le concours, petit chevalier. Voici ma fille ! lui dit le seigneur de La Roche-en-Ardenne.

 

Les nouveaux époux furent guidés vers leur chambre nuptiale, là haut dans le donjon du château. Mais, le lendemain de la nuit de noces, ce fut une découverte atroce pour le seigneur et les habitants du château : sur un rocher bordant l’Ourthe, on releva deux corps sans vie. L’un était habillé de blanc, l’autre de noir. Il s’agissait de Berthe et du petit chevalier.

À vrai dire, le petit chevalier n’était autre que la très belle comtesse Alix de Salm qui s’était déguisée, avait passé un pacte avec le diable et s’était vengée en tuant le comte de Montaigu, celui-là même qui, peu avant le concours, lui avait promis et juré de l’épouser. Elle tua, aussi, Berthe de La Roche qui, de temps en temps, vient donc hanter les ruines du château… dit-on.

         

Outre le château, il y a plusieurs visites à effectuer à La Roche-en-Ardenne, tels le Parc à gibier (loups, lynx, renards, chats sauvages, cerfs, biches, hiboux, daims, mouflons…), l’église Saint-Nicolas (statues baroques, anciennes pierres tombales, fonts baptismaux du XVIe siècle, peintures sur chêne du XVIIe siècle…), la chapelle Sainte-Marguerite (élevée à l’emplacement d’un ermitage en 1600), le Belvédère du Deister (splendide panorama), le Musée de la Meunerie, également celui consacré à la Bataille des Ardennes, conflit qui fit rage dans la région…

 

D’ailleurs, La Roche est considérée comme une ville martyre, qui, aujourd’hui encore, rend hommage aux Américains et aux Anglais qui la libérèrent. 

La Roche-en-Ardenne2.jpg

 

 

 

                                              Témoignage de la Bataille des Ardennes.

Victor Hugo mécontent

 

Une anecdote avant de quitter la charmante cité ardennaise, celle de la mésaventure survenue à Victor Hugo. En août 1862, le célèbre poète et romancier réalisait des croquis du château féodal de la Cité des Roches et des Méandres. À l’issue de la première séance, il se rendit à l’Hôtel du Nord.

- Ce matin, j’ai réservé une chambre.

- En voici la clef, bon séjour !

 

Poussant la porte de ladite chambre, Victor Hugo n’apprécia pas l’endroit.

- Elle est trop exigüe, pouvez-vous m’en procurer une plus spacieuse ? demanda-t-il aux frères Meuniers, propriétaires de l’établissement.

- Pas question ! s’entendit-il répondre d’une manière peu courtoise.

- Dans ce cas, je quitte les lieux !

 

Mécontent, l’auteur de « Notre-Dame de Paris », dont l’encre des « Misérables » était à peine sèche (« Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal de mon œuvre », avait-il déclaré fin mars) prit ses bagages et s’engagea dans les rues de la petite ville en quête d’un autre hôtel et d’une chambre digne de son nom. En vain, car il y aurait été encore plus mal logé ! Il retourna à l’Hôtel du Nord.

- Veuillez partir ! lui crièrent les frères Meunier.

 

Ah ! S’ils avaient su qu’ils avaient devant eux l’un des plus illustres auteurs de tous les temps…

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

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Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

12:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (65/140) : LAIFOUR (France) : Des Dames de Meuse et la source ensanglantée

Endroits et histoires magiques

 2.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

Une grande partie des charmes de Laifour est regroupée dans son logo, comme le signalent ses autorités communales : « …charmes situés dans une arène de verdure, que traverse la Meuse… » Et, de citer son célèbre site classé des « Dames de Meuse ».

 

Un lieu fréquenté à plusieurs reprises par le général de Gaulle. Mais, au juste, qu’est-ce qui y attirait le président de la République française ? La beauté sauvage de l’endroit ou les légendes qui s’y rattachent ? Ou toutes à la fois ?

 

La punition divine

 

Les « Dames de Meuse » est un lieu habité par les dieux, clame-t-on sur place, et plusieurs légendes lui sont attribuées, c’est l’un parmi les plus impressionnants paysages de la Vallée de la Meuse, selon l’auteur Bernard Chopplet.

 

En 1080, le seigneur de Hierges (voir ci-dessous) eut trois fils, Héribrand, Geoffroy et Vauthier, qui épousèrent les filles du Seigneur de Rethel, Hodierne, Berthe et Ige.

Peu de temps après leur union, les trois jeunes mariés accompagnèrent Godefroid de Bouillon dans sa croisade (1096-1099), la première du genre sur huit sans tenir compte de la « Croisade populaire » de Pierre l’Ermite.

 

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Les Dames de Meuse, que des personnes prétendent voir pleurer certains jours…

 

Alors qu’ils combattaient en Terre Sainte, les épouses commirent de conserve l’adultère en compagnie de trois chevaliers.

Mais, Dieu les punit ! Ainsi, lors de l’attaque de Jérusalem, elles furent changées en trois immenses rochers noirâtres surplombant la Meuse.

 

Une deuxième légende, selon le « Guide de la France Mystérieuse », sous le titre des « Pierres Infidèles » :

 

« Le seigneur de Montcornet, en partant pour la croisade, laissa son château à la garde de sa femme et de ses deux nièces. Un seigneur du voisinage, du nom de Neyrac, voulut s’emparer des biens de Montcornet et déclencha un conflit. (…) La dame de Montcornet alla au-devant de son mari qui revenait de Terre Sainte et Neyrac se sentant en danger réclama l’aide du diable. Celui-ci provoqua un séisme qui ensevelit la dame et sa suite. Arrivé à l’endroit du drame, le seigneur de Montcornet reçut des explications de la part d’un berger et Neyrac eut la tête tranchée ! Après une prière au divin, la dame et sa suite sortirent vivants du sol. Le rocher en forme de têtes perpétuerait le souvenir de la dame de Montcornet et des deux nièces. »

 

La troisième légende concernant les « Dames de Meuse » émane de Hierges.

Hierges est une cité médiévale, distante de Laifour d’une vingtaine de kilomètres, considérée comme l’un des plus beaux villages de France, dont le château aurait été bâti en 882 en une nuit par la fée Mélusine (voir Orval).

Il est question des trois épouses infidèles transformées en rochers juste avant qu’elles n’aient eu le temps de se jeter dans la Meuse au retour de leurs maris afin d’échapper à leur colère.

 

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Au moins trois légendes pour un site habité des dieux, pour trois immenses rochers couverts de hêtres…

 

L’odieux seigneur et les Quatre Fils Aymon

 

À Laifour, il y a une autre histoire « fantastique » qui circule : celle entourant la source d’eau ferrugineuse qui coule dans la Meuse en rougissant les pierres et les galets.

Au Moyen Âge, un puissant seigneur désirait les faveurs d’une jeune vierge. Elle refusa catégoriquement les avances et se réfugia près de la source située dans une grotte.

Un jour de chasse, le seigneur la débusqua. Elle continua à lui résister, alors il sortit son épée et la tua. Ensuite, il partit jeter l’arme dans la source. Depuis cet instant tragique, l’eau serait devenue ferrugineuse…

 

Et, bien entendu, les Quatre Fils Aymon (voir « Quelques symboles ardennais » en première partie du présent ouvrage) seraient également passées par Laifour !

Naguère, un rocher était marqué de l’empreinte du sabot du cheval Bayard après avoir effectué un bond prodigieux.

Au début du XIXe siècle, les cantonniers locaux auraient détruit ce « témoignage » pour confectionner une route…

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

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