18/04/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (66/140) : LA ROCHE-EN-ARDENNE (Belgique) : Les belles, la brute et le fantôme

3.jpgEndroits et histoires magiques

 Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

 

À La Roche-en-Ardenne, accueillante ville touristique de la province de Luxembourg, on visite encore les ruines du château féodal construit au IXe siècle.                    

 Situé sur les hauteurs de la cité au croisement de cinq vallées, on découvre ses tours, meurtrières, oubliettes et, parfois, le soir en été, on peut apercevoir un fantôme.

 

S’agirait-il de la charmante Berthe ?

 

La Roche-en-Ardenne1.JPG

 

 

 

La belle Berthe hante-t-elle encore le château de La Roche-en-Ardenne ?

 

Des hurlements dans les ruines

 

Au Moyen Âge, ce château appartenait au seigneur local, un homme puissant et riche, qui avait une fille prénommée Berthe. C’était son seul enfant. Un jour, alors qu’il avait probablement trop bu de vin, il joua la main de sa fille, c’est-à-dire son mariage, dans un grand tournoi.

 

- Berthe appartiendra au chevalier qui aura vaincu tous ses adversaires de manière loyale, clama-t-il.

 

Dans un premier temps, un seul chevalier, le comte de Montaigu, se présenta au concours. Pourquoi cet unique candidat où il était quand même question de recevoir comme future épouse la belle et charmante Berthe ?  Parce qu’il était trop grand, trop fort, trop violent au combat, et, ça, tous les autres chevaliers de la région le savaient bien. Donc, ils ne vinrent pas. Néanmoins, en toute dernière minute, un deuxième chevalier demanda à parler au seigneur de La Roche-en-Ardenne :

 

- Je veux tenter ma chance.

- Vous ?

- Oui, moi !

- Mais, même avec une armure, vous ne ferez pas le poids face au comte de Montaigu, tellement vous êtes petit et que vous paraissez si fragile !

- Que risquez-vous à me laisser tenter ma chance ?

- Si tel est votre désir, qu’il en soit ainsi.

 

Le jour du combat, inégal, arriva. Face au colossal comte de Montaigu se trouvait le petit chevalier tout chétif. Le comte ricana :

 

- Alors, puceron ? On croit pouvoir me vaincre pour avoir la jolie Berthe ?

Le comte se précipita sur son frêle adversaire, mais le petit chevalier esquiva parfaitement le coup, ce qui mit le colosse en rage :

 

- Petite plume qui veut jouer dans la cour des grands, je vais te fendre en deux, hurla le comte au petit chevalier, tout en brandissant sa lourde épée finement affûtée.  

 

Le coup d’épée s’abattit à côté de la cible et, dans une magistrale pirouette, le petit chevalier profita de la situation pour introduire la lame de sa légère et minuscule épée par la jointure du heaume du terrifiant comte de Montaigu, et, il lui trancha la gorge.

C’était la stupéfaction parmi les spectateurs de ce combat qui s’était déroulé dans la cour du château. Ainsi, le petit chevalier, tout mince, venait d’abattre celui qui semait la terreur dans toute la région !

 

- Tu as gagné le concours, petit chevalier. Voici ma fille ! lui dit le seigneur de La Roche-en-Ardenne.

 

Les nouveaux époux furent guidés vers leur chambre nuptiale, là haut dans le donjon du château. Mais, le lendemain de la nuit de noces, ce fut une découverte atroce pour le seigneur et les habitants du château : sur un rocher bordant l’Ourthe, on releva deux corps sans vie. L’un était habillé de blanc, l’autre de noir. Il s’agissait de Berthe et du petit chevalier.

À vrai dire, le petit chevalier n’était autre que la très belle comtesse Alix de Salm qui s’était déguisée, avait passé un pacte avec le diable et s’était vengée en tuant le comte de Montaigu, celui-là même qui, peu avant le concours, lui avait promis et juré de l’épouser. Elle tua, aussi, Berthe de La Roche qui, de temps en temps, vient donc hanter les ruines du château… dit-on.

         

Outre le château, il y a plusieurs visites à effectuer à La Roche-en-Ardenne, tels le Parc à gibier (loups, lynx, renards, chats sauvages, cerfs, biches, hiboux, daims, mouflons…), l’église Saint-Nicolas (statues baroques, anciennes pierres tombales, fonts baptismaux du XVIe siècle, peintures sur chêne du XVIIe siècle…), la chapelle Sainte-Marguerite (élevée à l’emplacement d’un ermitage en 1600), le Belvédère du Deister (splendide panorama), le Musée de la Meunerie, également celui consacré à la Bataille des Ardennes, conflit qui fit rage dans la région…

 

D’ailleurs, La Roche est considérée comme une ville martyre, qui, aujourd’hui encore, rend hommage aux Américains et aux Anglais qui la libérèrent. 

La Roche-en-Ardenne2.jpg

 

 

 

                                              Témoignage de la Bataille des Ardennes.

Victor Hugo mécontent

 

Une anecdote avant de quitter la charmante cité ardennaise, celle de la mésaventure survenue à Victor Hugo. En août 1862, le célèbre poète et romancier réalisait des croquis du château féodal de la Cité des Roches et des Méandres. À l’issue de la première séance, il se rendit à l’Hôtel du Nord.

- Ce matin, j’ai réservé une chambre.

- En voici la clef, bon séjour !

 

Poussant la porte de ladite chambre, Victor Hugo n’apprécia pas l’endroit.

- Elle est trop exigüe, pouvez-vous m’en procurer une plus spacieuse ? demanda-t-il aux frères Meuniers, propriétaires de l’établissement.

- Pas question ! s’entendit-il répondre d’une manière peu courtoise.

- Dans ce cas, je quitte les lieux !

 

Mécontent, l’auteur de « Notre-Dame de Paris », dont l’encre des « Misérables » était à peine sèche (« Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal de mon œuvre », avait-il déclaré fin mars) prit ses bagages et s’engagea dans les rues de la petite ville en quête d’un autre hôtel et d’une chambre digne de son nom. En vain, car il y aurait été encore plus mal logé ! Il retourna à l’Hôtel du Nord.

- Veuillez partir ! lui crièrent les frères Meunier.

 

Ah ! S’ils avaient su qu’ils avaient devant eux l’un des plus illustres auteurs de tous les temps…

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

12:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.