01/04/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (61/140) : HOUFFALIZE (Belgique) : Ville du Souvenir et de légendes

Endroits et histoires magiques

 Aujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Les « curiosités » ne manquent pas dans cette charmante cité (bien connue, aussi, des amateurs et professionnels de VTT) : patrimoines naturel et architectural, monuments, Houtopia, parc naturel, sentier écologique, façades fleuries…

 

 

 Houffalize1.JPG

 

 

 

Houffalize est la capitale du VTT.

 

 

Dans le détail, cela donne :

 

. Patrimoine naturel :

 

- Le site du Hérou (classé en 1937) offre un paysage saisissant de rochers (sur un kilomètre de long et près de cent mètres de hauteur), de sapins, de l’Ourthe qui sillonne dans la vallée…

Sur un pont qui surplombe la rivière au cœur de la cité, on peut lire : « Aux citoyens de Houffalize… avant l’arrivée des ingénieurs, vos adroits artisans ont construit un pont en quarante-cinq minutes ».

Houffalize2.JPG 

 

 

 

 

                                             L’Ourthe et, dans le fond, l’église Sainte-Catherine d’Alexandrie.

 

- La Fagne ou tourbière ou « petit marais montagneux ».

 À la santé de Pogge !

 - Haute Falaise : un château se dressait sur le promontoire rocheux qui domine la cité à l’est. Cet endroit aurait été occupé depuis les temps les plus anciens, mais le nom « Houffalize » est apparu dans une charte datée de 1147 : Alta Falisia = Haute Falaise.

Depuis quelques décennies, au pied du rocher qui se trouve non loin du char Panther (voir ci-dessous), on peut voir une étrange statue, c’est celle de Pogge. Il s’agit d’un personnage qui était fort connu à Schaerbeek (commune bruxelloise) au XIXe siècle.

En témoignage de gratitude à l’aide apportée par Schaerbeek à Houffalize après l’enfer de la Seconde Guerre mondiale, plus particulièrement du 25 décembre 1944 au 6 janvier 1945, et son déluge de bombes (quelque 200 victimes sur une population de 1 450 âmes), la rue du Haut-Pont fut débaptisée pour s’appeler rue de Schaerbeek et une statue du Pogge fut  nichée dans le rocher afin de perpétuer l’amitié entre les deux communes.

 Houffalize3.JPGHouffalize4.JPG

 

 

 

 

                   Le Pogge : lien d’amitié entre Schaerbeek et Houffalize.

 

Une chanson a même été créée en l’honneur du Pogge :

« Pogge est ce petit bonhomme Un jour, il a fait ses valises

Qui n'est pas plus haut que trois pommes Pour s'en aller à Houffalize

Quand il disait « alles es just » (Tout est juste) Il lève fièrement la main

Les gens n'en demandaient pas plus Là-bas, au détour du chemin

Et c'est ainsi depuis lors Dans son sarrau de paysan

Il est entré dans le folklore Il semble défier le temps

Il a gardé beaucoup d'amis Il s'y est fait beaucoup d'amis

Qui aujourd'hui sont réunis. Qui chantent quand ils sont réunis

 

Le refrain :

 

Levons nos verres tous à la fois

Au plus célèbre des Schaerbeekois

Pour nous, il est toujours vivant

Même s'il n'est plus depuis longtemps

Il défendit nos libertés

Dans tous les cafés du quartier

Ainsi, buvons à sa santé

Car il l'a vraiment bien mérité »

 

(« La chanson des rues de Schaerbeek » de Jean Francis, Éditions Musin, Bruxelles, 1975).

 

Parcours d’artistes et de légendes

 

L’artiste franco-belge  Françoise Schein, explique son œuvre participative avec cent jeunes de la région d’Houffalize intitulée « Carte de la légende des merveilles et des ténèbres d’ici » :

 

« À l’entrée d’une ville, on recherche toujours la carte de celle-ci pour pouvoir se repérer et dire « je suis ici ». Sans elle, on risque bien de ne pas arriver à bon port. Et comme Houffalize avait besoin d’une carte « d’Ici » pour permettre aux uns et aux autres d’habiter son espace concret mais aussi son espace mental, j’ai eu envie de créer une carte géo-poétique monumentale qui, au travers de ses ornementations figuratives réalisées avec la complicité d’une centaine d’enfants de la région, offrira enfin aux curieux d’« Ici » un voyage « Ailleurs ».

 

 

Houffalize5.JPG

 

 

 

 

Carte des merveilles et des ténèbres.

 

À l’entrée de la ville et le long de l’Ourthe, près du golf miniature, on trouve également tout un univers de légendes : « La lumière l’emporte toujours » !

 « L’amour tisse la trame des récits légendaires. Dans les légendes, amour rime avec merveilleux, paix et espoir. Si ces histoires fabuleuses nous tiennent en haleine, c’est qu’au fond de nous-mêmes, nous espérons tous un « happy end ». Cependant, l’amour n’est sublimé que si nous acceptons l’autre avec ses différences. Quand l’intolérance envahit nos cœurs, les rumeurs de la guerre se font déjà entendre.

La légende que vous allez entendre (via une sorte de borne) : « La Dame Blanche », vous montre combien le file est ténu entre amour et haine, entre espoir et désespoir, entre guerre et paix. Finalement, la morale vous dévoile qu’il ne faut pas faire alliance avec le mal, même au nom de l’amour. Car lorsque les tabous sont franchis, les âmes sont condamnées à errer pour l’éternité, comme le fantôme de la Dame Blanche, à la Croix Saint-Roch. »

 Extraits d’une autre présentation :

 « Dans toutes les légendes du monde, la justice est une valeur universelle. Qu’ils proviennent de la réalité ou qu’ils soient purement fictifs, les crimes y sont dûment châtiés. Les légendes sont vivantes. Elles évoluent avec leur temps. Ce sont les rêves et les terreurs des hommes qui les alimentent. Souvent, elles sont inspirées d’événements extraordinaires ou de faits authentiques. La légende prend racine dans le réel, elle amplifie l’effroi mais elle sublime les valeurs humaines. La légende condamne le méfait et la lâcheté pour valoriser l’équité, l’innocence et l’héroïsme. »

 « N’aie pas peur des méchants : dans les légendes, ils sont toujours punis ! »

 Quant à l’artiste wallonne, Anne-Marie Klenes, elle explique aussi son œuvre baptisée « Les portes des songes » : « La porte est un lieu de passage entre le réel et l’imaginaire, entre le visible et l’invisible. Son franchissement invite à un voyage intérieur dans le monde des songes inspirés de légendes… (également, via des bornes). L’œuvre participe à l’expérience des sens… »

Houffalize6.JPG

                                                                        « Portes des Songes »

 . Patrimoine architectural :

 - L’impressionnant viaduc de l’autoroute E25 (Utrecht-Gênes) qui franchit la vallée de l’Ourthe orientale. C’est l’un des plus grands arcs de ce type dans le monde, avec le viaduc de l’Eau Rouge à Malmedy. L’arc a une portée de 162 mètres et son sommet culmine à une soixantaine de mètres au-dessus du fond de la vallée.

- Chapelle Notre-Dame de Forêt : située à l’orée du bois « Forêt », cette chapelle hexagonale (qui rappelle, entre autres, le Saint-Sépulcre de Jérusalem, la chapelle carolingienne d’Aix-la-Chapelle, la Chapelle des templiers de Laon, qui est le plus ancien vestige templier reconnu d’Occident) de pèlerinage date de 1750 et fut construite à l’emplacement d’un oratoire recensé en 1656.

 De remarquables vestiges

 - L’église Sainte-Catherine d’Alexandrie est le dernier vestige du prieuré Sainte-Catherine dont la construction s’étale de la moitié du XIIIe siècle au début du XIVe siècle.

Outre un lutrin représentant un aigle aux ailes déployées (1370), on distingue la dalle funéraire en haut relief de Thierry Ier de Houffalize et le gisant de Thierry II revêtu de sa cotte de mailles et paré de ses armoiries.

Une pierre commémorative explique : « 1235 : fondation du prieuré de Sainte-Catherine par Thierry I et son fils Henri. »

 

      Houffalize7.JPGHouffalize8.JPGHouffalize9.JPG              

                                       Dalle funéraire et gisant au cœur de l’église Sainte-Catherine.

 

Sainte Catherine d’Alexandrie fut une vierge et martyre qui vécut aux IIIe et IVe siècles, ses reliques se trouvent au Mont Sinaï. Sa fête donne lieu à des réjouissances populaires, les catherinettes, pour les jeunes filles à marier de plus de 25 ans.

 

 Houffalize10.JPG

 

 

 

Église Sainte-Catherine d’Alexandrie.

On l’évoque dans la traduction de l’épitaphe exposée dans l’église : « Ici gît Messire Thierry, Sire de Houffalize, qui trépassa en l’an de grâce 1282, le vendredi avant la fête de sainte Catherine. » Thierry II de Houffalize aurait vécu de 1235 à 1282.

La pierre tombale a longtemps été attribuée au fondateur du cloître de Houffalize, Guerricus.

- La chapelle d’Ollomont est un vestige d’une église romane du XIIe siècle.

- Le Château de Tavigny est de construction ancienne pour sa partie centrale et la tour carrée (probablement une « tour refuge »).

- Canal de Bernistap : site historique classé, il s’agissait pour l’occupant hollandais de relier la Meuse à la Moselle. À l’indépendance de la Belgique en 1830, ce fut l’arrêt des travaux.

- Villa gallo-romaine de Nandrin : villa de type à « galerie-façade ».

 Triste souvenir

 - Le tank : retiré de l’Ourthe, ce tank est un Panther de la 116e Panzer division. Devant lui, deux bombes sont exposées : « Triste souvenir de douloureux jours des bombardements par la force aérienne alliée. » Il fut retiré de l’Ourthe par les troupes de Génie de Namur le 20 septembre 1948.

 

 

 Houffalize11.JPGHouffalize12.JPG

 

 

Le Char.

 

Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’évoque ce fait historique de Houffalize, puisqu’une branche de ma famille maternelle y a été décimée lors de la Seconde Guerre mondiale à l’occasion de ces bombardements.

Henriette, 45 ans, et ses enfants Camille, 17 ans, Simone, 15 ans, et Yvon, 11 ans, sont morts sous les bombes le dernier jour (le 6 janvier 1945) de ces journées de malheur.

 

Dans l’un de ses poèmes, le général Patton a écrit ceci :

« Houffalize, petite ville que nous
avions connue paisiblement endormie,
Il fallut que des avions survolent
tes rues abruptes et tes rochers battus.

Depuis cette nuit-là aucune foutue lumière
n'éclaire plus tes obscures ruelles,
Espoirs et peurs, depuis des siècles confondus,
furent engloutis par l'enfer la nuit dernière. »

(Extrait du site officiel de Houffalize)

 

. Monuments : il s’agit de quarante lieux de mémoire qui se répartissent à Houffalize et dans les environs.

 

 Houffalize13.JPG

 

 

 

 

Monument Henri Sebald, premier soldat français tombé sur le sol belge lors de  la guerre 1914-18.

 Il y a les monuments aux victimes de l’Offensive, de la Jonction, aux combattants des deux guerres, aux MP américains, Henri Sébald (brigadier du XXIIIe Dragons tombé le 7 août 1914 à 7 heures), plaques commémoratives diverses, pelouses d’honneur au cimetière, le char… ; à Wibrin, à Nadrin, à Cedrogne, à Chabrehez : monuments aux morts, aux Chasseurs Ardennais, aux anciens de l’A.S…. ; au Bois Saint-Jean : monument Martiny, chapelle Notre-Dame du Maquis ; des plaques commémoratives, un vitrail, des monuments, stèles… à Taverneux, Sommerain, Wilogne, Bonnerue, Engreux, Vellereux, Vissoule, Tavigny, Boeur, Cetturu, Buret…

 Un Monde des enfants unique

 . Houtopia : un « Monde des enfants » unique en Europe, est-il expliqué sur le site d’Houtopia qui précise : « En janvier 1945, Houffalize vit l’horreur. La folie guerrière anéantit et ravage complètement «cette perle des Ardennes» décimant près du quart de sa population. Ville sacrifiée, il manquait à Houffalize un «lieu-phare» pour témoigner de ce passé  tragique et de ces enfants morts de la folie de leurs aînés.

 

Houffalize14.JPG

                                                                            Un lieu-phare.

 

Houtopia est ce lieu résolument orienté vers l’avenir.

Et l’avenir, ce sont les enfants. Houtopia est un lieu de rencontre où les enfants, mais aussi les adultes peuvent découvrir les vraies valeurs de l’enfance et sensibiliser le monde à un grand respect de ces valeurs et des Droits de l’Enfant, sans pour autant oublier le passé.

L’actualité rappelle cruellement la nécessité d’un tel apprentissage et combien cet engagement est justifié.

Mais Houtopia c’est bien plus...

Un concept récréatif et pédagogique ...

Un espace de découvertes, d’émerveillement, de sensibilisation aux vraies valeurs de l’enfance. »

 

. Parc naturel : voir en deuxième partie du présent ouvrage « Les Ardennes et l’Ardenne ».

 

. Sentier écologique : promenade de 6 à 7 kilomètres qui démarre à l’ancienne voie du vicinal et emmène les promeneurs dans le massif des « Blancs Bois ».

 

. Façades fleuries : animation estivale pour embellir davantage la commune.

 

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique : 

http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs...

 

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

 

 

13:56 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.