22/02/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (37/140) : COUVIN (Belgique) : Abîme et comte de la Houssette

Endroits et histoires magiques

3.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

J’ai consacré diverses chroniques radiophoniques à Couvin et à sa région. Plutôt que de longis discours, en voici le contenu sous forme de questions et de réponses ! J’étais au micro de Philippe Delmelle, animateur à VivaCité (RTBF-Radio).

- Au carrefour de la Fagne, des Ardennes et de la Calestienne, voici Couvin et, nous n’en doutons pas, comme il en a souvent l’idée, une légende sera racontée par notre chroniqueur Pierre Guelff…
- Couvin est située sur un très ancien site, dont la Caverne de l’Abîme est l’un des fleurons. On y découvre une falaise de plus de cent mètres de long et le plus grand abri sous roche de Belgique, paraît-il. La caverne nous ramène à l’Homme de Néandertal !


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Un très ancien site…


- C’est-à-dire ?
- Des dizaines et des dizaines de milliers d’années avant notre ère, dans ce cas-ci il serait question de 35.000 à 45.000 ans. On y retrouva des outils en pierres taillées, des os de mammifères et même une dent de lait appartenant à un enfant néandertalien, avancent les scientifiques. Cette caverne servait encore de refuge sous les Romains et au Moyen Âge. Une immense marmite se trouve à un étage inférieur.
- Une marmite ?
- Il s’agit d’une dépression cylindrique, ici appelée « Salle de l’Arche ». Ceci précisé, sachez encore que Couvin fait partie des six communes de la Vallée des Eaux Vives avec Cerfontaine, Doische, Philippeville, Viroinval et Walcourt et, bien entendu, il y circule encore de nombreuses légendes et autres traditions populaires. Hélas, trois fois hélas, le site de l’ « Abîme » ne se visite pas pour l’instant, c’est une question de propriétaires, paraît-il, mais il se distingue de la rue de la Falaise, l’une des plus anciennes artères de la cité. En revanche, quel bonheur d’arpenter la « Vieille Ville » qui lui est proche. On y découvre une jolie promenade parmi des lieux et des maisons du XVIIIe siècle, une halle classée, le couvent des Récollectines de 1657, des calvaires, une fontaine…

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Un fabuleux site provisoirement (?) inaccessible.

- Vous avez évoqué des légendes. Que nous proposez-vous à ce sujet ?
- La légende du comte à la Houssette de Chimay.
- Houssette ?
- C’était une paire de bottines habituellement portée par le comte qui allait souvent à la chasse aux bêtes fauves, nombreuses dans les forêts de la région. C’était un homme peu respectueux d’autrui et, un jour, des Couvinois en colère, l’enfermèrent secrètement dans un lieu sombre. Chaque jour, il y recevait sa ration d’eau et un bout de pain. Il resta sept ans et, à l’exception de ses ravisseurs, personne ne savait où il était.
- Jusqu’au jour où…
- … un berger s’amusant avec une arbalète, visa une étroite ouverture dans la cachette, réussit son coup et, ensuite, alla récupérer sa flèche. Ô surprise !, il y avait un homme en guenilles qui croupissait à cet endroit…. C’est ainsi que le comte lui demanda d’avertir sa femme qui le pleurait comme un mort au château de Chimay. Couvin fut assiégée et le comte libéré. Personne ne le reconnut tant il avait maigri et ses vêtements étaient en lambeaux, jusqu’au moment où il fit entendre sa voix…
- Que dit-il ?
- Il cria, voire hurla : « Couvin ! Couvin ! Couvin tu m’as couvé, jamais plus ne pourra ! »
- Sa vengeance dut être terrible !
- Selon la légende, il détruisit le château mais épargna la ville !

Et encore…


Surplombant l’Eau Noire et ses pêcheurs, la « Vieille Ville » offre un splendide parcours rappelant que Couvin était une châtellenie de la Principauté de Liège.

 

 

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Un splendide parcours au cœur de la « Vielle Ville ».

Parmi une vingtaine d’indications, on trouve la Porte du Bourg, la Rue des Béguines, le Jardin du Couvent, le Couvent des Récollectines 1657, le Chemin du Castel, la Fausse Porte 17e, le Bourg d’en Haut, la Maison Pocet, bailli, les Halles, la Maison Wilmart, prémontré, la Porte de la Falise, la Maison de la Vacherie, maïeur, 18e siècle, la Ruelle du Four, l’Hôtel de Ville 1737/1836 (devenu Centre culturel), la Maison Bosquet, juris consulte, 1785…

À la Maison du Tourisme, on me fournit d’autres indications :

- Le Grand Pont : en octobre 1764, après une pluie d’orage qui dura sept à huit heures, les digues des étangs supérieurs furent emportées. Le Grand Pont, construit en deux arcades, ne laissait qu’un petit passage : l’eau vint à grossir, les voûtes et les parapets servirent de digues à la rivière jusqu’à ce qu’il fut emporté. Le pont fut reconstruit avec une arcade de trente-huit pieds.

- L’Eau Noire : la rivière joua un rôle primordial avec le rocher dans l’implantation de la ville. Son parcours sinueux était jalonné de trois îlots garnis de jardins et de vergers, également occupés par des moulins, dont celui de la Falise, le moulin des pauvres qui sera détruit en 1887.

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                                                                                           L’Eau Noire.

- L’Escalier : la cité possédait un château fort et quelques accessoires de défense, dont la rue de l’Escalier présente des vestiges.

- La Fausse Porte : cadrée par l’ancienne habitation du Père récollet, confesseur des Récollectines, la Fausse Porte donnait accès au château et
servait de poste de garde. Elle fut construite au XVIIe siècle. Le quartier « du bout d’en haut » devint un quartier ouvrier fort peuplé et typique. La création de « poêleries couvinoises » est, bien sûr, à l’origine de cette expansion.

Des personnages bizarres et monstrueux

Comme la commune de Couvin est à cheval sur trois ensembles géographiques, la Fagne au nord, la Calestienne au centre, et les Ardennes au sud, je m’autorise, donc, à déborder quelque peu dans la région et présenter au lecteur un aspect folklorique qui fut, également (durant l’été 2013) l’objet d’une chronique sur VivaCité :


- Pierre Guelff, auteur aux Éditions Jourdan, va nous conter une étrange légende qui se raconte au Pays de Couvin où il est question de personnages bizarres et monstrueux, les « Leus »…
- Cette légende remonte au temps où Frasnes-lez-Couvin possédait un important château fort, de mystérieux tunnels, que le village était séparé en deux parties sous les noms d’Argoulet, en haut de la colline, et des Breux, dans le bas. Plus loin, il y a la Grotte Neptune.
- Et, tous ces lieux étaient habités par des êtres bizarres, selon la légende.
- Non seulement bizarres, mais ils étaient craints par les voyageurs, les pèlerins et les commerçants.
- Pourquoi ?
- Tout d’abord, je précise qu’il ne s’agissait pas de ces aimables, quoique taquins, nutons, lutins et autres farfadets, relativement copains-copains avec les humains, mais d’êtres maléfiques qui agressaient leurs proies comme des loups. Des agressions terrifiantes allant souvent jusqu’à la mort de leurs victimes. Beaucoup de monde pensait qu’il s’agissait de monstres sortant des entrailles de la terre par les grottes.
- Comment étaient-ils décrits ?
- Ils mesuraient moins d’1,50 mètre de haut, étaient velus, couverts de poils roux, leurs sourcils étaient touffus, les visages étaient partagés en deux parties inégales, les bouches charnues, ils portaient aussi d’imposantes moustaches. On dit qu’ils ne riaient pas, mais qu’ils ricanaient en laissant apparaître d’imposantes canines.
- Pour mieux dépecer leurs victimes, je suppose !
- Oui, des victimes qui étaient mangées crues et leur sang bu à profusion, ajoute cette terrible légende. On disait, aussi, qu’ils adoraient une déesse orientale nommée « Ghul », une créature monstrueuse du folklore persan qui pouvait aussi bien se changer en femme qu’en hyène avide de chair et de sang.
- D’où les massacres dans cette région couvinoise…


- Il paraît que les gens du bas du village, habitués aux rituels sauvages, ont fini par, eux aussi, boire le sang qui coulait jusqu’à eux et même à en faire du boudin !
- Comment tout cela s’est-il arrêté, Pierre ?
- Au fil du temps, comme beaucoup d’hommes, l’appât de l’or et de l’argent intéressa davantage ces monstres sanguinaires. Ils furent donc attirés par les bourses et les marchandises des voyageurs fortunés, ayant déjà tellement écumé la région. Les massacres s’estompèrent et s’arrêtèrent car, outre une évolution des mœurs, les mesures de sécurité s’avérèrent plus efficaces. N’empêche, le surnom de « Leu », ou « Loup », est encore collé aux habitants de Frasnes. Pour preuve, la Maison des Jeunes locale s’appelle « Les Leus » !
- Heureusement, des jeunes qui n’adorent plus la déesse « Ghul » !

 

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                                           Frasnes-lez-Couvin : tradition, folklore, légendes…

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

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