12/02/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (24/140) : BOVIGNY (Belgique) : À la recherche du trésor

 

Endroits et histoires magiques

3.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)


Outre le fait que des fouilles attestent d’une occupation romaine (villas, dont une royale), Bovigny était déjà connu au IXe siècle pour être l’endroit « des fermes pour l’élevage des bœufs » et a pour attraits principaux l’église (1891), le presbytère et leurs maisons voisines (XVIIIe et XIXe siècles). Il y a, aussi, un monument à la mémoire des deux guerres mondiales.
L’église a été construite à l’emplacement d’une chapelle dédiée à Marie et renseignée au tout début du XVIIe siècle. Le mobilier date parfois de deux ou trois siècles.

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 L’église de Bovigny et son remarquable mobilier.

Au Bois de Ronce situé sur la rive droite de « L’Ewe di Ronce », affluent du Glain, il y a un rocher dont la vue terrorisait maintes personnes.
En vérité, la Salm ou le Glain c’est du pareil au même, paraît-il. C’est une petite rivière, affluent en rive gauche de l’Amblève dans laquelle elle se jette à Trois-Ponts, qui prend source à Bovigny et baigne Cierreux, Salmchâteau, Vielsalm, Les Halleux…
Mais Salm = Glain n’a pas eu l’heur de plaire à la Commission royale belge de toponymie et de dialectologie qui dénonça maintes erreurs de noms de lieux, de cours d’eau, de voies… remontant aux années 1840, quand leurs relevés se firent par des « étrangers » ignorant les dialectes locaux, par exemple. D’où, des erreurs d’interprétation, d’orthographe…

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Salm ou Glain ?

Ainsi, le nom « Salm » devint « Ruisseau du Petit Thiers », « Ruisseau d’Herbeumont », « Eau du Baron », « Glain »…
Cependant, des étymologistes prétendent que les noms de Salm et Glain remontent à l’époque celtique…

Une localité remarquable

Dans les archives de la publication « Les Annonces de l’Ourthe » datant de 1985 et 1986, j’ai trouvé de très intéressants propos repris sous le titre « Parlons de nos villages » et signés par Ourtham (Charles Pierard) et j’ai obtenu l’aimable autorisation d’en reproduire des extraits de la part de la nouvelle direction (Vlan-Les Annonces).

« Cette localité (Bovigny) est remarquable au point de vue historique et par ses antiquités. Au sud, de par les ruines de quatre anciens villages peu distancés les uns des autres : Glaires, Givenvy, Saint-Martin et Lamerly.
La tradition en attribue la destruction aux Sarrasins, c'est-à-dire aux Huns
et à des barbares germains. On dit que le chef de la commune de Saint-
Martin alla au devant du général ennemi et lui offrit pour l'apaiser, le prix
d'un troupeau de moutons qu'il venait de vendre. Le barbare accepta le présent, mais livra ensuite la contrée au pillage et à l'incendie.
Les ruines ont fait de Bovigny comme la terre classique des revenants et
des légendes.
On a exhumé de la vieille église de Saint-Martin une « dalle en schiste » non sculptée ; elle portait seulement une croix pratiquée avec la pointe d'un pic. Un bénitier a été aussi retrouvé : il est en pierre de sable rouge.
Il y a quelque trente ans, un cultivateur de la localité, labourant son champ, mit au jour une pierre monumentale, provenant sans doute d'un tombeau ancien.

Bovigny possède une coquette église de style roman construite en 1891, sous le patronage de saint Martin. La flèche du clocher, très élevée, a la forme d'une pyramide hexagonale. Le mobilier de cette église est très intéressant. On peut y voir quelques statues baroques.
Le monument, élevé aux glorieux morts de la guerre en 1921, fait l'admiration de tous. C'est une véritable œuvre d'art.
L'église de Mont-Saint-Martin, que l'on aperçoit à quelque distance, contient une curieuse statue de saint Martin, bien connue et représentant le saint découpant son manteau qu'il donne à un mendiant.
Charles Martel, dit-on, venait se reposer dans cet endroit, et y possédait
une « villa ».

Le village est avantageusement situé dans une vallée. Le sol est argileux, la culture assez développée. Quelques ruisseaux sillonnent la commune.
Cet ancien village aux mœurs ancestrales bien conservées vit néanmoins, comme ailleurs, le progrès s'infiltrer dans son domaine et on connut bientôt le confort et l'élégance dans les bâtisses des différentes sections dès 1850, des routes empierrées en 1849, les lampes à pétrole en 1875.

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Un village aux mœurs ancestrales…

En 1877, Bovigny comptait 50 à 70 maisons. En 1917, pour faire une comparaison, il y avait 346 ménages avec une population de 1 686 habitants. Puis ce fut la décroissance très rapide, puisqu'en 1960 on enregistre 1 146 habitants dans la commune. »

Quelques anecdotes…

Également lu dans « Les Annonces de l’Ourthe » de 1985-86 quelques anecdotes qui, de la sorte, permettent de mieux connaître les Ardennais d’antan :

- L’ancienne chapelle de Halconreux datait sans doute de la fin du XVIIe siècle. Agrandie en 1887, elle a aujourd’hui disparu et a été remplacée fin des années ’60 par l’édifice actuel. Outre le mobilier répertorié, cette petite chapelle était naguère célèbre grâce à sa cloche microscopique dont les villageois interprétaient de manière ironique le tintement par les mots « Pis qu’antan! Pis qu’antan! » – c’est pire qu’autrefois –, faisant ainsi référence à l’état de délabrement de l’édifice. Aujourd’hui encore, la petite cloche appelle les fidèles à la prière du haut de l’imposant chêne auquel elle est suspendue, face à la chapelle.

- Rogery s’écrit « Rogères » en 1383. On trouve l'orthographe « Rogeré » dans la liste des confirmés en 1680 à Lierneux. La première chapelle qui fut érigée en ce hameau date de 1714 et sa bénédiction eut lieu en 1721. Un prêtre y faisait les offices et on y tint même classe (…).
Il est une coutume traditionnelle à l'occasion de la Saint-Eloi, patron de la petite paroisse. En ce jour, on bénit les chevaux des paroissiens. Vers la fin de la grand-messe, les cloches sonnent à toute volée, et à cet appel les chevaux sortent des écuries de toutes les fermes et vont se ranger aux abords de l'église. Un cortège se forme ; un arrêt : le curé récite les oraisons rituelles et les chevaux défilent devant lui, chacun recevant au passage la bénédiction de l'eau, tandis que la foule chante le cantique traditionnel.

- Glain, Giveny, Saint-Martin, Lamerly…

L'on rencontre actuellement plusieurs tumulus de l'époque gallo-romaine,
dont la présence en cet endroit est de nature à faire supposer que les Francs se sont bornés ici, comme dans d'autres endroits de l'Ardenne, à occuper les terres et les habitations des populations antérieures.
Le curé Debra, dès 1849, fit déblayer sur le Mont-Saint-Martin, la place
occupée par l'ancienne église et son cimetière. Ce sera l'emplacement de la « Chapelle de Notre-Dame des Malades ». La date de construction remonte à 1851. Les paroissiens payèrent de leur personne dans cette bâtisse qui est bien proportionnée et comporte trois fenêtres de chaque côté. Une statue de N.-D. des Malades (Vierge à l'Enfant assise) placée par les soins du vieux curé Debra, se trouve au-dessus du tabernacle sous un dais en bois sculpté. On remarque un saint Martin en costume de Pontife et un saint Hilaire. On peut dire que dans l'ensemble, les constructeurs eurent le souci d'une pieuse archéologie.

- En 1869, le clocher de l’église de Bovigny fut frappé par la foudre et prit feu. C'était un vendredi de carême et cet événement sema la panique. Il y eut quelques blessés et heureusement les dégâts matériels ne furent pas considérables. (…)
En février 1949, on procéda à la « rebénédiction » de la cloche enlevée
par les Allemands. Cérémonie touchante qui eut lieu en présence de la
population unanime et d'une grande portée.

- En janvier 1945, la commune de Bovigny vit dans l'angoisse. On se bat au « Bois de Ronce ». Les Américains refoulent l'ennemi. Honvelez et Bovigny sont occupés par les Allemands qui, irrités de leur insuccès et sentant la défaite, se montrent exigeants et cruels. Ils réquisitionnent
vivres, vêtements, bestiaux et font des otages qu'ils obligent à creuser des tranchées sous les rafales de l'aviation américaine. Des maisons
sont incendiées, le bétail est anéanti. Les habitants, réfugiés dans les caves, échappèrent miraculeusement à la mort.

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Monument aux victimes de la barbarie.

Le 14 janvier, Honvelez accueille avec joie les libérateurs. L'ennemi est
refoulé vers Bovigny, mais il se venge par des représailles contre la population. Les Allemands enferment dans l'église hommes, femmes et enfants, ces derniers libérés peu après, mais 45 hommes restent prisonniers. Des obus tombent et atteignent l'église. Il y a des morts et des blessés.
Le 19 janvier, c'est la libération pour Bovigny. Les Allemands, selon les
estimations, perdirent 400 hommes, tandis que les pertes des Américains
furent dérisoires.
Tristes souvenirs que cette guerre, mais les gens de Bovigny, grands blessés de l'offensive von Rundstedt, se mirent à la tâche pour la reconstruction.

Le folklore et les légendes

Le progrès qu'a réalisé le genre humain depuis quelques décades a porté un rude coup aux sorciers (makrales), loups garous, sotais (nutons) et autres diableries, selon ces mêmes « Annonces de l’Ourthe ».
Bovigny, comme de nombreux villages ardennais, a ses superstitions. Le
soir à la veillée, quand le vent gronde dans la cheminée, les vieux racontent encore aux enfants des légendes écoutées par eux au temps des lamponettes (lampes à huile).
Il existe à Bovigny, la « Roche de Chambrainé » qui domine majestueusement la Ronce. Au pied de cette gigantesque curiosité se trouve le « Trou des Sotais » ou massotais, qui est légendaire. Il y aurait, dit-on, une galerie de 150 m de longueur et très spacieuse. Des explorations furent pratiquées il y a quelques années; on ne trouva rien d'extraordinaire, sinon quelques outils et objets sans importance remontant au XVIe ou XVIIe siècle.
On sait que les nutons sont de petite taille et se trouvent cachés dans les
cavernes où ils exercent différents métiers. Ils sont plus habiles que les gens du pays. Ils travaillent pour eux et moyennant le moindre pain quotidien ou un peu d'argent, qu'on dépose à l'entrée de leur grotte, ils s'occupent à faire ou à refaire différents objets ou ustensiles qu'on dépose également. Bien des histoires sont à raconter au sujet de ces vieilles croyances, qui disparaissent de plus en plus.
À « Long Wez », on peut y chercher le souvenir romanesque des "makrales" et il est des aspects de cette superstition très curieux. Les « makrales » avaient choisi ce lieu enchanté pour y célébrer leur sabbat. Personne ne les avait jamais vues mais on savait qu'elles étaient belles et qu'elles enchantaient de leurs sortilèges tous ceux qui tenaient de les approcher au risque d'y perdre la vie.
Jadis on s'évertuait à frapper l'esprit de la société par tous les contes
empreints de la plus féconde imagination et d'autant plus facilement acceptés que tout le monde croyait aux « makrales » et « macrês » (sorciers).
On parle toujours du fameux « Trésor de Saint-Martin ». Là existait une très belle chapelle. La légende prétend qu'en cet endroit, un trésor serait enfoui, mis en « sécurité » lors des invasions. Il s'agirait de coffres remplis d'or, d'argent et de pierres précieuses. Satan, étant intervenu, s'était emparé de tous ces trésors, et impossible de le dépouiller.
Survint un jour un ouragan furieux qui arracha les arbres de la forêt voisine et le trésor s'enfouit de nouveau et plus profondément où, paraît-il, il s'y trouve encore !

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

 

 

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