28/01/2016

« Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (9/140) : AYWAILLE (Belgique) : Au Pays de la convivialité et du Mystère

Endroits et histoires magiques

Bosseval4 copie1.jpgAujourd’hui, l’heure est venue d’emboîter le pas d’auteurs « locaux », de rassembler ce qui était épars, de (re)donner aux Ardennes leurs lettres de noblesse, de consulter à nouveau les pages des légendes et des traditions typiques de ces contrées merveilleuses afin de préparer au mieux des promenades et des séjours sur place. Et, surtout, d’y goûter ! (*)

Un important chapitre est consacré à Aywaille, car, comme on le prétend à la Maison du Tourisme d’Ourthe-Amblève, ici, on est en plein « Pays de la convivialité » et que, ma foi, on ne va pas compter ni son temps ni ses kilomètres pour arpenter cette sympathique commune et ses environs !
Il y a quand même plus d’une trentaine de villages et de lieux-dits et plus de 300 bornes de routes – sans parler des chemins et promenades - dans cette entité !


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Un pont, un cours d’eau, des collines boisées, des rochers… et même des mouettes à Aywaille.

À savoir, entre autres : le Château de Harzé (XVIIe siècle) et son Musée de la Meunerie et de la Boulangerie où l’on présente « de nombreux objets insolites et méconnus », Chambralles et ses célèbres carrières ou « Tartines de Chambralles », Deigné, l’un des plus beaux villages wallons à caractère rural avec des maisons datant du XVIIIe siècle, la chapelle Sainte-Anne des Pouhons, le Vallon des Chantoirs, le ruisseau Ninglinspo, considéré comme le seul torrent de Belgique, les Bains de Diane, de la Loutre, du Cerf, de Vénus…, le Vallon des Chaudières, les Grottes de Remouchamps…

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Le Château de Harzé.

Au sujet de ces grottes, en voici un aspect développé dans l’un de mes précédents écrits (« Belgique Mystérieuse, Insolite et Sacrée » aux Éditions Jourdan) sous le titre « Aux portes de l’Enfer ou du Paradis ? » :

« Depuis les temps les plus anciens, le paléolithique supérieur final, l’homme a fréquenté les grottes de Remouchamps et son précipice de 80 mètres.
Refuge en cas d’agressions ou de rigueurs climatiques, cave à vin (!), la rumeur prétendit, également, que c’était l’entrée de l’Enfer. Certains y entendaient même les cris et gémissements des diables…
Spectacle féerique avec les concrétions colorées, les stalagmites (avec « m » comme colonnes qui montent), les stalactites (avec « t » comme
colonnes qui tombent, descendent), avec la Grande Galerie, la Cathédrale, le Labyrinthe, le Palmier, la Salle de la Vierge, là où la forme d’une stalagmite fait penser à Marie tenant Jésus…
Dans cet univers merveilleux, paradisiaque, on effectue la plus longue navigation souterraine au monde. »

Le meunier et le diable

À cette même Maison du Tourisme, j’ai également relevé quelques autres suggestions – parmi des dizaines ! – de visites et de découvertes, parfois surprenantes. Parmi elles, une balade au rythme de rochers et d’une terrifiante légende…

Les « Fonds de Quarreux » forment une kyrielle de mythiques rochers et deux promenades sur des rives « bercées de légendes et de mystères » en attestent.
À dire vrai, en creusant son lit, l’Amblève a façonné ce paysage au fil des siècles en érodant le schiste (roche sédimentaire, telle l’ardoise, ou métamorphique, c’est-à-dire une transformation à l’état solide dans la croûte terrestre) friable et en maintenant intact l’ensemble de quartzite (roche compacte, très dure, également d’origine sédimentaire ou métamorphique).
Ceci précisé, l’Amblève est un cours d’eau typiquement ardennais, long d’une centaine de kilomètres, confluent de l’Ourthe, qui attira l’attention de Guillaume Apollinaire (voir Stavelot) au point de l’évoquer dans « Le poète assassiné » avec ces « perles d’Amblève », des moules perlières d’eau douce !
A-t-il prisé la légende qui se racontait déjà à son époque (1899) au sujet du meunier Hubert Chefneux et de l’origine des pierres aux « Fonds de Quarreux » ?
« Il y a des siècles, Hubert Chefneux vivait avec sa famille (son épouse, Catherine, et leurs enfants) au bord de l’Amblève dont les eaux alimentaient son moulin. C’était un homme pieux, très attentif aux autres et il était content de voir les siens emplis de bonheur. De plus, il savait qu’il allait bénéficier d’un héritage assez conséquent d’un vieil oncle. Catherine et lui comptaient utiliser ses importantes économies pour rénover le moulin et améliorer son rendement.
Le vieil oncle décéda et Hubert s’en alla, loin, au bourg où vivait son parent. Il apprit qu’il n’y avait pas de « fabuleux » héritage et reprit le chemin vers les Quarreux. Inutile de dire qu’il était fâché, déçu et triste à la fois. Il s’égara même et demanda son chemin à un passant. « Il faut vous diriger vers ce moulin ! » C’était un moulin immense.

Plus loin, il rencontra un homme de haute taille, on aurait dit un géant ! Ils marchèrent de conserve et entamèrent la conversation. Le « géant » lui apprit qu’il était maître maçon à Liège et Hubert lui dit que pour acquérir l’immense moulin il donnerait bien cent ans de sa part de paradis !
Cela n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd et l’homme lui proposa un marché : « Je connais bien le diable et nous pourrions faire des affaires avec lui ! Nous nous retrouverons, ici, dans sept jours à minuit… », proposa le maître maçon à Hubert, lorsqu’ils étaient arrivés à un carrefour. Le meunier accepta mais il était assez mal à l’aise en arrivant auprès de sa femme et de leurs enfants. Catherine sentit le malaise et il lui raconta qu’il n’y avait pas d’héritage fabuleux. Malgré cette mauvaise nouvelle, elle resta attentionnée et ne se lamenta pas du tout. Hubert ne lui révéla pas son étrange rencontre avec le maître maçon mais il lui parla de l’immense moulin.
Deux ou trois jours plus tard, un violent orage endommagea la roue du moulin de la famille Chefneux. Les dégâts semblaient irréparables. Dépité, et pour noyer son chagrin, Hubert se rendit dans un estaminet à Stoumont, village proche de son domicile. Il y rencontra Gilles Bertho, un individu de mauvaise réputation. Ils burent ensemble et Hubert confia ses ennuis, ainsi que les paroles du maître maçon.
Le meunier, complètement ivre, rentra à la maison, s’endormit en proférant des paroles incohérentes et fit des rêves démoniaques. Catherine l’entendit même parler avec le diable et le supplier de ne pas prendre son âme ! La femme comprit le manège ! Elle pria, fit des offrandes à la Vierge de Dieupart…
Deux jours plus tard, vers 23 heures, elle vit son Hubert quitter leur maison. Il croyait que sa femme dormait. Il se rendait au « Champ des Sorcières », c’est-à-dire au carrefour où il avait rendez-vous avec le maître maçon. Catherine le suivit de loin et elle vit les deux hommes discuter. Elle s’approcha et entendit la demande de son mari : « Promettez-moi qu’au terme de la troisième nuit avant le chant du coq, les travaux de mon immense moulin seront achevés. » Catherine comprit la réponse affirmative et rentra, le cœur serré, à la maison.
Elle constata que d’importants rochers étaient déplacés près de chez eux et vit que de nombreux hommes y travaillaient sans relâche la nuit. Alors, elle entra en action en se faufilant jusqu’au chantier, une médaille de la Vierge de Dieupart serrée entre les mains. Les roues du nouveau moulin refusèrent de tourner et dans un accès de colère, le diable fit abattre l’immense construction en faisant dévaler des rochers jusque dans l’Amblève. D’où, dit-on, l’origine des blocs dans le cours d’eau.
Hélas, trois fois hélas, la brave Catherine fut broyée sous les yeux de son mari. Il tomba en pleurs se rendant compte que sa chère Catherine s’était sacrifiée pour qu’il ne puisse pas vendre son âme à Satan !
Il paraît que certaines nuits de pleine lune, on entend encore Hubert gémir… »


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Aucune difficulté pour le diable de faire dévaler des rochers dans l’Amblève tant ils sont nombreux à Aywaille !


Blanche de Montfort et le chevalier masqué


Le Château d’Emblève (ses origines remonteraient au Xe siècle), également appelé Château des Quatre Fils Aymon (y auraient-ils transité dans leur fuite face aux représailles de l’empereur Charlemagne, comme il est expliqué dans la première partie du présent livre ?), propose également une légende assez dramatique…
Au sommet d’une haute crête située à quelques centaines de mètres du Pont d’Aywaille, on découvre les ruines de ce château ; ruines parfois plongées dans la brume et cela donne, alors, une ambiance troublante…


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Atmosphère « particulière » au Château d’Emblève…

Il y a plus de six siècles, le roi Montfort vivait avec sa fille, Blanche, dans les environs d’Aywaille.
Un soir, le souverain lui demanda à qui était destinée l’écharpe qu’elle tricotait. La jeune fille rougit et entra dans un silence assez révélateur. Ce qui fit réagir son père, pas dupe de la situation :
- Tu dois brûler cette écharpe et, surtout, oublier l’homme à qui elle est destinée !
- Est-il arrivé quelque chose à sire Raoul ? clama-t-elle, troublée.
- On ne m’a pas prévenu de sa mort, mais il est absent depuis deux semaines…
Quelques heures plus tard, elle entendit un cheval entrer dans la cour du château, c’était Raoul !
- Je me suis absenté car je dois protéger le roi Humbert, d’ailleurs, je dois repartir ! dit-il en faisant demi-tour.
- Quand reviendrez-vous ? lui lança Blanche.
- Je ne sais pas !
Peu après, un page vint la trouver et lui remit un parchemin perdu par ledit Raoul. Blanche prit connaissance de son contenu : il s’agissait de l’annonce d’un tournoi au Château d’Emblève.
Particularité : le roi Humbert offrait la main de sa fille Mathilde au vainqueur.
Assurément, Raoul allait y participer…

En route pour le château, il fut dépassé dans sa course par un chevalier masqué qui, visiblement, se rendait au même endroit que lui.
Comme les règles du tournoi admettaient qu’un chevalier soit masqué, Raoul se dit qu’il venait peut-être d’être dépassé par un adversaire.

L’heure du tournoi sonna et, en catimini, Raoul déposa un baiser sur la main de Mathilde…
Après de nombreux combats, Raoul allait être déclaré vainqueur quand le chevalier masqué se présenta.
Ce mystérieux personnage fut battu et il se rendit aussitôt vers Mathilde et lui déclara :
- Je vous aimais sincèrement et je viens de le prouver en participant à ce tournoi. Adieu ! Soyez très heureuse ! Cependant, si vous désirez savoir qui je suis, venez ce soir à l’allée des hêtres qui mène à Martinrive, entre onze heures et minuit.

Le roi Humbert arriva avec le chevalier Raoul :
- Voici votre futur mari, Mathilde ! Le mariage aura lieu demain matin. En attendant, faisons ripaille !

Durant tout le repas, les invités évoquaient beaucoup le chevalier masqué, certains parlant même du diable à son encontre !
Mathilde se retira subrepticement et se rendit à l’allée des hêtres. Le personnage mystérieux était au rendez-vous !
- Je vous aimais tant ! lui dit-il. À présent, je vais mourir pour vous…
- Mais, qui êtes-vous ?
- Je vais être bien plus heureux sous terre…
- Qu’entendez-vous par cette parole ?
- Quel malheur que le vôtre d’être mariée à un traître qui vous abandonnera rapidement !
- Vous mentez ! Raoul est un valeureux chevalier que je vais épouser dans quelques heures !
- Mais, que connaissez-vous de son passé ? Saviez-vous qu’il avait déjà promis de prendre Blanche de Montfort pour femme ?
- C’était une rumeur. Je l’ai vérifiée auprès de Raoul. Il a traité Blanche de folle !
- Quelle honte ! s’exclama le chevalier masqué.

Au moment de la cérémonie nuptiale entre Mathilde et Raoul, le sol trembla au point qu’il fallut reporter le mariage au lendemain.
En attendant, les futurs époux et les nombreux invités firent une nouvelle fois ripaille.
Mathilde se retira dans sa chambre et elle vit le chevalier mystérieux qui l’y attendait. Il enleva son casque : c’était Blanche de Montfort !
Elle poignarda Mathilde, puis Raoul. Blanche se jeta par la fenêtre et elle fut retrouvée exsangue dans la vallée.

La légende prétend que, toutes les années, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, moment anniversaire de la mort du jeune couple, Blanche de Montfort est condamnée à revivre cette tragédie…

À titre de comparaison ou par curiosité, ou les deux, allez donc lire la légende du fantôme de Berthe à La Roche-en-Ardenne (ci-après)…

Dieupart et la part de Dieu

À quelques centaines de mètres du centre d’Aywaille, voici l’église de Dieupart datant du XIIIe siècle. Elle aurait été construite avec les morceaux de l’ancien Château de Vieux-Jardin…

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La légendaire église de Dieupart.


Le Château de Vieux-Jardin aurait été une forteresse située sur les hauteurs de Dieupart, une sorte de poste d’observation.
Pour certains, il aurait été construit à l’époque romaine, pour d’autres, au Xe siècle, et détruit au XIIIe siècle…
Ce qui est certain, c’est que des objets franques et autres ont été retrouvés sur le site en 1928, dont une fibule (épingle de sûreté) en bronze, des ossements d’animaux, un manche de javelot…
En 1977,1979 et 1988, de nouvelles fouilles furent entreprises et l’on y constata la présence de fortifications, de poterie…

Et, une légende traverse les siècles…

« Le seigneur du Château de Vieux-Jardin était tombé follement amoureux d’une jeune et jolie nonne d’un monastère proche.
Il l’enleva et la maintint dans son domaine, plus précisément dans le donjon. Cependant, la religieuse refusa ses avances et, au moment où il allait la violenter, elle lui présenta une reproduction de Marie.

Le seigneur la repoussa et plaça une main sur la nonne… Aussitôt, un très violent coup de tonnerre ébranla toute la région et il fit même s’écrouler le donjon et tous ses occupants.
Plus personne n’osa toucher aux débris durant de nombreuses années et les descendants du seigneur construisirent un nouveau château.
Cependant, deux bergers trouvèrent la statue de la Vierge dans les décombres. Ils se disputèrent pour la garder, mais un homme sage arbitra leur conflit et les mit d’accord :
- Cette statue sera la part de Dieu !

Une église fut construite avec les restes du donjon et on y plaça la statue devenue « Notre-Dame de Dieupart. »

Cette statue fut abondamment vénérée et invoquée pour les enfants morts sans avoir été baptisés afin qu’ils puissent quand même regarder le Ciel depuis les limbes ou (re)naître…
On trouvait ce même type de pèlerinage à Avioth (Lorraine française) avec la « Patronne des causes désespérées », là où l’on pratiquait un rite étonnant : celui du baptême d’enfants mort-nés.
Donc, un rite permettant de délivrer une sorte de laissez-passer pour les limbes, le séjour de félicité (?) des enfants morts sans baptême, puisque, selon la terrifiante théorie de saint Augustin, ils étaient envoyés ipso facto dans les ténèbres !

Une autre légende dit que le Château Vieux-Jardin fut abattu sur ordre de Dame de Mont-Jardin afin d’édifier l’église Notre-Dame de Dieupart : Dei Para = Part de Dieu. D’où, Dieupart, comme Val d’Or qui devint Orval (voir ci-après).

L’étrange sculpture

La façade de l’église de Dieupart présente une « étrange » scène.
Une ancienne collègue et Aqualienne (habitante d’Aywaille) a reçu du curé l’explication suivante à son sujet et me l’a aimablement transmise :

« La sculpture est un monument « trinitaire ». Elle représente sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, celle-ci et l’Enfant Jésus (qui est abîmé). C’est une statue en tufeau, pierre de sable.
À l’origine, elle se trouvait dans l’église où il y avait un chœur Sainte-Anne. C’est donc plutôt une statue d’intérieur mais, à une certaine époque, on l’a encastrée dans la façade. »

A Polignac (près du Puy-en-Velay), j’ai eu l’occasion d’admirer une statue trinitaire du XIVe siècle où l’on distingue Jésus assis sur les genoux de la Vierge, celle-ci assise sur ceux de sa mère, sainte Anne.

Mais, il existe d’autres représentations. En Bretagne, par exemple, on voit sainte Anne portant sa fille et l’Enfant sur le bras gauche, ou, Jésus placé entre les deux femmes.
Léonard de Vinci, lui, les représenta dans la nature, l’Enfant jouant avec un agneau (« Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde »), sa représentation symbolique, dans le célèbre tableau exposé au Musée du Louvre : « La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne ».

En revanche, dans les Vosges, on a la même disposition qu’à Dieupart.

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La sculpture mutilée de Dieupart.

Du moins, ici, à Dieupart, ce qui en reste…
Sainte Anne, livre fermé (ailleurs, il est parfois ouvert… ou absent) sur un genou, les yeux clos, la Vierge, couronnée, a les yeux baissés vers… une jambe droite et des bouts de la statue épars qui forment d’étranges reliefs. Pourquoi ce « déménagement » ? À quelle date ? Qui, visiblement, martela Jésus ?

Encore des mystères à Aywaille !

(*) Au fil des jours, vous pourrez me suivre dans quelque 140 lieux légendaires ou historiques français, belges, luxembourgeois et allemands, repris de mon ouvrage et de mes émissions « Ardennes Mystérieuses, Insolites et Sacrées » (Éditions Jourdan, RTBF, TV5 Monde, Fréquence Terre-Radio France Internationale) sur le blog spécifique :
http://ardennesmysterieusesinsolitesetsacrees.skynetblogs.be/

Et, chaque semaine, en radio avec une soixantaine de sites ardennais français dans l’émission « Nature sans Frontières » sur « Fréquence Terre-RFI » : http://www.frequenceterre.com/

 

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